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germanique. Cette opinion et celte distinction sont insoutenables. Si, à en juger par quelques expressions des auteurs anciens, deux peuples belges, les Nerviens et les Tre'vires, se rapprochaient des Germains ; si quelques tribus, et notamment les Éburones, portaient le nom de Germains, dont la signiflcation primitive semble s'être alte're'e, il n'en est pas moins vrai que tout resserre les liens de parente' des Belges et des Gaulois. Ce'sar, en reconnaissant qu'il y avait des différences entre les uns et les autres, les confond, les assimile en maint passage de ses Commentaires. Les e'tudes philologiques et anthropologiques ont abouti à un re'sultat analogue. Si on compare le pays dit wallon, c'est-à-dire la Belgique habite'e par des populations non flamandes, avec la France, pays certainement gaulois, on constate la plus parfaite analogie, tant sous le rapport des noms de lieux, ces derniers vestiges des langues primitives, que pour les caractères physiques. Les yeux et les cheveux noirs, les teints basane's, les traits fortement accentue's se rencontrent fre'quemment de part et d'autre. La Belgique wallonne repre'sente pourtant le pays de ces Nerviens et de ces Trévires qui, selon Tacite, affectaient de se dire d'origine germanique; de ces Éburones, Sègnes, Condruses, Pe'manes, Caeraeses, qui portaient collectivement le nom de Germains.
La confe'dëration belge se composait de dix-sept peuples principaux : les Rémois, les Suessiones ou Soissonnais, les Bellovaques ou peuples du Beauvaisis, les Ve'locasses ou peuples du Vexin, les Calètes ou peuples du pays de Caux, les Ambianes ou Amie'nois, les Ve'romanduens ou peuples du Vermandois, les Atrébates ou Arte'siens, les Morins ou habitants des environs de Térauanne, les Me'napiens, qui peuplaient la côte depuis Saint-Omer jusqu'au Rhin, les Nerviens, dans ce qui fut depuis le Cambrésis, le Hainaut, une partie du Brabant ; les Aduatiques, reste d'un corps cimbre ou teuton qui se fixa en Belgique, vers Louvain ; les
Éburones, entre l'Escaut et le Rhin ; les Tre'vires ou peuples de Trêves, les Médiomatrices ou peuples de Metz, les Leuques, dont Toul fut la capitale, et les Lingones ou peuples de Langres. Le pays des Bellovaques, des Ambianes, des Atrébates constituait le centre de la Belgique et portait plus spe'cialement le nom de Bclgmm.
Tous les peuples dont nous venons de donner l'e'nume'ration nétaient pas également avances en civilisation. Les Trëvires, comme nous l'avons dit, se rapprochaient des Germains ou peuples transrhénans, avec lesquels ils étaient à chaque instant en contact et en hitte (') ; les Nerviens affectaient une grande rigidité de mœurs et montraient une forte antipathie pour tout homme du dehors : « Ils ne permettent pas, dit César, que les mar- « chands étrangers entrent dans leur pays ; ils défendent « l'importation du vin et de toutes les autres denrées de luxe, « parce qu'ils pensent que l'usage de ces choses affaiblit la « vigueur et amollit le courage (-) " . Mais leurs voisins ne partageaient pas leurs préventions. Les Ménapiens, navigateurs, fabricants de sel, éleveurs de porcs, potiers excellents, préludèrent de bonne heure à la réputation industrielle de la Flandre, leur patrie ; d'autres tribus, et, en particulier, les Rémois et les Lingones, s'empressèrent d'accueillir les députés de César et de fraterniser avec l'ennemi de l'indépendance de la Gaule.
Cette contrée, sans en séparer la Belgique, était déjà entrée dans une phase de civilisation assez avancée. Il n'y était plus question de vie nomade, ni d'état pastoral. Les Beiges élevaient de nombreux chevaux et des bestiaux de toute espèce, surtout des porcs, et ces derniers étaient chez eux en quantité si considérable
(') C/SSAR, de Bello gallico, passhn.
