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CHAPITRE SIXIÈME

§ 1". Coraineiicemeiits du règne de Henri V. Sa conduite à Liège et à Cambrai. La (juerelle entre l'Empii'e et la papauté recommence. Rébellion de quelques princes, soutenue parla ville de Cologne. Conduite indécise de plusieurs cités. Lutte dans le nord de l'Empire, dans la haute et la basse Lotharingie. Mort de Henri V. — § 2. Réformes attribuées à ce prince ou effectuées de son temps : affranchissement des artisans, suppression de la raorteraain, suppression de taxes pour l'administration des sacrements. Rôle joué par Tanchelin. Chartes accordées à Namur, à Valenciennes, dans le Brabant, etc. — § 3. Règnes des comtes de Flandre Baudouin Vil et Charles le Bon. Énergie du premier; colères que le second provoque chez des familles d'origine serve. Sa mort; siège de l'église Saint-Donatien, de Bruges. Élection en qualité de comte de Guillaume de Normandie et soulèvement des Flamands contre lui.

L'avénement subit du roi Henri V fut salué avec joie par tous les partisans des doctrines de Gre'goire VII, qui devaient bientôt être complètement de'çus dans leurs espe'rances. H inspira au contraire des sentiments tout oppose's dans les grandes villes des bords du Rhin et de la Meuse, qui ne tardèrent pas à se ressentir du changement de monarque. Cologne, en expiation de son de'voue-

ment inaltérable à la cause de Henri IV, fut condamnée à payer une amende e'norme, 6,000 talents ou marcs. Lie'ge et Cambrai virent s'ope'rer des espèces de contre-re'volutions.

A Liège, comme je l'ai dit à propos des fune'railles de l'empereur, l'entente était loin de régner entre les difTe'rentes classes de la population : autant les Lie'geois portaient de l'affection à Henri 1V(*), autant certains membres du cierge' lui e'taient hostiles, à lui et à son fidèle Obert. On voulut sans doute y faire revivre des pre'tentions antipathiques aux bourgeois, car une sédition y éclata en il07 et l'on y livra au pillage les maisons des chanoines (^). Une charte de Henri V, du 1" février de la même année, nous dévoile les causes de ces désordres, par le soin qui y est pris d'attribuer au chapitre de Saint-Lambert de grandes immunités. — Celui qui tue ou blesse un serviteur de l'empereur doit être livré à l'évêque, mais la composition ou peine pécuniaire par laquelle il rachète sa vie doit être remise à la personne lésée. — La cour synodale est seule juge des coups et blessures infligés à un chanoine et l'homme accusé d'un fait de cette nature est tenu, pour se justifier, non de produire des témoins, mais de s'en remettre au jugement de Dieu. — Les serviteurs ou vassaux des chanoines, les maires ou autres officiers de ceux-ci, leurs hôtes ou tenanciers ne peuvent être attraits que devant leurs pairs, à moins que le prévenu n'exerce publiquement le commerce. — Défense est faite de spolier les maisons dépendantes des cloitres, de les faire fermer, de les grever de taxes au profit des veilleurs de nuit ou au moyen de quêtes faites de porte en porte, d'en arrêter les habitants s'ils ne mettent le pied dehors. Cette immunité ne s'étend pas à tout

(') Nam Leodienses illi antiquo affectu fideliter adherebant (Ekkehard).

(■^) Inter cives Leodienses et cleritos, jrrofractis doinibns, or/a seditio est (René, Chrome. Lambertiparii continuatio, dans VAinplissinia cotiectio. l. V, col. 9).

terrain avec maison (terra mansionaria), mais seulement à ceux appartenant à des prêtres de Lie'ge et au quartier de la Sauvenière, où l'autorité' ordinaire (c'est-à-dire les échevins) n'a juridiction que sur les voleurs, les faux-monnayeurs, les auteurs de me'faits dits stuer (ou storm, assaut) et burine (ou querelle sur la voie publique) (*).

