‹ Les lettres provinciales. Edited by H.F. StewartChapitre 103 sur 181 · om. et un . . . raison C. 29. n'avez point C · texte numérisé non relu

om. et un . . . raison C. 29. n'avez point C

qu'il n'y a point d'autre différence en la manière de recevoir J.-C, mais seulement qu'il n'y en a point d'autre en Jesus- Christ que l'on reçoit. Et cependant vous voulez, contre toute raison, luy faire dire par ce passage qu'on ne mange non plus icy Jesus-Christ de bouche que dans le ciel : d'où 5 vous concluez son hérésie.

Vous me faites pitié, mes Pères. Faut-il vous expliquer cela davantage ? Pourquoy confondez-vous cette nourriture divine avec la manière de la recevoir ? Il n'y a qu'une seule différence, comme je le viens de dire, dans cette nourriture 10 sur la terre et dans le ciel, qui est qu'elle est icy cachée sous des voiles qui nous en ostent la veûe et le goust sensible. Mais il y a plusieurs différences dans la manière de la recevoir icy et là, dont la principale est que, comme dit M. Arnaud, 3 part., ch. 16, il entre icy dans la bouche et dans la 16 poitrine et des bons et des méchans, ce qui n'est pas dans le ciel.

Et si vous ignorez la raison de cette diversité, je vous diray, mes Pères, que la cause pour laquelle Dieu a estably ces différentes manières de recevoir une mesme viande est la 20 différence qui se trouve entre Testât des Chrestiens en cette vie et celuy des Bienheureux dans le ciel. L'estat des Chrestiens, comme dit le cardinal du Perron après les Pères, tient le milieu entre Testât des Bienheureux et Testât des Juifs. Les Bienheureux possèdent Jesus-Christ réellement, sans 25 figures et sans voiles. Les Juifs n'ont possédé de Jesus- Christ que les figures et les voiles, comme estoient la manne et l'agneau Paschal. Et les Chrestiens possèdent Jesus- Christ dans l'Eucharistie véritablement et réellement, mais encore couvert de voiles. Dieu, dit Saint Eucher, s'est fait 30 trois tabernacles : la Synagogue, qui na eu que les ombres sans vérité ; l'Eglise, qui a la vérité et les ombres ; et le ciel, où il n'y a point d'ombres, mais la seule vérité. Nous sortirions de Testât où nous sommes, qui est Testât de foy, que S. Paul oppose tant à la loy qu'à la claire vision, si nous ne posse- 35 dions que les figures sans Jesus-Christ, parceque c'est le propre de la loy de n'avoir que l'ombre, et non la substance des choses ; et nous en sortirions encore, si nous le possédions visiblement, parceque la foy, comme dit le mesme Apostre, n'est point des choses qui se voyent. Et ainsi 40 l'Eucharistie est parfaitement proportionée à nostre estât de foy, parce qu'elle enferme véritablement Jesus-Christ, mais voilé. De sorte que cet estât seroit destruit, si Jesus-Christ

n'estoit pas réellement sous les espèces du pain et du vin, comme le prétendent les hérétiques ; et il seroit destruit encore, si nous le recevions à découvert, comme dans le ciel, puisque ce seroit confondre nostre estât avec Testât du 5 Judaïsme, ou avec celuy de la gloire. Voila, mes Pères, la raison mystérieuse et divine de ce mystère tout divin. Voila ce qui nous fait abhorrer les Calvinistes, comme nous reduisans à la condition des Juifs ; et ce qui nous fait aspirer à la gloire des Bien-heureux, qui nous donnera la pleine et

10 éternelle jouissance de Jesus-Christ. Par où vous voyez qu'il y a plusieurs différences entre la manière dont il se communique aux chrestiens et aux Bien-heureux, et qu'entr' autres on le reçoit icy de bouche, et non dans le ciel ; mais qu'elles dépendent toutes de la seule différence qui est entre

16 Testât de la foy, où nous sommes, et Testât de la claire vision, où ils sont. Et c'est, mes Pères, ce que M. Arnauld a dit si clairement en ces termes : Qu'il faut qu'il n'y ait point d'autre différence entre la pureté de ceux qui reçoivent Jesus-Christ dans l' Eucharistie et celle des Bien-heureux qu'autant qîi'il y

20 en a entre la foy et la claire vision de Dieu, de laquelle seule dépend la différente manière dont on le mange dans la terre et dans le ciel. Vous devriez, mes Pères, avoir révéré dans ces paroles ces saintes veritez, au lieu de les corrompre pour y trouver une hérésie qui n'y fut jamais, et qui n'y sçauroit

26 estre, qui est qu'on ne mange Jesus-Christ que par la foy, et non par la bouche, comme le disent malicieusement vos Pères Annat et Meynier, qui en font le capital de leur accusation.

Vous voila donc bien mal en preuves, mes Pères ; et c'est

30 pourquoy vous avez eu recours à un nouvel artifice, qui a esté de falsifier le Concile de Trente, afin de faire que M. Arnauld n'y fust pas conforme, tant vous avez de moyens de rendre le monde hérétique ! C'est ce que fait le P. Meynier en cinquante endroits de son livre, et huit ou dix fois en la

35 seule page 54, où il prétend que, pour s'exprimer en catholique, ce n'est pas assez de dire : Je croy que Jesus-Christ est prescrit réellement dans l' Eucharistie ; mais qu'il faut dire : Je croy avec le concile qu'il y est présent d'une vraie présence LOCALE, ou localement. Et sur cela, il cite le Concile,

éOsess. 13, can, 3, can. 4, can. 6. Qui ne croiroit, en voyant le mot diQ présence locale cité de trois canons d'un Concile universel, qu'il y seroit effectivement ? Cela vous a pu ser-

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