‹ Les lettres provinciales. Edited by H.F. StewartChapitre 97 sur 181 · AUX EEVERENDS PERES JESUITES · texte numérisé non relu

AUX EEVERENDS PERES JESUITES

Du i Décembre 1666

Mes Révérends Pères,

Voici la suite de vos calomnies, où je répondray d'abord à celles qui restent de vos Avertis semens. Mais, comme tous vos autres livres en sont également remplis, ils me fourniront assez de matière pour vous entretenir sur ce sujet autant que je le jugeray nécessaire. Je vous diray donc, en un 5 mot, \ sur cette fable que vous avez semée dans tous vos écrits contre Mr d'Ipre, que vous abusez malicieusement de quelques paroles ambiguës d'une de ses lettres, qui, estant capables d'un bon sens, doivent estre prises en bonne part selon l'esprit charitable de l'Eglise, et ne peuvent estre pri- 10 ses autrement que selon l'esprit malin de votre Société. Car pourquoy voulez-vous qu'en disant à son amy : Ne vous mettez point tant en peine de vostre neveu, je luy foîcrniray ce qui est nécessaire de l'argent qtci est entre vies mains, il ayt voulu dire par là qu'il prenoit cet argent pour ne le point 15 rendre, et non pas qu'il l'avançoit seulement pour le remplacer ? Mais ne faut-il pas que vous soyez bien imprudens, puisque vous avez fourny vous-mesmes la conviction de vostre mensonge par les autres lettres de Mr d'Ipre que vous avez imprimées, qui marquent parfaitement que ce n'estoit 20 en effet que des avances, qu'il devoit remplacer ? C'est ce qui paroist dans celle que vous rapportez du 3 juillet 1619, en ces termes, qui vous confondent : Ne vous souciez pas des AVANCES, il ne luy manquera rien tant qu'il seia icy. Et

Title. om. Escrite . . . Proviucial C. 10. mn. chnritable C. 11. om. malin C. 18. imprudeus d'avoir foiuruy C. 20. marquent visiblement (7.

par celle du 26 janvier 1620, où il dit : Vous avez ^ trop de haste ; et, quand il serait question de rendre compte, le peu de crédit que j'ay icy me feroit trouver l'argent au besoin.

Vous estes donc des imposteurs, mes Pères, aussi bien sur 5 ce sujet que sur vostre conte ridicule du Tronc de S. Merry. Car quel avantage pouvez-vous tirer de l'accusation qu'un de vos bons amis suscita à cet Ecclésiastique que vous voulez déchirer? Doit-on conclure qu'un homme est coupable, parce qu'il est accusé ? Non, mes Pères. Des gens de pieté

10 comme luy pourront toujours estre accusez tant qu'il y aura au monde des calomniateurs comme vous. Ce n'est donc pas par l'accusation, mais par l'arrest, qu'il en faut juger. Or l'arrest qui en fust rendu le 23 Févr. 1656 le justifie pleinement : outre que celuy qui s'estoit engagé témérairement

15 dans cette injuste procédure fust désavoué par ses Collègues, et forcé luy-mesme à la retracter. Et quant à ce que vous dites au mesme lieu de ce fameux directeur qui se fit riche en un moment de neuf cent mille livres, il suffit de vous renvoyer à Messieurs les Curez de S. Eoch et de S. Paul, qui ren-

20 dront témoignage à tout Paris de son parfait désintéressement dans cette affaire, et de vostre malice inexcusable dans cette imposture. C'en est assez pour des faussetez si vaines. Ce ne sont là que les coups d'essay de vos Novices, et non pas les coups d'importance de vos grands Profés. J'y viens donc,

25 mes Pères ; je viens à cette calomnie, l'une des plus noires qui soient sorties de vostre esprit. Je parle de cette audace insupportable avec laquelle vous avez osé imputer à de saintes Eeligieuses et à leurs Directeurs de ne pas croire le mystère de la Transsubstantiation, ny la présence réelle de J.-C.

30 dans l'Eucharistie. Voila, mes Pères, une imposture digne de vous. Voila un crime que Dieu seul est capable de punir, comme vous seuls estes capables de le commettre. Il faut estre aussi humble que ces humbles calomniées pour le souffrir avec patience ; et il faut estre aussi méchant que de

35 si méchans calomniateurs pour le croire. Je n'entreprens donc pas de les eh justifier ; elles n'en sont point suspectes. Si elles avoient besoin de défenseurs, elles en auroient de meilleurs que moy. Ce que j'en diray icy ne sera pas pour monstrer leur innocence, mais pour monstrer vostre malice.

40 Je veux seulement vous en faire horreur à vous-mesmes, et faire entendre à tout le monde qu'après cela il n'y a rien dont vous ne soyez capables.

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