Ainsi, restreindre la compe'tence de la magistrature urbaine, maintenir la distinction entre la bourgeoisie et les serviteurs de l'evêque et des e'glises, perpe'tuer le duel judiciaire, tel e'tait le but de cet acte qui ne resta pas isole', car, dès l'anne'e suivante, le riche chapitre de Saint-Servais, de Maestricht, en reçut un pareil. Les grands corps eccle'siastiques comptaient presque toujours quelques-uns des leurs dans l'entourage du souverain. De là cet empressement de ceux-ci à sanctionner des privile'ges qui n'avaient de respectable que leur ancienneté'. Le 12 mars 1205-1204, le duc de Brabant Henri, à qui le roi Philippe de Souabe avait ce'de' l'e'glise Saint-Servais, e'tendit les immunite's dont les sujets de cette dernière jouissaient à ses boulangers, sonneurs, cellériers, fabricants de brai (brescedarii) , brasseurs, officiers du cloître et cuisiniers, qu'il de'clara exempts de tout impôt, collecte, charge, etc. (*). A Aix-la-Chapelle, le clergé et les sujets de l'abbaye ou chapitre de Saint-Adalbert, bien que payant leur part dans les collectes et contribuant à faire le service militaire, ne participaient pas aux droits des Aixois sur les bois, pâtures, prés, eaux et autres propriétés de la ville. L'empereur Henri VI enjoignit de faire cesser cette inégalité, d'abord verbalement, puis par un décret donné à Sinzich, le 4 novembre 1192 (■'), et, dans

(') Gesta pontificum Leodiensùim, t. II, p. 5i.

(*) Preuves, p. 59.

(') Qcix, loc. cit., pp. 46 et "5.

la suite, les domaines de l'église Saint-Adalbert obtinrent une complète immunité d'impôts. Partout on e'rigea en principe le même système : étendre à tous les avantages de la communauté, la sécujilé dont on jouissait dans les villes ; partout on essaya de faire peser sur la bourgeoisie seulement le poids des chai'ges au prix desquelles cette sécurité était obtenue.

Nous avons vu qu'à Cambial, Tévêque Gaucher avait été écarté et remplacé par Odon ou Eudes d'Orléans. Henri V, à peine monté sur le trône, s'empressa de lendre l'épiscopat au protégé de son père, de prendre ses mesures pour abolir la commune de Cambrai et d'arrêter les usurpations du comte de Flandre dans le Cambrésis. Ses troupes, appelées aux armes, traversèrent l'Escaut à Valenciennes et allèi-ent assiéger Douai; mais cette ville résista vaillamment et, après un mois d'efTorts inutiles, le roi se retira, ayant perdu un grand nombre de soldats. Des amis communs s'interposèrent et la solution du débat fut remise à une assemblée qui se tint à Mayence à la Noël de l'an 1 108. Robert y fut reçu en grâce et obtint la confirmation des avantages que Henri IV lui

avait octroyés.

En quittant la frontière, le roi se dirigea vers Cambrai, où

son arrivée est décrite avec emphase par une vieille chronique

locale ('). « Devant sa venue s'enfuit l'élu Eudes et grande partie

« du clergé et du peuple, qui se senloit coupable. Dont s'enfuiient

« plusieurs femmes avec leurs enfants dans les églises et les

« tours, et les pucelles s'effrayoient quand elles virent tant de

(' chevaliers allemands, esclavons, lorrains, saxons. Alors fit

« l'empcieur crier que tous les habitants et les bourgeois vinssent

» en sa présence, et ils vinrent très-émus, car ils craignoient de

(') Lamuert ue Waterlos, (jui était 1)I'cs((Ul' contemporain, puisqu'il mourut t'ii 11G7, place cet épisode en 1107.

