domestiques et les G. C. 24. mn. leur C
HUITIKME LETTRE 83
plus de droit d'estre expédiez l'une que l'autre, le Juge qui prendra quelque clwse d^ l'un à condition, ex pacto, de l'expédier le premier, pechera-t-il ? No7i certainement, selon Layman : car il ne fait aucune injure aux autres, selon le droit naturel, lors qu'il accorde à l'un par la co7isideration de son présent ce 5 qu'il pouvoit accorder à celuy qu'il luy eîcst plû. Et mesme, estant également obligé envers tous par l'égalité de leur droit, il le devient davantage envers celuy qui luy fait ce don, qui l'engage à le préférer aux autres; et cette préférence semble pouvoir estre estimée pour de l'argent ; quœ obligatio videtur 10 pietio cestimabilis.
Mon Keverend Père, luy dis-je, je suis surpris de cette permission, que les premiers Magistrats du Royaume ne sçavent pas encore. Car Monsieur le premier Président a apporté un ordre dans le Parlement pour empescher que 15 certains greffiers ne prissent de l'argent pour cette sorte de préférence, ce qui témoigne qu'il est bien éloigné de croire que cela soit permis à des Juges, et tout le monde a loué une reformation si utile à toutes les parties. Le bon Père, surpris de ce discours, me répondit : Dittes vous vray ? Je ne 20 sçavois rien de cela. Nostre opinion n'est que probable. Le contraire est probable aussi. En vérité, mon Père, luy dis-je, on trouve que M. le Premier Président a plus que probablement bien fait, et qu'il a arresté par là le cours d'une corruption publique et soufferte durant trop long temps. J'en 25 juge de la mesme sorte, dit le Père ; mais passons cela, laissons les juges. Vous avez raison, luy dis-je. Aussi bien ne reconnoissent-ils pas assez ce que vous faites pour eux. Ce n'est pas cela, dit le Père ; mais c'est qu'il y a tant de choses i\ dire sur tous qu'il faut estre court sur chacun. 30
Parlons maintenant des gens d'affaires. Vous sçavez que la plus grande peine qu'on ait avec eux est de les détourner de l'usure ; et c'est aussi à quoy nos Pères ont pris un soin particulier, car ils détestent si fort ce vice qu'Escobar dit au tr. 3, ex. 5, n. 1, qv£ de dire que l'usure n'est pas 35 péché, ce seroit une hérésie. Et nostre Père Bauny, dans sa Somme des péchez, c. 14, remplit plusieurs pages des peines deuës aux usuriers. Il les déclare infâmes durant leur vie et indignes de sépulture après letir mort. 0 mon Père ! je ne le croyois pas si severe ! Il l'est quand il le faut, me dit-il ; 40 mais aussi, ce sçavant casuiste ayant remarqué qu'on n'est attiré à l'usure que par le désir du gain, il dit au mesme lieu : L'on obligeroit donc pas peu le monde si, le garantissant
des mauvais effets de l'usure et tout ensemble dti péché qui en est la cause, l'on luy donnoit le moyen de tirer autant et plus de p'ofit de son argent par quelque bon et légitime employ que Von en tire des usures. Sans doute, mon Père, il n'y auroit 5 plus d'usuriers après cela. Et c'est pourquoy, dit-il, il en a fourni une méthode générale pour toutes sortes de personnes : Gentilshommes, Presidens, Conseillers, etc., et si facile qu'elle ne consiste qu'en l'usage de certaines paroles qu'il faut prononcer en prestant son argent, ensuite desquelles on peut en
lO prendre du profit sans craindre qu'il soit usuraire, comme il est sans doute qu'il l'auroit esté autrement. Et quels sont donc ces termes mystérieux, mon Père ? Les voicy, me ditil, et en mots propres ; car vous sçavez qu'il a fait son livre de la Somme des péchez en françois, pour estre entendu de tout
15 le monde, comme il le dit dans la préface : Celuy d qîii on demande de l'argent respondra donc en cette sorte : Je n'ay point d'argent à prester ; si ay bien à mettre à profit honneste et licite. Si desirez la somme que demandez pour la faire valoir par vostre hidustrie à moitié gain, moitié perte, peut-estre m'y
20 resoudray-je. Bien est vray qu'à cause qu'il y a trop de peine à s'accommoder pour le profit, si vous m'en voulez assurer un certain, et quant et quant aussi mon sort principal qu'il ne coure fortune, nous tomberions bien plustost d'accwd, et vous feray toucher argent dans cette heure. N'est-ce pas là un
25 moien bien aisé de gaigner de l'argent sans pécher ? Et le P. Bauny n'a-t-il pas raison de dire ces paroles, par lesquelles il conclut cette méthode : Voila, à mon avis, le moien par lequel quantité de personnes dans le monde, qui, par leurs usures, extorsions, et contracts illicites, se provoquent la juste in-
30 dignation de Dieu, se peuvent sauver en faisant de beaux, honnestes et licites profits.
