‹ Les lettres provinciales. Edited by H.F. StewartChapitre 69 sur 181 · Sur quoy vous n'estes C · texte numérisé non relu

Sur quoy vous n'estes C

estably en gênerai dans ce passage, que ce n'est 'pas simonie en conscience : ce qui enferme que ce n'en est pas aussi une de droit positif, si vous ne voulez faire Tannerus assez impie pour soustenir qu'une simonie de droit positif n'est pas simonie en conscience. Mais vous recherchez à dessein ces 5 mots de droit divin, droit positif, droit naturel, tribunal interietir et exterieîir, cas exprimez dans le droit, présomption externe, et les autres qui sont peu connus, afin d'échaper sous cette obscurité, et de faire perdre la vue de vos égaremens. Vous n'eschaperez pas neantmoins, mes Pères, par ces 10 vaines subtilitez, car je vous feray des questions si simples qu'elles ne seront point sujettes au distinguo. Je vous demande donc, sans parler de droit positif, ny de présomption de tribuîMl extérieur, si un bénéficier sera simoniaque, selon vos Autheurs, en donnant un bénéfice de quatre mille livres 16 de rente, et recevant dix mille francs argent comptant, non pas comme prix du bénéfice, mais comme un motif qui le porte à le donner. Respondez-moy nettement, mes Pères : que faut-il conclure sur ce cas, selon vos Autheurs? Tannerus ne dira-t-il pas formellement Que ce n'est point simonie 20 en conscience ; puis que le temporel n'est pas le prix du bénéfice mais seulement le motif qui le fait donner ? Valentia, vos Thèses de Caën, Sanchez, et Escobar ne decideront-ils pas de mesme que ce n'est jyas simonie par la mesme raison ? En faut-il davantage pour excuser ce bénéficier de simonie, et 25 osierez-vous le traiter de simoniaque dans vos confessionnaux, quelque sentiment que vous en aiez par vous-mesmes ; puis qu'il auroit droit de vous fermer la bouche, ayant agy selon l'advis de tant de Docteurs graves? Confessez donc qu'un tel bénéficier est excusé de simonie, selon vous ; et de- 30 fendez maintenant cette doctrine, si vous le pouvez.

Voila, mes Pères, comment il faut traiter les questions pour les démesler ; au lieu de les embrouiller ou par des termes d'Escole, ou en changeant Testât de la question, comme vous faites dans vostre dernier reproche en cette sorte. Tan- 36 nerus, dites-vous, déclare au moins qu'un tel échange est un grand péché ; et vous me reprochez d'avoir supprimé malicieusement cette circonstance, qui le justifie entièrement, à ce que vous prétendez. Mais vous avez tort, et en plusieurs manières. Car, quand ce que vous dites seroit véritable, il 40 ne s'agissoit pas, au lieu où j'en parfois, de sçavoir s'il y avoit

26. et oseriez- vous le traiter autrement dans AC. 28. vous y obliger,

ayant A C. 40. vray C.

en cela du péché, mais seulement s'il y avoit de la simonie. Or ce sont deux questions fort séparées : les péchez n'obligent qu'à se confesser, selon vos maximes ; la simonie oblige à restituer, et il y a des personnes à qui cela paroistroit assez 5 différent. Car vous avez bien trouvé des expediens pour rendre la confession douce, au lieu que vous n'en avez point trouvé pour rendre la restitution agréable. J'ay à vous dire de plus que le cas que Tannerus accuse de péché n'est pas simplement celuy où l'on donne un bien spirituel pour un

10 temporel qui en est le motif mesme principal, mais il ajoute encore que l'on prise le temporel plus que le spirituel, ce qui est ce cas imaginaire dont nous avons parlé. Et il ne fait pas mal de charger celuy-là de péché, puisqu'il faudroit estre bien méchant, ou bien stupide, pour ne vouloir pas éviter un

15 péché par un moyen aussi facile qu'est celuy de s'abstenir de comparer les prix de ces deux choses, lorsqu'il est permis de donner l'une pour l'autre. Outre que Valentia, examinant, au lieu déjà cité, s'il y a du péché à donner un bien spirituel pour un temporel qui en est le motif principal, rapporte les

20 raisons de ceux qui disent que oiiy, en ajoutant : Sed hoc non videtur mihi salis certum : Cela ne me paroist pas assez certain.

Mais, depuis, vostre P. Erade Bille, professeur des cas de Conscience à Caën, a décidé qu'il n'y a aucun péché ; car les

25 opinions probables vont toujours en meurissant. C'est ce qu'il déclare dans ses écrits de 1644, contre lesquels M. du Pré, Docteur et Professeur à Caën, fit cette belle harangue imprimée, qui est assez connue. Car, quoy que ce P. Erade Bille reconnoisse que la doctrine de Valentia, suivie par le

30 P. Milhard, et condamnée en Sorbonne, soit contraire ati sentiment commun, suspecte de simonie en plusieurs choses, et punie en justice, quand la pratique en est découverte, il ne laisse pas de dire que c'est une opinion probable, et par conséquent seure en conscience, et qu'il n'y a en cela

35 ny simonie nï péché. C'est, dit-il, une opinion 2^fohable, et enseignée par beaucoup de docteurs catholiqties, qu'il n'y a aucune simonie, ny aucun péché, à donner de l'argent ou une autre chose temporelle pour un bénéfice, soit par forme de reconnaissance, soit comme un motif sans leqtiel on ne

iOle donneroit pas, pourveu qu'on ne le donne pas comme un prix égal au bénéfice. C'est là tout ce qu'on peut désirer.

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