« perdre la vie ou leurs membres et ne pouvoient contredire, ni « ne l'osoient. Lors parla l'empereur très-durement à eux et for- « tement les blâma et dit comment ils e'toient si ose's qu'ils «■ avoient fait tant de chose contre les droits de l'Empire : conju- •' ration, commune, nouvelles lois, et, qui plus est, qu'ils avoient « reçu nouvel e'vêque dedans la cite' contre Dieu et contre la « seigneurie de l'Empire. Quand ils ouïrent l'empereur ainsi « parler, ils furent trop e'pouvantés et, pour ce qu'ils se sentoient « coupables, ils s'humilièrent durement et crièrent à l'empereur « merci. Dont se prit le bon e'vêque Gaucher très bënignement à 1 prier pour ses sujets et tomba aux pieds du roi et disoit : « Très- « doux empereur, ne détruisez pas nos bourgeois si cruellement " et en si grande se've'ritë, car bien les pouvez corriger avec plus « grande douceur. > Dont prièrent aussi les princes de l'arme'e <f avec l'e'vêque et disoient qu'il eût pitié de tant de larmes. « Quand ce entendit l'empereur, se relâcha un peu de sa colère '< et crut le conseil de l'e'vêque et des princes et ne les punit pas « ainsi qu'il se proposoit par rigueur de justice. Cependant ne « les épargna pas du tout. Car il commanda qu'ils apportassent «t en sa présence la charte de la commune qu'ils avoient faite, et « eux ainsi firent, et l'empereur tantôt la défit, et leur fit jurer «1 devant tous les princes que jamais autres ne feroient. Ainsi fut « défaite cette commune, et leur fit jurer féauté à lui par foi et « par serment. » Les fils des principaux bourgeois, au nombre de douze, furent pris en otage et confiés à quelques seigneurs pour être isolément tenus en prison (').

Cette nouvelle suppression de la commune ne l'empêcha pas de reparaître bientôt, plus forte que jamais. Mais quel évêque en a décrété ou subi le rétablissement? Est-ce Gaucher, à qui la cour

(') Pkrtz, loc. cit., t. Vif.

de Rome fut toujours hostile; est-ce son compétiteur et successeur Odon, qui mourut le 19 juin 1115; est-ce Burchard, dont le pape ne sanctionna la nomination par Henri V que deux ans après? Les chroniques de Cambrai sont muettes sur ce point.

Lorsque Henri V se vit affermi sur le trône, il embrassa ouvertement et avec e'nergie la cause pour laquelle son père avait essuyé tant d'adversite's. Comme lui, il donna des investitures aux e'vêques et aux abbés par la crosse et par l'anneau. Bientôt il se rendit en Italie, à la tête d une armée, pour y faire reconnaître ses droits et ceindre la couronne impériale. Après une bataille terrible qui se livra dans Rome même, le pape et les cardinaux se trouvèrent prisonniers et Pascal II fut forcé de reconnaître à Henri V le droit d'investiture (13 avril 1111). Le souverain pontife proposa, dans les conférences qui se tinrent alors, le seul moyen qu'il y eût de rendre l'Église indépendante du pouvoir civil, tout en sauvegardant les intérêts de ce dernier : les dignitaires du clergé auraient renoncé à tous leurs droits régaliens et de la sorte rendu moins nécessaire l'intervention du chef de l'État dans le choix de personnages qui étaient autant princes que prélats; mais, on le comprend sans peine, une pareille proposition souleva des clameurs indicibles parmi les intéressés et ne compta que peu d'approbateurs. A peine le vainqueur avait-il quitté la capitale du monde chrétien que Pascal 11 fut forcé d'assembler un concile, où le traité conclu par plus de cent évêques fut mis à néant ('), La querelle recommença et dura près de six années entre Henri V, d'une part; Pascal II, Gélase II et Calixte II, d'autre part. La guerre civile se ralluma à la fois en Italie et en Allemagne. Un grand nombre de prélats et de nobles prirent les armes contre le monarque allemand; mais celui-ci, soutenu par la puissante maison

(') Ekkehardi Clironicoti.

de Hohenstauffen, conserva son ascendant dans la Franconie , la Souabe et la Haute-Lotharingie, etc. En 1116, il re'iissit à se mettre en possession, en Italie, du riche he'ritage de la comtesse Mathilde.