0 mon Père ! luy dis-je, voila des paroles bien puissantes ! Je vous proteste que, si je ne sçavois qu'elles viennent de bonne part, je les prendrois pour quelques-uns de
35 ces mots enchantez qui ont pouvoir de rompre un charme. Sans doute elles ont quelque vertu occulte pour chasser l'usure, que je n'entends pas, car j'ay toujours pensé que ce péché consistoit à retirer plus d'argent qu'on n'en a preste. Vous l'entendez bien peu, me dit-il ; l'usure ne consiste pres-
40 que, selon nos Pères, qu'en l'intention de prendre ce profit comme usuraire. Et c'est pourquoy nostre Père Escobar fait éviter l'usure par un simple détour d'intention. C'est 33. om. Je vous . . . charme C.
au tr. 3, ex. 5, n. 4, 33, 44 : Ce seroit usure, dit-il, de prendre du profit de ceux à qui on preste, si on V exigeait comme d^it par justice ; mais, si on exige comme deil par reconnaissance, ce 71 est point usure. Et au n. 3 : Il n'est pas permis d'avoir l'intention de profiter de l'argent preste immédiatement ; mais 6 de le prétendre par l'entremise de la bien veillanse, mediâ benevolentiâ, ce n'est point usure.
Voila de subtiles méthodes ; mais une des meilleures à mon sens, car nous en avons à choisir, c'est celle du contract Mohatra. Le contract Mohatra, mon Père ! Je voy bien, 10 dit-il, que vous ne sçavez ce que c'est. Il n'y a que le nom d'estrange. Escobar vous l'expliquera au tr, 3, ex. 3, n. 36 : Le contract Mohatra est celuy par lequel on achette des estoffes chèrement et à crédit potir les revendre, au mesme instant à la mesme personne, argent comptant et à bon marché. Voila ce 15 que c'est que le contract Mohatra, par où vous voyez qu'on reçoit une certaine somme comptant en demeurant obligé pour davantage. Mais, mon Père, je croy qu'il n'y a jamais eii qu'Escobar qui se soit servi de ce mot là : y a-t-il d'autres livres qui en parlent ? Que vous sçavez peu les choses ! me 20 dit le Père. Le dernier livre de Théologie Morale, qui a esté imprimé cette année mesme à Paris, parle du Mohatra, et doctement. Il est intitulé Ejyilogus summarum. C'est un abrégé de toutes les Sommes de TJiealogie pris de nos Pères Suarez, Sanchez, Lessius, Fagundez, Hurtado, et d'autres^^ casuistes célèbres, comme le titre le dit. Vous y verrez donc en la page 54 : Le Mohatra est qiiand un homme qui a affaire de vingt instoles achette d'un Marchand des estoffes pour trente pistâtes payables dans un an, et les hiy revend d l'heure mesme potir vingt pistoles comptant. Vous voyez bien par là que le 30 Mohatra n'est pas un mot inoiiy. Et bien, mon Père, ce contract là est-il permis ? Escobar, répondit le Père, dit au mesme lieu, qu'il y a des loix qui le deffend^nt sous des peines tres-rigoureuses. Il est donc inutile, mon Père ? Point du tout, dit-il ; car Escobar en ce mesme endroit donne des 35 expediens de le rendre permis, encore mesme, dit-il, que celuy qui vetid et rachette ait pour intention principale le dessein de profiter, pourveii seulement qu'en ve7id<i7it il n'excède pas le plus haut prix des estoffes de cette sorte, et qu'en rachetant il n'en passe pas le moindre, et qu'on n'en convienne pas auparavant 40 en termes exprez ny autrement. Mais Lessius, d^ just., 1. 2, c.
4. om. au V. 6. bieu i veillance de celuy à qui l'on a preste, mediâ C.