En Toila assez C. 28. Docteurs C
Vous ne manquerez pas neantmoins de dire que je suis de Port-Koyal, car c'est la première chose que vous dites à quiconque combat vos excès ; comme si on ne trouvoit qu'à Port-Royal des gens qui eussent assez de zèle pour défendre contre vous la pureté de la Morale chrétienne. Je sçay, mes 6 Pères, le mérite de ces pieux solitaires qui s'y estoient retirez, et combien l'Eglise est redevable à leurs ouvrages, si édifians et si solides. Je sçay combien ils ont de pieté et de lumière. Car, encore que je n'aye jamais eu d'establissement avec eux, comme vous le voulez faire croire sans que vous 10 sçachiez qui je suis, je ne laisse pas d'en connoistre quelquesuns, et d'honorer la vertu de tous. Mais Dieu n'a pas renfermé dans ce nombre seul tous ceux qu'il veut opposer à vos desordres. J'espère avec son secours, mes Pères, de vous le faire sentir ; et, s'il me fait la grâce de me soutenir 15 dans le dessein qu'il me donne d'employer pour luy tout ce que j'ay receu de luy, je vous parleray de telle sorte que je vous feray peut-estre regreter de n'avoir pas affaire à un homme de Port-Royal. Et, pour vous le témoigner, mes Pères, c'est qu'au lieu que ceux que vous outragez par cette 20 insigne calomnie se contentent d'offrir à Dieu leurs gemissemens pour vous en obtenir le pardon, je me sens obligé, moy qui n'ay point de part à cette injure, de vous en faire rougir à la face de toute l'Eglise, pour vous procurer cette confusion salutaire dont parle l'Escriture, qui est presque l'unique 25 remède d'un endurcissement tel que le vostre : Impie faciès eorum igfwminid, et qucerent nomen tuuvi, Domitie.
Il faut arrester cette insolence, qui n'espargne point les lieux les plus saints. Car qui pourra estre en seureté après une calomnie de cette nature? Quoy, mes Pères, afficher 30 vous mesmes dans Paris un livre si scandaleux avec le nom de vostre Père Meynier à la teste, et sous cet infâme titre : Le Port-Royal et Genève d'intelligence contre le tres-saint Sacrement de l'Autel, où vous accusez de cette apostasie non seulement M. de S. Cyran et M. Arnauld, mais aussi la 35 Mère Agnès sa sœur, et toutes les Religieuses de ce monastère, dont vous dites, page 96, qiie leur foy est aussi suspecte touchant l' Eu^Jmristie que celle de M. Ar7iauld, lequel vous soutenez, page 4, estre effectivement Calviniste. Je demande là dessus à tout le monde s'il y a dans l'Eglise des personnes 40 sur qui vous puissiez faire tomber un si abominable reproche