La scission entre le trône et l'autel n'avait pas encore e'claté lorsque Henri V , voulant rendre un e'clatant hommage à la me'moire de ce père qu'il avait abreuvé de chagrin, ordonna de transporter son corps dans la cathe'drale de Spire. Le jour où la ce're'monie s'accomplit, le 14 août H 14, il scella une charte par laquelle il de'clara tous les habitants de Spire, quelles que fussent leur origine et leur condition, exempts de r« infâme et cruelle » budeil ou mortemain. A Worms, le droit d'he'riter fut aussi solen nellement reconnu, et Henri V autorisa les unions matrimoniales entre les bourgeois et les sujets des seigneurs, qui étaient si sévèrement interdites, en défendant à tout avoué de dissoudre un mariage contracté entre un bourgeois et une femme, de quelque condition quelle fût('). En rendant hommage à la fidélité dont les citoyens de Worms avaient fait preuve envers son père et envers luimême, l'empereur flatta leur orgueil, en même (emps qu il favorisait leur commerce. Par la même charte où il les proclame les plus méritants des bourgeois (*), il conflrme à eux et aux juifs de leur ville leur exemption du tonlieu, leur fait remise du cens qu'ils payaient pour la garde de la cité, et leur cède, avec autorisation de le percevoir à leur profit, le droit qui se prélevait, à Worms, sur les draps (17 novembre 1112).

La plupart des cités rhénanes, notamment Worms, Spire, Strasbourg, Metz, Verdun, Duysbourg, etc., combattirent en effet

(') Charte de confirmation de l'empereur Frédéric I'^'', en 1 180 (Bondam, loc. cit., p. -251).

C) Nos eos omnibus ctijiislibet urbis civibus digniores judicavimus [Chronicon Wormatiense, p. 180).

pour la cause de l'empereur; mais, dans cette seconde lutte, latlitude des bourgeoisies ne fut plus aussi ferme, aussi perse've'rante que dans la première. Une grande défection s'opéra dans leurs rangs. La puissante Cologne combattit résolument Tempereur, peut-être par ressentiment de la manière dont elle avait été traitée en 1106.

Les chroniqueurs ne sont pas d'accord sur l'origine et les causes de la levée de boucliers qui fut organisée à Cologne en 1112 ('). Elle se cachait sous un prétexte de liberté ; mais, en réalité, elle fut organisée par les adversaires que l'empereur comptait en Italie. Elle commença pendant une expédition dirigée contre les Frisons, toujours impatients du joug. Quelques princes : l'archevêque de Cologne Frédéric, le duc Godefroid le Barbu, le duc ou comte Henri de Limbourg et le seigneur d'Arnsberg en prirent l'initiative (^). Les Colonais s'y associèrent et plus tard on raconta que, dans l'expédition dont nous venons de parler, les guerriers formant le contingent de la ville auraient, par une perfldie de Henri V lui-même ('), été entourés et auraient péri jusqu'au dernier sous l'épée des Frisons s'ils n'avaient été sauvés par le duc de Saxe Lolhaire.

Pour se venger de la défection des Colonais, Henri réunit une armée considérable, formée de Souabes, de Bavarois et de Saxons, et vint assiéger le château de Duytz, dans le but d'entraver le commerce sur le Rhin. Mais les bourgeois, ayant armé à grands frais la fleur de leur jeunesse et une forte troupe d'archers C*), les

(') Conjuratio Coloniœ facta est pro libeiiute {Chronicon Sancti Pinitaleonis).

(*) Ekkehardi Chronicon.

(^) Fraude ipsitis imperatoris [Chronicu Sancti Puntnleonis).

