CHAPITRE V
THERAPEUTIQUE
Nous n’avons retrouvé dans la littérature qu’un seul cas de guérison de L. A., contrôlé par une observation de 2 ans. Mais il est difficile d’attribuer tout le succès de cette cure à la thérapeutique, car les traitements tentés l’avaient été auparavant sans succès dans d’autres formes. Dans l’ignorance où nous sommes actuellement des causes des L. A., tous les moyens dont on dispose ont été tentés en vain : la médication anti-infectieuse, chimiothérapie, protéïnothérapie, sérothérapie; la médication martiale, arsénicale, l’hépatothérapie contre l’anémie, les transfusions sanguines. Pour abaisser le nombre des globules blancs la radiothérapie est une arme dangereuse, elle risque de précipiter l’évolution et de redoubler les hémorragies. Les essais de traitement par le thorium et le benzol n’ont abouti qu’à des échecs. Les sérums leucolvtiques ne sont pas passés dans la pratique.
Dans le cas particulier du malade de Naegeli qui a guéri, le traitement consista en des doses lentement progressives de solution d’acide hydro-arsénieux, 1 à 15 mmg, par jour en injections sous-cutanées, en un traitement infraveineux par le mésothorium et en séances de radiothérapie.
Pour être logiques avec nous-mêmes, la thérapeutique que nous proposons sera avant tout dirigée contre l’anémie et contre l’agranulocytose.
Contre l’anémie on emploiera lhépatothérapie, méthode de Wipple, injections d'extrait hépatique, la médication martiale, administration de hautes doses de fer réduit (1 à 3 gr. par jour).
La transfusion sanguine a le grave inconvénient de provoquer de très fortes réactions : fièvre, frissons, dyspnée, hémorragies. Le choc peut parfois même être mortel. Aussi ne peut-on la conseiller sans réserves. En tout cas, il faudra l’employer avec la plus grande prudence. Le donneur appartiendra à la même catégorie que le malade et on s’en assurera par la méthode de compatibilité directe. Les résultats de la transfusion, quand ils sont favorables, ne le sont que transitoirement. L'amélioration clinique se manifeste par la relève des forces du malade, la sensation de mieux-être, mais la formule sanguine est peu influencée. L’anémie persiste et les globules rouges transfusés paraissent être immédiatement détruits. De toutes facons, le bénéfice obtenu ne dure pas.
Contre l’agranulocytose, deux produits sont actuel-
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lement en faveur : le nucléotide de pentose et le sulfate d’adénine. Leur injection intra-veineuse produit une leucocytose neutrophile. Les Américains rapportent un certain nombre de cas favorables. Jakson, Parker et Taylor ont traité 20 malades par la méthode suivante : injection par voie veineuse, tous les jours, pendant 4 jours, d’une solution de 0 gr. 7 de nucléotide dans 100 gr. de solution physiologique de NaCL, et par voie intra-musculaire, tous les jours, jusqu’à guérison, 0 gr. 70 de nucléotide en solution dans 10 cc. d’eau distillée. Sept sur treize angines agranulocytaires guérirent, et également sept neutro-. péniques d’origine infectieuse ou toxique, Trois de nos malades (obs. 4-5-6) eurent des injections intraveineuses de nucléotide de pentose, sans résultat. Les injections par voie veineuse d’une solution tiède de un gramme de sulfate d’adénine dans 49 cc. de solution physiologique de NaCL, en raison de 3 par jour pendant 3 jours pour un adulte, ont été employées avec succès par Reznikoff. Sur 15 cas, ainsi traités, il obtint 11 guérisons.
Si l’on dispose contre l’anémie et l’agranulocytose de moyens thérapeutiques, plus ou moins efficaces, œquelle action peut-on avoir sur l’augmentation du nombre des globules blancs et aussi sur leur déviation? Le benzol agit surtout sur les granulocytes et ce pe sont pas eux qui prolifèrent. D'ailleurs, plus qu’à réduire le nombre des globules blanes, on s’efforce de modifier leur qualité. La radiothérapie générale est actuellement le seul moyen utilisé ; la téléradio-
thérapie totale est mise à l’essai. Récemment Guarini a indiqué que, précédée d’une injection de thorotrast, la radiothérapie semblait donner de meilleurs résultats. Cette méthode n’a pas encore fait ses preuves. Et il n’en reste pas moins qu’elle est une arme à double tranchant, qui peut tout aussi bien stimuler l’hémopoièse que linhiber. Fréquemment encore, elle augmente la tendance hémorragique et précipite l’évolution.