ayent véritablement le désir C 17. ce n'est pas Dieu qui
donne G. 28. vray Dieu . . . vrayes vertus C.
Mais mon Janséniste, se tenant dans les termes que le Père avait prescrits, luy dit ainsi : Si vous voulez, mon Père, ne vous rendre qu'à l'Bscriture, j'y consens : mais au moins ne luy résistez pas, et puis qu'il est escrit que 6 Dieu na pas révélé ses jugemens aux Gentils, et qu'il les a laissez errer dans leurs voyes, ne dites pas que Dieu a éclairé ceux que les Livres sacrez nous assurent avoir esté abandonnez dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort. Ne vous suffit-il pas, pour entendre l'erreur de vostre
10 principe, de voir que S. Paul se dit le premier des Pécheurs pour un péché qu'il déclare avoir commis par ignorance et avec zèle ?
Ne suffit-il pas de voir par l'Evangile que ceux qui crucifioient J.-C. avoient besoin du pardon qu'il demandoit
15 pour eux, quoy qu'ils ne connussent point la malice de leur action : et qu'ils ne l'eussent jamais faite, selon S. Paul, s'ils en eussent eu la connoissance ?
Ne suffit-il pas que Jesus-Christ nous avertisse qu'il y aura des persécuteurs de l'Eglise qui croiront rendre ser-
20 vice à Dieu en s'efforçant de la ruiner, pour nous faire entendre que ce péché, qui est le plus grand de tous selon l'Apostre, peut estre commis par ceux qui sont si esloignez de sçavoir qu'ils pèchent, qu'ils croiroient pécher en ne le faisant pas ? Et enfin ne suffit-il pas que Jesus-Christ luy
26mesme nous ayt appris qu'il y a deux sortes de pécheurs, dont les uns pèchent avec connoissance, et les autres sans connoissance, et qu'ils seront tous chastiez, quoy qu'à la vérité différemment?
Le bon Père pressé par tant de tesmoignages de l'Escri-
30ture, à laquelle il avoit eu recours, commença à lascher le pied et, laissant pécher les Impies sans inspiration, il nous dit : Au moins vous ne nierez pas que les justes ne pèchent jamais sans que Dieu leur donne . . . Vous reculez, luy dis-je en l'interrompant, vous reculez, mon Père, et vous
35 abandonnez le principe gênerai, et, voyant qu'il ne vaut plus rien à l'esgard des pécheurs, vous voudriez entrer en composition, et le faire au moins subsister pour les justes. Mais, cela estant, j'en voy l'usage bien raccourcy, car il ne servira plus à gueres de gens. Et ce n'est quasi pas la
40 peine de vous le disputer.
Mais mon second, qui avoit, à. ce que je croy, estudié toute cette question le matin mesme, tant il étoit prest sur
2<j. om. et 1. a. s, connoissance C 84. om. et C.
QUATRI&ME LETTRE 37
tout, luy respondit : Voilà, mon Père, le dernier retranchement où se retirent ceux de vostre party qui ont voulu entrer en dispute ; mais vous y estes aussi peu en assurance. L'exemple des justes ne vous est pas plus favorable. Qui doute qu'ils ne tombent souvent dans des péchez de 6 surprise sans qu'ils s'en apperçoivent ? N'apprenons-nous pas des Saints mesmes combien la concupiscence leur tend de pièges secrets, et combien il arrive ordinairement que, quelques sobres qu'ils soient, ils donnent à la volupté ce qu'ils pensent donner à la seule nécessité, comme S. Au- 10 gustin le dit de soy-mesme dans ses Confessions ?
Combien est-il ordinaire de voir les plus zelez s'emporter dans la dispute à des mouvemeus d'aigreur pour leur propre interest, sans que leur conscience leur rende sur l'heure d'autre tesmoignage, sinon qu'ils agissent de la 15 sorte pour le seul interest de la vérité, et sans qu'ils s'en apperçoivent quelquefois que long temps après !
Mais que dira-t-on de ceux qui se portent avec ardeur à des choses effectivement mauvaises, parce qu'ils les croyent effectivement bonnes, comme l'histoire Ecclesias- 20 tique en donne des exemples : ce qui n'empesche pas, selon les Pères, qu'ils n'ayent péché dans ses occasions ?
Et sans cela comment les Justes auroient-ils des péchez cachez ? comment seroit-il véritable que Dieu seul en connoist et la grandeur et le nombre, que personne ne sçait 25 s'il est digne d'amour ou de haine, et que les plus Saints doivent tousjours demeurer dans la crainte et dans le tremblement, quoy qu'ils ne se sentent coupables en aucune chose, comme S. Paul le dit de luy-mesme ?
Concevez donc, mon Père, que les exemples et des justes 30 et des pécheurs renversent également cette nécessité que vous supposez pour pécher, de connoistre le mal et d'aimer la vertu contraire, puisque la passion que les impies ont pour les vices tesmoigne -assez qu'ils n'ont aucun désir pour la vertu : et que l'amour que les Justes ont pour la vertu 35 tesmoigne hautement qu'ils n'ont pas tousjours la connoissance des péchez qu'ils commettent chaque jour, selon l'Escriture.
Et il est si véritable que les Justes pèchent en cette sorte, qu'il est rare que les grands Saints pèchent autrement. Car 40 comment pourroit-on concevoir que ces âmes si pures, qui fuyent avec tant de soin et d'ardeur les moindres choses qui