(*) Coactutn in unnvi delectnm jiiventutis copioso apparatu, cum valida manu sayittariorum (Ibidem).

envoyèrent au delà du Rhin prendre position devant l'arme'e impe'riale. Cette dernière n'accepta pas la bataille, bien quelle souffrît à tel point de la nue'e de flèches dont les Colonais la couvrirent, que d'un corps il n'e'chappa que six hommes, les autres ayant un instant dépouille leurs cuirasses, qui étaient à peu près impénétrables à des armes de trait. Après avoir passé la nuit au milieu d'une enceinte formée par ses chariots, Henri V crut réussir en portant la guerre à l'ouest du Rhin. Il passa ce fleuve à l'improviste et porta le ravage dans les environs de Bonn et de Juliers; mais, ici encore, la fortune lui fut contraire. Dans un combat sanglant, livré à Andernach, la jeunesse colonaise se distingua de nouveau. Les généraux de l'empereur avaient des troupes plus nombreuses et, dans un premier combat, vainquirent le duc de Limbourg; mais les Colonais, commandés par Thierri, comte d'Ahr, se battirent en désespérés et remportèrent enfin une éclatante victoire. Us contribuèrent aussi, en m 5, au gain de la bataille de Welfeholz, où ils suivirent les drapeaux de leur archevêque et du duc de Limbourg, et où l'empereur eut encore à combattre les Saxons et leur duc Lothaire, qui l'avaient abandonné.

A Mayence, les bourgeois essayèrent alors de s'interposer entre l'empereur et l'archevêque Adalbert. Celui-ci, après avoir joui de la plus grande faveur, avait été accusé de conspirer contre le monarque et jeté en prison. L'empereur étant venu à Mayence, une émeute éclata dans cette ville, où Adalbert était fort aimé. La foule pénétra dans le palais et força Henri V à relâcher le captif, s'engageant, s'il se révoltait, à se déclarer contre lui. A peine mis en liberté, le prélat partit pour Cologne, où il se rangea immédiatement parmi les mécontents, pendant que les Mayençais, à qui l'empereur rappela leurs promesses, prenaient les armes en faveur du souverain. Mais les amis du

prélat réussirent à surprendre les milices mayençaises et tuèrent ou prirent les principaux bourgeois ('). Adalbert rentra dans Mayence (-), qui eut alors de longues luttes à soutenir contre le duc de Souabe, Frédéric, l'un des meilleurs capitaines de l'empereur. L'année suivante, il lui livra deux combats trèssanglants et peu décisifs (^). En 4121, Mayence restant toujours attachée à son chef spirituel, Henri V résolut de conquérir cette ville à tout prix. Il en ferma d'abord toutes les communications par eau; puis, il garnit de troupes les châteaux voisins, et il se préparait à une attaque de vive force lorsque ses ennemis, réunissant de leur côté des troupes nombreuses, marchèrent au secours de l'ancienne métropole de la première Germanie (4).

Cologne aussi changea plus d'une fois de parti, sans que l'on puisse en pénétrer les motifs. Après avoir, ainsi que les Saxons, accepté la conclusion d'une trêve (^), les bourgeois colonais reçurent l'empereur dans leurs murs avec de grandes démonstrations de respect, au grand mécontentement de leur archevêque, qui les en punit en jetant l'interdit sur la ville (1119) {^). Et néanmoins, trois ans plus tard, le prélat et les Colonais étaient réconciliés, car ce fut de commun accord qu'ils attaquèrent et détruisirent le château impérial de Kerpen (').

Worms même, la fidèle Worms, eut un différend avec Henri V l'avant-dernière année de son règne. Les bourgeois, ayant reçu

(') Ekkehard; — A?fprAUSTA Saxo. — La déclaration d'Adalbert se trouve dans la Gallia christiana nova, t. V, instrum., col. 430.

(*) AiviSAUSTA Saxo, dans Pertz, t. VI, p. 753.

(^) Ibidem, p. 754.

C) Ekkehard, loc. cit., p. 256.

{^) D'après Florent de Wigorn (dans Pertz, t. V, p. 567), Henri V aurait conclu la paix avec Cologne dès \ 1 15, ù Neuss.

(^) Chronicon Sancti Pantaleonis, loc. cit., p. 927.

