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attaque soudaine, qui les aurait iivre's à leurs irre'coneiliables adversaires, se gardaient avec soin et entouraient leur ville de nouveaux fosse's ('). Ce fut alors, sans doute, que l'on donna à la cite' brugeoise Te'tendue quelle conserva jusqu'à la fin du xiif siècle (2).
Après une courte absence, Thierri revint de Gand, ramenant avec lui une arme'e très-forte et de nombreuses machines de guerre, avec lesquelles il voulait assaillir les villes et les châteaux du parti contraire. Renforce' par les Brugeois, il attaquait la maison du chevalier Folket, à Thielt, lorsque son compe'titeur vint lui offrir la bataille. La lutte s'engagea bientôt et les deux prétendants combattirent avec vaillance. Daniel de Termonde fut d'abord victorieux de Guillaume; mais, pendant que ses guerriers poursuivaient les vaincus en de'sordre, ils furent charges par une troupe que le prince normand avait place'e en embuscade. En ce moment Guillaume reparaît et la victoire se de'cide en sa faveur (21 juin). Lorsque Thierri d'Alsace rentra dans Bruges, vers le milieu de la nuit, la ville était plonge'e dans la consternation ; mais son compe'titeur ne recueillit de sa victoire que de faibles avantages. Le grand bailli {inagnus prœco) avait à Oorscamp une maison qui e'tait prote'ge'e, vers l'est, par une rivière et, vers l'ouest, par des fosse's et des haies. Guillaume essaya de l'abattre, à l'aide de mangonneaux et de pierriers, tandis que Thierri accourait pour la défendre. Après plusieurs attaques sanglantes et restées infructueuses, les deux armées élevèrent chacune une tour, du haut de laquelle elles se lançaient des traits ; souvent, des guerriers plus hardis sondaient la rivière, la traversaient et engageaient des combats corps à corps. Enfin, le 9 juillet, après six
(') Galbert, § 165.
(^) f^oir WARNKOEmc et Gheldolf, loc. cit.. l. IV, p. 59.
jours d'essais infructueux, Guillaume fit passer la rivière à quatre cents chevaliers, devant lesquels Thierri et les siens se retirèrent. Les campagnes voisines de Bruges se virent de nouveau de'vastées et le petit couvent d'Oorscamp fut entièrement pille'. Une inondation ayant emporté un moulin et ouvert, du côte' du sud, un libre cours aux eaux des fosse's de la ville de Bruges, que ce moulin servait à retenir, les bourgeois s'empressèrent d'accourir en foule et d'e'lever un nouveau barrage en entassant de la terre, du bois, du fumier. A les entendre, des traîtres avaient miné ce fossé pour rendre plus aisée l'entrée de la ville. Leur courage, toutefois, ne faiblissait pas. Si quelqu'un parlait des dangers de la situation, on l'accablait d'injures. La commune, ainsi que celle de Gand, s'ingéniait à recueillir de l'argent, afin de l'envoyer à Thierri.
Ce dernier ne se trouvait plus à Bruges. De nouveaux dangers l'avaient appelé vers la frontière orientale du comté, envahie par le duc de Louvain (ou de Brabant). Indigné de la défection des seigneurs de Termonde et d'Alost, mécontent de l'avènement de Thierri, Godefroid s'était rapproché de Guillaume de Normandie. Ses armes avaient essuyé un échec près de Bupelmonde, où Iwain lui avait pris, dans un combat, le l-4juin, une cinquantaine de chevaliers. Néanmoins, le H juillet, il parut devant Alost. Guillaume marcha à son secours, à la tête de quatre cents chevaliers, tandis que Thierri d'Alsace, Iwain d'Alost et Daniel de Termonde, à la tête d'une troupe choisie, occupaient la place attaquée. Là
• devait se terminer la lutte qui, depuis près de six mois, désolait la Flandre. Le 20 ou le 21 juillet, et suivant quelques chroniqueurs,
. alors qu'Alost allait se rendre, Guillaume fut blessé mortellement. En se portant à la rencontre des ennemis, il fut jeté à bas de son cheval, et, au moment où il portait la main à la visière, un fantassin lui perça la paume de cette main et le milieu du bras. Les
chevaliers du comte le relevèrent aussitôt et le portèrent dans sa tente, où il expira au bout de quatre, de cinq ou, selon d'autres, de six jours. Leduc tint d'abord cet e've'nement secret, et dans l'intervalle il ne'gocia sa re'conciliation avec Thierri, Lorsque ses efforts dans ce but eurent abouti, il fit connaître à celui-ci ce qui s'e'tait passe': « Apprenez, lui dit-il, que le comte Guillaume, que « vous avez si ënergiquement combattu, a succombe à une bles- « sure mortelle. • Après s'être engage' à accepter le roi d'Angleterre pour arbitre, il rentra dans ses États. Des serviteurs fidèles placèrent le corps de Guillaume dans un cercueil et le portèrent à Saint-Omer, où ils lui donnèrent la se'puUure dans l'abbaye de Saint-Bertin, près de la tombe de Baudouin à la Hache.
