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A NOS AMIS DU PARLEMENT

A chaque article, à chaque livre même, c'est un léger bruit quelques cercles sur la vaste nappe, puis l'immobilité, l'oubli, semble-t-il ; mais continuez et voici qu'un jour quelque chose commence d'émerger. Une terre est en formation faite de ces apports continus.

Nous voulons parler de l'idée régionaliste. Je ne m'y trompe pas, c'est vers elle que s'orientent toutes les acti-

vités sociales, politiques, artistiques, si l'on double, comme il faut toujours faire, la conception géographique d'une conception morale : à côté de villes et de provinces quasi-autonomes, nous réclamons toutes sortes de corps, de compagnies, de communautés où s'épanouirait l'esprit d'association. C'est de l'esprit particulariste, mais très propre à maintenir le sens national et qui doit s'accorder avec l'existence d'un pouvoir central vigoureux et raisonnable.

Nous avions espéré que les groupements nationalistes adopteraient et prétendraient à réaliser ces idées, sans lesquelles il n'est pas de nationalisme. Notre espoir a été en partie déçu.

Politiquement, le programme nationaliste est la plupart du temps resté fort médiocre, asservi aux incidents du jour (antiministériel plutôt que nationaliste). Cependant l'esprit public tend à se transformer. Et, par exemple, si je considère une région comme la Lorraine, où les élus sont d'excellents patriotes, mais où leur programme se borne à de généreux:

« Vive la liberté! » « Vive l'Armée ! », je

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vois combien font de progrès les deux idées connexes de mettre de l'autorité et de la responsabilité à la tête de la République et de développer le gouvernement local ainsi que la liberté d'association.

C'est au Parlement qu'il faudrait maintenant transporter ces nouvelles façons de sentir la vie nationale; il faudrait que de la tribune elles fussent propulsées dans toutes les régions et dans tous les partis.

Quelles difficultés rencontre -t- on chez certains esprits? De fausses analogies historiques.

Nous nous battons sur un vieux champ de bataille. Nous y ramassons des armes démodées. * Vous voulez rompre l'unité française comme le voulaient les Girondins, ou comme les chouans », dit l'un, L'autre intervient : « Vous voulez nous mettre sous la botte d'un César o.

Autant d'hallucinations. Celui-ci nous

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traite de dictatoriaux et celui-là de séparatistes. Mais trente fois j'ai demandé, supplié qu'on doublât toute propagande autoritaire d'une propagande régionaliste, je veux dire de décentralisation.

Si nous voulons pour notre sécurité collective, fortifier l'Etat par en haut, nous voulons en même temps le dépouiller sur toutes les parties du territoire de certaines* prérogatives. Nous dénonçons que l'Etat est à la fois humilié et despotique. Nous cherchons l'ordre et le progrès dans la République en attribuant au groupe professionnel les intérêts professionnels, à la commune les intérêts communaux, à la région les intérêts régionaux, et c'est la nation elle-même qui par son délégué présidera à la destinée nationale.

L'histoire donne des enseignements, des leçons, jamais de modèles. 11 ne s'agit point de rien refaire ; non, pas même de refaire la Lotharingie, mais de trouver enfin de l'ordre et des libertés.

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On commence toujours par traiter de séparatistes ceux qui pensent que la diversité des climats, des populations et des mœurs nécessite certains modes particuliers dans l'administration. Et pourtant quelle tache utile, en même temps que magnifique, de dégager le pittoresque, le moral, toutes les puissances, les droits et les devoirs issus de notre terre et de nos morts lorrains et de les perpétuer pour le bien de la fédération française !

Je me rappelle le temps où Déroulède, par exemple, avait quelque répugnance et même de l'hostilité à l'égard de notre patriotisme ainsi fondé sur le régionalisme. Mais avant même que l'exil l'eût familiarisé avec les libertés basques, il avait reconnu la pureté de nos principes dont il proclame aujourd'hui la bienfaisance.

J'ai plusieurs fois indiqué pourquoi l'esprit lorrain et l'esprit alsacien — et par esprit, j'entends les mœurs et les ma-

niéres de sentir ou de juger — me paraissent d'une meilleure qualité politique qu'un certain esprit méridional (par ailleurs si charmant, artiste et rapide). Au reste, mon but n'est point de prouver une suprématie, c'est de faire reconnaître des différences. Mes idées se réduisent en dernière analyse à rappeler qu'il y a une puissance du terroir, une âme accumulée dans une population indigène et que de sages administrateurs, au lieu de mépriser cette puissance ou de la combattre, doivent l'utiliser. J'ajouterai que dans l'état des choses en Europe, la République ne sera conciliable avec la durée de la nationalité française que si elle se fonde sur notre solidité de l'Est (1).

(1) Voir la note III à la fin du volume.

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