persécuter ceux qui defeudent
insérée dans le droit canonique, pour permettre de suspendre l'exécution de leurs bulles et de leurs décrets, quand on croit qu'ils ont esté trompez. Si quelquefois, dit ce Pape à l'Archevesque de Eavennes, nous envoions d vostre fraternité 6 des décrets qui choquent vos sentimens, ne vous en inquiétez pas. Car ou vous les exécuterez avec révérence, ou vous nous manderez la raison que vous croyez avoir de ne le pas faire, parce que nous trouverons bon que vous n exécutiez pas un décret qu'on auroit tiré de nous par surprise et par artifice. C'est ainsi
10 qu'agissent les Papes qui ne cherchent qu'à éclaircir les differens des Chrestiens, et non pas à suivre la passion de ceux qui veulent y jetter le trouble. Ils n'usent pas de domination, comme disent S. Pierre et S. Paul après Jesus- Christ ; mais l'esprit qui paroist en toute leur conduite est
15 celuy de paix et de vérité, ce qui fait qu'ils mettent ordinairement dans leurs lettres cette clause, qui est sousentenduë en toutes : Si ita est, si preces veritate nitantur : si la chose est comme on nous la fait entendre : si les faits sont véritables. D'où il se voit que, puisque les Papes ne donnent de force à leurs
20 Bulles qu'à mesure qu'elles sont appuyées sur des faits véritables, ce ne sont pas les Bulles seules qui prouvent la vérité des faits ; mais qu'au contraire, selon les Canonistes mesmes, c'est la vérité des faits qui rend les Bulles recevables. D'où apprendrons-nous donc la vérité des faits ? Ce sera des
25 yeux, mon Père, qui en sont les légitimes juges, comme la raison l'est des choses naturelles et intelligibles, et la foy, des choses surnaturelles et révélées. Car, puisque vous m'y obligez, mon Père, je vous diray que, selon les sentimens de deux des plus grands Docteurs de l'Eglise, S. Augustin et
30 S. Thomas, ces trois principes de nos connoissances, les sens, la raison, et la foy, ont chacun leurs objets séparez et leur certitude dans cette étendue. Et, comme Dieu a voulu se servir de l'entremise des sens pour donner entrée à la foy, fldes ex auditu : tant s'en faut que la foy détruise la certitiade
35 des sens, que ce seroit, au contraire, détruire la foy que de vouloir révoquer en doute le rapport fidèle des sens. C'est pourquoy S. Thomas remarque expressément que Dieu a voulu que les accidens sensibles subsistassent dans l'Eucharistie, afin que les sens, qui ne jugent que de ces accidens,
40 ne fussent pas trompez : Ut sensus à deceptione reddantur immunes.
Concluons donc de là que, quelque proposition qu'on