(") Ibidem.

dans leurs murs leur ëvêque Buggon , malgré la défense de l'empereur, et ayant fait travailler aux fortifications de leur ville afin de se prémunir contre les suites du mécontentement de celui-ci, eurent à soutenir un long siège, pendant lequel ils perdirent beaucoup de monde. Les vivres commenr^ant à leur manquer, ils durent céder et n'obtinrent leur pardon qu'à la condition de répudier l'autorité de leur évêque et de payer une amende s'ëlevant à 5,000 marcs ('),

Après de longues hostilités, après de nombreuses tentatives de réconciliation, la paix se conclut plutôt par lassitude que par toute autre cause. Fatigués de batailler, les deux partis se firent de mutuelles concessions. Dans une diète tenue à ^Yorms, en l'an 1122, l'empereur renonça au droit d'investir les évêques, mais en se réservant la faculté de confirmer leur élection et de les mettre en possession de leurs fiefs, en leur donnant le sceptre, emblème du pouvoir temporel qu'ils exerçaient dans leurs domaines. Cet événement fut accueilli, avec des transports de joie, par la majeure partie des populations, qui aspiraient au repos et à la sécurité.

Mais la concorde fut lente à se rétablir dans le nord de l'Empire. La cause de Henri y était défendue par les villes. Duysburg, Utrecht, Deventer, Munster prouvèrent leur dévouement au monarque, dont les ennemis avaient pour chef le duc Lothaire de Saxe, qui lui succéda comme roi et empereur. Les habitants de Munster ayant refusé obéissance à leur évêque, celui-ci, aidé par les Saxons, s'empara par force de la ville, dont la cathédrale disparut alors dans les flammes ('^). Deux ans plus tard, pendant que Henri se trouvait à Utrecht, une révolte y fut excitée par le comte Giiil-

(') Ekkehard, loc. cit., |). 265.

(*) Ekkehard, à l'année 1121 .

laume, frère du comte de Hollande, dont la veuve, Gertrude, était la propre sœur de Lothaire. L'empereur, pour punir Guillaume, confirma à Tëglise d'Utrecht des droits dont le comte l'avait spoliée arbitrairement ('), et, pour se concilier les bourgeois de cette ville et ceux de Muyden, qui avaient juré de soutenir l'empereur et de défendre l'évêché contre « toute personne mortelle < , il leur confirma, tant à eux qu'aux autres habitants de la même juridiction, les droits et les coutumes que l'évêque Godebald leur avait octroyés, exempta de l'obligation de payer le tonlieu tous ceux qui étaient tenus à fortifier Utrecht et fixa le taux des péages établis dans cette ville (^).

Pendant que l'empereur célébrait la fête de Noël à Utrecht, le 25 décembre 1122, une rixe éclata entre la suite du roi et les vassaux de l'évêque ; le palais et toute la ville s'en émurent et il s'éleva une clameur confuse. On crut que les habitants avaient conspiré contre l'empereur. Un combat sanglant s'engagea et les bourgeois, attaqués, furent en partie tués ou pris, en partie refoulés dans une tour; l'évêque, accusé d'être complice de la conspiration, se vit accablé de reproches, emprisonné, et ne reçut sa liberté qu'au prix d'une forte somme d'argent et grâce à l'intervention de l'archevêque de Cologne ainsi que d'autres princes. La réconciliation n'était qu'apparente, car, vers la fête delà Pentecôte suivante, Henri V revint dans les domaines de Godebald et y assiégea le château de Schulenburg, près de Bentheim. Pour opérer une diversion, le duc Lothaire et l'évêque de Munster réunirent une armée; mais ils ne réussirent pas à aborder les troupes royales, dont k) position était protégée par un marais. Changeant aussitôt

(') Charle du 2G mai llii (Va\Mieris, Charte/ bock vanHolUtnd, l. J, p. 85). (*) Aulres du 2 juin de la même année (Van Mieris, loc. cit., p. 80; — Vandei» 13ERGH, Oorkondenboek van Hollanden Zcelaïul, t. !•% p. 72). ^

ses projets, Lothaire se dirigea vers la ville de Deventer. Quelques vassaux de l'église de Munster, cnflanime's par l'ardeur du pillage, traversèrent immédiatement les fossés et parvinrent à détruire une partie du rempart ; mais les bourgeois réussirent à les arrêter et l'empereur, accourant en toute hâte, les délivra de tout danger. Peu de temps après, il octroya à Deventer une charte de liberté qui porte la date du 2 août 1125 ('). Le siège de Schulenburg avait été levé et le château ravitaillé ; la lutte ayant recommencé, Godebald rentra en grâce à la demande de l'impératrice et à condition de laisser livrer aux flammes le manoir devant lequel l'empereur avait été tenu en échec (-).