(') Ibidem, liv. II, c. 15.
que, suivant Strabon, on en tirait des ressources suffisantes pour acheter, des e'trangers, des objets de toute nature. Non-seulement ils cultivaient la plupart de nos ce're'ales, et en particulier le froment et l'orge, que, sous le nom de Kimris, ils paraissent avoir introduit en Angleterre, en même temps qu'ils y substituaient l'emploi de la charrue à celui du boyau et de la bêche (*), mais ils connaissaient l'art d'améliorer le sol au moyen de divers engrais, tels que la marne, la chaux, la cendre, ou par l'e'cobuage, qu'ils firent connaître aux Romains (*). Pendant qu'il commandait une arme'e en Gaule, près du Rhin, Varron parcourut une contrée oiî les champs avaient été amendés au moyen de la marne blanche Q). Dans le pays des Trévires un hiver très-froid ayant gelé les grains, les habitants s'avisèrent de labourer une seconde fois les champs et d'y opérer, au mois de mars, de nouvelles semailles, qui produisirent d'excellentes moissons. Les Ubiens, qui après avoir habité à l'est du Rhin s'établirent à l'ouest de ce fleuve, dans une partie de territoire que l'anéantissement des Éburones par César rendit disponible, adoptèrent une méthode qui leur était particulière et qu'ils empruntèrent, sans doute, aux anciens habitants de leur pays. Ils défonçaient le sol à la profondeur de trois pieds et ramenaient à la surface une couche d'un pied d'épaisseur, qui rajeunissait la terre, mais seulement pour un temps qui ne dépassait pas une dizaine d'années (*). V^oilà donc trois procédés excellents : l'emploi de la marne, les semailles
(') Déjà du temps de Caton, c'était aux Gaulois que les Romains devaient une espèce d'orge qui portail le nom de ce peuple; Pline (liv. XVIII, c. 11 et 19) cite une espèce d'épeautre, appelée arima, dont l'origine était la même et au moyen de laquelle on fabriquait un pain très-doux, et une sorte de farine, la bracen, ou sandala des Romains, qui était très-recherchée des Italiens.
C) Pline, Historia^iaturaiiSjMy.JMW, c. i.
(') De Re rustica, liv. I, c. 7.
0) PuKB, liv. XVIII, c. 20.
de mars, l'énergique défoncement du sol, dont les anciens Belges avaient connaissance. De plus, plusieurs appareils ou outils agricoles, tels que la charrue à avant-train, bien supe'rieure à l'araire des Romains, une machine servant à égrener les épis des céréales et un crible en crin que l'on employait à nettoyer le grain, furent inventés en Gaule, où l'on moissonnait déjà l'orge et le millet comme on le fait encore actuellement chez nous, au moyen de ciseaux et d'un peigne (^).
Les Belges connaissaient des fruits qui étaient particuliers à la contrée qu'ils habitaient. Ils avaient une sorte de pomme sans pépin que, pour cette raison, ils appelaient spadonie ou stérile (*) ; la cerise à courte queue, à laquelle les Bruxellois donnent le nom de portegise ou portugaise, recevait en Belgique la qualification de lusitana ou lusitanienne, qui ne signifie pas autre chose (^). Les forêts étaient immenses. Plus d'une plante légumineuse était recherchée, comme une sorte de panais, le chervis, surtout celui qui croissait près du Rhin, aux alentours de la forteresse de Gekhiba; un oignon que l'on trouvait en abondance chez les Rémois, etc. (*). Une sorte de navet, d'après Posidonius, était spécialement cultivée dans le but de servir à l'alimentation des animaux.
Le lin et la laine étaient dès lors utilisés, même chez les Morins (habitants de l'Artois et du Boulonnais), qui passèrent longtemps, en Italie, pour les « plus éloignés » des hommes, et au delà du Rhin, où on les travaillait sous terre, dans des espèces de caves C). Outre qu'ils se servaient de vêtements de laine, les
(') ScHAYES, La Belgique avant et j)endant la domination romaine, 1. 1<^% p. 58.
(^) Pline, Histotia naturalis, liv. XV, c. 14.
(») Ibidem, c. 25.
(*) Ibidem, loc. cit., liv. XIX, c. 27, '28, 30.
(*) Ibidem, cl et 2.
Gaulois avaient inventé les matelas et les lits rembourre's, tandis qu'au delà des Alpes l'usage ge'ne'ral était de coucher sur de la paille; les Morins et les Me'napiens excellaient à saler le porc, et nos aïeux devaient une espèce de chiens qui leur servaient à la fois à chasser les bêtes fauves et à dépister l'ennemi.
