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CHAPITRE DIXIÈME

§ ^•'^ Partage de la Flandre entre le roi de France et le comte de Hainaut. Guerres de celui-ci contre Philippe-Auguste, son gouvernement, son départ pour rOrient. Situation fâcheuse de ses États. Mariage de Jeanne et de Ferrand de Portugal. Suites de la bataille de Bouvines. — § 2. Le pays de Liège sous Alhert de Cuyck et Hugues de Pierpont. Lutte pour la succession à l'empire, entre Philippe de Souahe et Othon IV ou de Saxe ; puis, après l'assassinat de Philippe, entre Othon et Frédéric II, fils de l'empereur Henri VI.

Aussitôt que Philippe d'Alsace eut ferme' les yeux devant Saint- Jean-d'Acre, le roi Philippe-Auguste se hâta d'envoyer des ordres pour que l'on prît possession en son nom de la partie de la Flandre qui devait lui appartenir, et pre'para son prompt retour. Mais le comte de Hainaut, Baudouin, fut averti à temps de la mort de son oncle et s'empressa d'occuper une partie des États de celui-ci, laissant l'autre à la veuve de Philippe, Mathilde de Portugal, dont elle constituait le douaire, et sans entrer dans ce qui devait appartenir au roi de France. Il ne put toutefois se faire

reconnaître à Gand, où les habitants lui étaient alors peu sympathiques et dont le château avait été' occupé par ordre de la comtesse Mathilde, dont les prétentions étaient appuyées par la cour de France et par le duc de Brabant.

Les riches cités d'Arras, d'Aire, de Saint-Omer, etc., prévoyant qu'un maître plus puissant ne les traiterait pas avec les ménagements auxquels les comtes de Flandre les avaient habituées, auraient volontiers pris les armes contre Philippe-Auguste, si le comte Baudouin avait voulu les seconder; mais ce prince avait trop de difficultés à surmonter pour prendre une résolution aussi aventurée. Néanmoins les bourgeois de Saint-Omer refusèrent de se soumettre au roi aussi longtemps que le comte lui-même ne leur en aurait pas donné l'ordre et Philippe-Auguste les punit de leur attachement à la domination flamande en leur imposant d'énormes amendes (').

Le roi essaya pourtant de se concilier les sympathies de ses nouveaux sujets, en leur octroyant des conGrmations de privilèges. En MOI, se trouvant à Hesdin, il accorda à cette ville, comme témoignage de son affection, une < concession d'union et de commune. ' Au mois de juin de l'année suivante, les bourgeois d'Aire et d'Arras obtinrent de lui la ratification des privilèges qu'ils avaient obtenus de Philippe d'Alsace. En M94, deux diplômes royaux terminèrent une querelle qui s'était élevée, au sujet de pâtures, entre l'abbaye de Saint-Bertin, le chapitre de Saint-Omer et les bourgeois de la ville de ce nom, et assurèrent à ceux-ci la franchise de tonlieux dont ils jouissaient à Gravelines. Arras fut de nouveau privilégiée à cette époque ; Bapaume et Hennin le furent deux années plus tard. En général, ces chartes stipulent le maintien des prérogatives de l'Église, du monarque, des hommes

{') GlSLKBERT, lOC. Cit., |) ^18.

de la maison du souverain et des hommes libres, c'est-à-dire des nobles ou seigneurs.

Jusqu'à cette e'poque, Te'rouanne avait e'té place'e dans l'avouerie des comtes de Flandre et c'e'tait grâce à leur appui que les évêques avaient re'ussi à maintenir leur autorité contre une noblesse turbulente. La re'union de l'Artois à la monarchie française rendit Philippe-Auguste leur vassal pour le fief de Hesdin, mais le fier monarque prétendit qu'il ne devait aucun hommage pour les tenures faisant partie de son domaine. L'e'vêque Lambert consentit à renoncer à une suzeraineté qui, en réalité, était purement nominale, et de son côté fut exempté, en 1193, de loger le roi, ses sergents et ses courriers à leur passage par Térouanne (*). La subordination de l'évêché de cette ville, ainsi que de ceux d'Arras et de Tournai, à la royauté française, eut pour résultat d'augmenter considérablement son prestige en Flandre et l'influence qu'elle y exerçait.

Le comte Baudouin parvint, non sans peine, à s'accorder avec Philippe-Auguste ; il obtint de l'empereur Henri V( l'expectative de la succession au comté de Namur, avec le tilrede marquis, et de l'évêque de Cambrai le fief de la gavenne ; il réussit à dompter plusieurs de ses vassaux : Roger de Warcoing, Thierri de Beveren, etc., qui s'étaient soulevés; tint énergiquement tête au duc de Brabant et au comte de Hollande, qui les soutenaient, et défit à Noville-sur-Méhaigne une armée considérable, que dirigeaient le duc de Limbourg et le vieux comte de Namur, Henri l'Aveugle (1" août 1194). Mais ses sujets flamands ne le secondaient pas volontiers et, si l'on en croit Gislebert (''), les Gantois ayant tardé à venir renforcer son armée, il dédaigna leurs offres

(') Brcssëi, Traité (le l'usage des fiefs, t. I, p. 155.

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