Pendant ces démêlés de l'empereur, les deux Lotharingies étaient le théâtre d'événements très-graves, mais dont le récit peut sans inconvénient être détaché.

Dans la Haute-Lotharingie le parti de l'empereur resta dominant, bien que l'archevêque de Trêves, Brunon, après avoir rendu les plus grands services au monarque en Italie (^), gardât la neutralité (*). Le comte de Luxembourg, Guillaume, au contraire, combattit avec le duc de Souabe, Frédéric, pour la cause de l'empereur (^). Ces deux princes finirent par se brouiller complètement et Brunon, entouré d'ennemis, se vit forcé de les anathématiser l'un et l'autre (6 décembre 1122). Ce ne fut pas lui, mais son successeur Mégingaud, qui força Guillaume à la paix.

Les Messins, qui avaient défendu leur évêque Herman contre

(') Bo>DAM, loc. cit., p. 171.

(*) Ekkehardi ChrouicoH, loc. cit., pp. 260 et suiv. ; — Anjîalista Saxo, loc. cit., p. 7o0.

(^) Sa lettre à rempereur se trouve dans Hointheim, Histoiia Trevirensis diplomatica, l. 1, p. 503.

(*) Gesta Trerirorum intégra, t. 1; p. 185.

(^) JoANNES, Hes Moguntiacae.

l'empereur Henri IV, étaient parvenus, on ne sait comment, à se constituer presque en re'publique. A partir du commencement du XII* siècle, on les voit agir avec la plus grande inde'pendance. Ils se prononcent alors pour l'empereur. En l'année 4111, des vassaux de l'évêché de Verdun préposés à la garde du château de Dieulouard, ayant fait prisonnier un bourgeois de Metz, leur punition ne se fit pas attendre : les Messins prirent les armes, assiégèrent le château et le détruisirent de fond en comble (').

Lorsque la querelle des investitures se ralluma entre Henri V et Pascal II, l'évêque Poppon fut expulsé et remplacé par un ecclésiastique nommé Albéron, que l'empereur désigna et dont le pape condamna la nomination. Seul, pour ainsi dire, parmi tous les dignitaires de l'église de Metz, un autre Albéron ou Adalbéron, qui fut depuis archevêque de Trêves, se prononça contre le nouveau prélat et eut l'audace de déposer le bref du pape sur l'un des autels de l'église Saint-Etienne. Les partisans de l'empereur entrèrent en fureur, la cloche d'alarme sonna pour ameuter le peuple et Adalbéron, obligé de fuir, eut peine à atteindre Rozey, château qui appartenait à l'évêque Poppon (^), Celui-ci étant mort, une assemblée, convoquée à la hâte dans un endroit retiré du diocèse, éleva à l'épiscopat Théoger, abbé de Saint- Georges dans la Forêt Noire, qui fut sacré le 6 juillet 1119. Lorsque le peuple de Metz apprit que Théoger se trouvait à Dieulouard, il ne se borna pas à interdire à l'élu l'entrée de sa ville épiscopale, mais il prononça le bannissement de tous ceux qui se déclareraient pour lui et la confiscation de leurs biens. Théoger s'était résigné à attendre dans un monastère la fin du schisme, lorsque, sur les instances du légat apostolique, Gélase, et sur

(') Laurent DE Liège, Gesta episcoporum Firâunensium, dans Pertz, t. X. C) HAiDKBrc, Gesta episcoporum Meiensium, dans Hontheim, lac. cit., p. 217

l'ordre de l'archevêque de Trêves, Briinon, le peuple et le clergé messinsconsentirent à reconnaître son autorite'. Il se mit en route, non sans pressentir les outrages dont il allait être accablé. En effet, à son arrivée à Gorze, son cortège fut assailli et dispersé par les habitants ; quand il fut parvenu à Metz, au lieu de renoncer à leur attachement pour son compétiteur, les bourgeois invitèrent Théoger à se rendre à Trêves pour y attendre la décision de l'empereur et de l'archevêque, et il fut forcé de subir avec patience cet affront (*). Etienne de Bar, qui lui succéda en i 120, ne put entrer à Metz que deux ans après, sa nomination n'ayant pas été agréée par l'empereur (^).