L'art militaire n'était pas la copie servile de ce qui se pratiquait à l'étranger. A l'imitation de quelques peuples très-anciens, tels que les Assyriens, les Troyens et les premiers Grecs, les Gaulois, et en particulier les Belges, combattaient sur des chars arme's de faux, chars qui s'appelaient dans leur langue covin ('). Les joncs au moyen desquels ils fabriquaient leurs arcs n'égalaient pas en bonté ceux de l'Italie et de la Crète; mais le fait seul que Pline les mentionne prouve qu'ils n'étaient ni laissés sans emploi, ni dénués de mérite. Nos ancêtres savaient déjà, à cette époque, tirer de l'arc, dont nos campagnards aiment encore à se servir. Les roseaux aussi recevaient une destination particulière : lorsque la fibre en était ligneuse, on la pilait et on l'employait à boucher les joints des navires, de manière à remplacer, avec avantage, tant la poix que la colle (^). Les aptitudes des peuples belges n'étaient pas moins différentes que leurs mœurs : les Trévires passaient pour excellents cavaliers ; les Nerviens, non moins vaillants, formaient une infanterie redoutable; les Morins et les Ménapiens s'adonnaient avec succès à la navigation; les Suessiones étaient armés de longues lances ; les Lingones avaient des armes peintes ; les Rémois et les Leuques excellaient à lancer le javelot (').
(') Virgile, Géorgiques, liv. 111.
(^) PuîVE, liv. XVI, c. 64 et 63. — Foir, pour ce qui précède, un travail de M. Dareste, qui a été présenté, en 1838, à l'Institut de France, Académie des sciences morales et politiques, sous le titre de : État agricole de la Gaule avant les Romains, el les observations auxquelles il a donné lieu de la part de MM. Passy et Amédée Thierry.
(') Foir LrcAiN, Pharsalia, liv. I*''', v. 592 et suiv.
Le commerce avait déjà mis nos eontre'es en rapport avec les pays plus me'ridionaux et plus civilise's. Tantôt des navigateurs audacieux, comme le Phénicien Pythéas, pénétraient jusque dans la mer du Nord, tantôt des négociants arrivaient par la voie de terre jusqu'au cœur de la Gaule ou de la Germanie. Les vases étrusques trouvés près de Trêves, à Eygen-Bilsen, dans le Limbourg, et en Hainaut, familiarisèrent les gens riches avec les élégantes créations de l'art primitif de l'Italie; les princes, dans leur admiration pour les belles pièces d'or frappées par le roi Philippe de Macédoine, qui, passant de main en main, circulaient jusqu'en Gaule, se plurent à en faire opérer des reproductions qui, d'abord assez exactes, en vinrent à ne plus donner qu'une idée imparfaite des originaux. La Grande-Bretagne même connut cet engouement, qui lui fut évidemment communiqué par les tribus belges ('). Ces dernières ont frappé des monnaies d'or, d'argent et de bronze, tantôt unifaces et au type caractéristique et persistant du cheval de forme barbare, tantôt à deux faces. Quelques-unes sont à l'effigie de Commius, d'induciomare, de Boduognat, de Vertico, tous chefs cités par César.
Les tribus belges, ou du moins la plupart d'entre elles, avaient non-suelement des vki ou simples agglomérations d'habitations, ce que nous appelons villages ou hameaux, et des châteaux ou forteresses, en latin castella, mais encore de véritables villes, oppida. César, qui ne mentionne que des vici chez les Ménapiens et qu'un casteUum , Aduatiioa, aujourd'hui Tongres, chez les Lburones, attribue des villes aux Ncrviens et douze villes aux Suessiones ou Soissonnais C^). Ce n'était pas de simples refuges.