Les défenseurs de la cause de Guillaume ne pouvaient plus que se disperser et chercher les moyens de se re'concilier avec le vainqueur. Celui-ci s'empressa de recueillir les fruits de son triomphe et parcourut le pays en portant le ravage et l'incendie partout où l'on ne se hâta pas de réclamer son pardon. Le 29 juillet, il parut devant Ypres, où on le reçut aussitôt. Seulement quelques bourgeois, qui s'obstinaient à vouloir continuer la lutte, se retirèrent, avec un chevalier nommé Isaac, dans le château de Voormezeele, où ils se fortifièrent. Le même jour, les Brugeois pillèrent et brûlèrent Ruddervoorde. Ils avaient subitement passé de l'accablementàla joie, car, au moment où leur parvint l'annonce de la mort de Guillaume, ils s'attendaient à être assiégés à leur tour. En un instant tout changea de face et la plus vive allégresse succéda à la douleur. Ce fut au tour des ennemis de Bruges de trembler et la plupart se renfermèrent dans le manoir de Wynendaele.
L'histoire ne nous dit pas comment s'opéra leur réconciliation avec Thierri. Galbert se borne à nous montrer le comte, désormais affermi sur le trône, entrant successivement dans Arras, Térouanne,
Saint-Omer, Lille, Aire, etc. Partout on lui fit une re'ception splen- (lide; à Saint-Omer, il marqua son avènement par loctroi aux habitants d'une charte qui confirma, sauf de le'gères modifications, celle de son pre'de'cesseur. Le comte y règle deux points importants de droit civil, en matière de succession; il donne à cens aux bourgeois son tonlieu de Saint-Omer, moyennant le payement de 400 sous par an. D'un autre côte', la commune lui restitue la monnaierie, « afin d'être plus favorablement traite'epar lui, de voir « ses lois fidèlement observées et de provoquer les autres Flamands « à restituer au prince ses revenus. » Par une clause finale les barons de Flandre de'clarent que si Thierri veut priver les bourgeois de leurs coutumes et les attraire en jugement devant d'autres que leurs ëchevins, ils l'abandonneront et resteront unis aux bourgeois (22 août 1128). Le comte re'ussit e'galement à re'tablir, sur des bases pacifiques, les relations de la Flandre avec les pays voisins, et les rois de France et d'Angleterre, qu'il alla visiter, n'hésitèrent pas à lui accorder l'investiture des fiefs du comte Charles. De ses compétiteurs, le plus redoutable n'existait plus ; un deuxième, Arnoul de Danemark, s'était depuis longtemps placé sous ses ordres ; un troisième, Guillaume d'Ypres, ne tarda pas à le reconnaître, puisqu'il figure parmi les témoins de la charte de Saint-Omer ; Baudouin de Mons seul continua la lutte (').
(') Outre Gaibert et Gaucher, on peut consulter, sur les événements dont je viens (ie parler, Orderic Vital, la vie de Louis le Gros par son ministre Suger, Anselme de Gembloux et d'autres écrivains contemporains. Les deux auteurs brugeois cités plus haut ont été traduits en français i)Our la Collection de mémoires de Gcizot (t, VIH, pp. 237-435), et largement utilisés par Delepierre et Perneel, dans leur Histoire du règne de Charles le Bon (Bruges, 1850, in-S»), M. KERW-fv DE Lettendove, dans son Histoire de la Flandre (t. I, pp. 353 à 452), Edward Le Glay, dans son Histoire des comtes de Flandre (t. I, pp. 256 à 553), et i)ar moi-mCme, dans un travail intitulé Jrénement et mort du comte de Flandre Guillaume de Normandie {Revue d'histoire et d'archéologie, t. II).
Ce n'est pas sans iiiotil" que je me suis étendu sur les événements qui suivirent, en Flandre, la mort de Charles le Bon. Us nous montrent, en effet, les bourgeoisies de cette contre'e agissant avec une vigueur qui e'tonne. Elles ont le sentiment de leurs ve'ritables inte'rêts ; elles se pre'occupent de l'indépendance du pays, de la ne'cessite' de lui assurer de l'appui au dehors. Si elles montrent peu de sympathie pour le comte que l'e'tranger veut leur imposer, c'est non-seulement à cause de son penchant pour le despotisme, mais aussi parce que son arrive'e au pouvoir constitue la Flandre en e'tat d'hostilité' vis-à-vis de l'Angleterre, pays avec lequel les Flamands ont tant de relations. Si les Brugeois concourent à venger la mort de Charles le Bon, leur haine pour ses meurtriers ne s'e'tend pas à ceux qui sont innocents de l'assassinat du comte. N'est-elle pas touchante cette intervention chaleureuse des bourgeois de Bruges en faveur du jeune Robert, l'he'ritier de leurs châtelains, trop brave pour abandonner ses amis, trop loyal pour ne pas répudier leurs attentats? De pareils sentiments sont le fait d'un amour fervent et raisonne' de la liberté'. Et ce n'e'taient pas les seuls faits qu'il eût alors produits. D'après le te'moignage de Galbert, un grand nombre de Brugeois, quoique non verse's dans les lettres, e'taient doue's de tant d'aptitude pour l'éloquence et l'argumentation que ceux mêmes qui étaient instruits dans l'art de la parole avaient de la peine à les convaincre et même à leur répondre. Ainsi la Flandre, outre qu'elle comptait des communes nombreuses s'habituant à la vie politique, possédait déjà beaucoup de citoyens dont l'intelligence sortait des limites étroites oii l'esprit humain était longtemps resté conflné.
Les historiens des derniers siècles, notamment Mbyere et Oldegherst, ont commis une foule d'erreurs, parce qu'ils ont suivi des chroniques dont les BoUandistes ont fait ressortir les fautes grossières.