Adalbéron était un des grands amis du comte Renaud de Bar(^), qui lui ouvrit sa forteresse de Mouson, d'où Adalbéron guerroya fréquemment contre les Messins. Renaud lui-même eut de longues contestations avec une autre cité du voisinage, celle de Verdun. Parent de la célèbre comtesse Mathilde, l'amie de Grégoire VII et de Guy de Bourgogne, qui gouverna l'Église sous le nom de Calixte II, Renaud se prononça immédiatement, lorsque l'évêché de Verdun devint vacant, pour le candidat que le pape désigna, l'archidiacre Guy. Le compétiteur de celui-ci, Richard de Grandpré, qui avait été reçu dans la ville, ayant en vain cité Renaud à comparaître devant lui, ce prince fut déclaré déchu de la

(') Fita beafi Theogeri, c. 19 et suiv., dans Pertz.

(^) Fita Jlberonis Trevirensis archiepiscopi, dans Hontheim, loc. cit., t. II, pp. 767 et suiv.

(^) Renaud était le troisième fils du comte Tliierri (mort après 1096), et d'Ermentrude de Bourgogne; son frère aine s'était croisé el était mort sans enfants; son deuxième frère, Tliierri, avait soulevé contre lui ses sujets et n'avait con.servé que Montbéliard ; le plus jeune, Etienne, devint évêque de Melz en 1120. Quant à son père Tliierri, il était né de Louis, comte de Montbéliard, et de Sophie, comtesse de Bar, tante de la comtesse Mathilde (Duchesse, Histoire généalogique de la maison de r,ar).

dignité de comte de Verdun, dont on investit Guillaume, comte de Luxembourg. Renaud prit les armes, mais l'évêque et Guillaume lui résistèrent et lui enlevèrent le château de Saint-Mihiel. L'empereur, intervenant dans la quej-elle, prit à son tour d'assaut Bar et Mouson, et emmena Henaud prisonnier, mais pour le rendre bientôt à la liberté.

En 1114, Guillaume de Luxembouig restitua à Renaud le comté de Verdun, et les habitants ayant refusé de recevoir celuici, les deux princes marchèrent ensemble contre eux. Leur entreprise ne réussit pas, Renaud ayant été blessé dans un combat livré aux Verdunois. La même année, l'évêque Richard ayant renoncé à sa dignité, l'empereur le remplaça par un prêtre anglais, nommé Henri de Winton, qui rencontra beaucoup d'opposition dans son clergé. Pour en triompher il fit alliance avec le comte de Bar et tous deux, suivis de troupes nombreuses, entrèrent dans Verdun malgré la résistance des citoyens. La prise de la ville fut marquée par l'incendie de tout un quartier, la destruction des églises du Sauveur, Saint-Pierre et Saint-Ageric ; le carnage fut effrayant et le butin recueilli par les vainqueurs considérable. Le lendemain, la résistance cessa, Renaud fut reconnu comme comte et Henri de Winton s'installa sur le siège épiscopal et célébra sa victoire au milieu des lamentations de son clergé. Une panique subite s'empara, le jour suivant, des habitants qui, soupçonnant Renaud de vouloir se venger d'eux ('), se réfugièrent dans l'église Notre-Dame, où ils furent aussitôt attaqués, assiégés, pris et dépouillés de ce qu'ils avaient emporté avec eux.

Les Verdunois découragés envoyèrent en secret une députation

(') Mille de Rainuldo coii/lsi. — Ceci se passa, suivant la Brève c/ironicon Suncti Fitonis, en 1120; suivant Lairknt et Aixeric, en 1118.

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