(') C'est le savant Lelewel qui, dans ses Éludes numismatiqucs, type gaulois, p. 39, a le premier signalé l'imitation par les Gaulois des pièces macédoniennes. (*) CjESar, de Bellogallico, liv. Il, c. 29 et 4.
cachés au milieu des bois et entoures de retranchements informes et de fosses, comme les oppida des Bretons ou de l'Angleterre actuelle ('), mais des lieux constamment habités, parfois munis d'une citadelle, nrx, où se trouvait le palais du roi, du prince ; quelquefois renommés par leur beauté, comme l'était ï Avariciiïu des Bituriges ou Bourges, qui ne comptait pas moins de 40,000 habitants ('"). Durucortoriim (Vieux-Reims?) et Bibrax (Bièvre) chez les Rémois, Noviodunum (Noviant) chez les Suessiones, Brutiispantium chez les Bello vaques, Samarobriva (Bray-sur- Somme?) chez les Ambianes, Nemetocenna (Arras) chez les Atrebates, étaient autant de centres importants ou de forteresses considérables.
Remarquons, à ce propos, que des fortifications d'une date appartenant à l'époque gauloise existent encore en Belgique. Ce sont les enceintes d'Hastédon, près de Namur, du Vie chastia ou Vieux château, au pont de Bonne, de Jemelle et d'OUoy, qui offrent des cai-actères communs. Situées toutes les quatre sur des plateaux arides entourés de ravins et de cours d'eau qui en rendent l'abord difficile, elles ne sont réunies aux champs voisins que par des isthmes étroits, d'une facile défense. Mais ce qui les rend doublement intéressantes, c'est qu'elles furent occupées pendant de longues périodes et plusieurs fois reconstruites. On y a trouvé, là ou dans les champs voisins, non-seulement des objets en silex en grande abondance, débris d'une époque reculée, mais aussi des médailles romaines et des poteries et, au Vieux-Château, des objets en bronze. Les habitants avaient augmenté les défenses naturelles des plateaux au moyen de fortifications, dont on a recherché et retrouvé les traces, et qui, parfois, ont présenté
(') César, de Bello gallico, liv. V, c. ±\. {^) Ibidem, liv. VII, c. i5 et 28.
trois étages superposés : d'abord des restes de charbon de bois et de pierres calcinées ; plus haut, des murs en grès à pierres sèches, et, enfln, des murs en maçonnerie calcaire à mortier et dans les débris desquels se voient des clous fortement rouilles (').
L'assise inférieure rappelle le mode de construction que les Gaulois employaient pour fortifier leurs villes et dont un souvenir plus intéressant encore a été mis au jour dans la partie méridionale de l'enceinte d'flastédon. C'était un grillage composé de trois pièces de bois, parallèles aux fortifications, et de sept traverses perpendiculaires, recouvert de terre et de petits fragments de pierres, au-dessus desquels étaient des amas d'autres pierres. Ces bois étaient carbonisés. La hauteur d'Hastédon était donc fortifiée d'après le mode usité chez les Gaulois et que César décrit en ces termes : « Ces poutres d'une seule pièce régulièrement espacées " par un intervalle de deux pieds, sont placées horizontalement « sur le sol; on les relie intérieurement entre elles et on les couvre «i d'une grande quantité de terre. Les intervalles dont nous avons « parlé sont remplis sur le devant avec de grosses pierres. Quand « la première assise est ainsi disposée et assujettie, on en établit « une seconde par-dessus, en conservant entre les poutres le ' même intervalle, de manière qu'elles ne se touchent pas et que, « dans les vides qui les séparent, on puisse entre chacune d'elles 'V introduire des pierres et les relier solidement les unes aux « autres. On continue de la sorte tout le travail jusqu'à ce qu'il t atteigne la hauteur voulue. Ces poutres et ces pierres rangées « par couches alternatives et dans iin ordre parfaitement régulier I forment un ensemble dont la disposition et la variété ne déplai-
(') Arnould et DE Radigcés, Notice sur Uastédon, dans le Compte rendu du Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques de Bruxelles, ti\ 1872, pj). 518 et suivantes.
«' sent pas, et elles sont de la plus grande utilité dans la défense « des villes, car la pierre défend le rempart contre l'incendie, le « bois le défend contre le bélier, et il est impossible de renverser • ou d'entamer cette masse compacte formée par des poutres de « 40 pieds de long, dont la plupart sont reliées entre elles à " l'intérieur ('), '
Les enceintes du genre de celles d'Hastédon et du Vieux- Château, plus ou moins étendues, doivent avoir été communes en Belgique. On en a signalé un grand nombre aux environs de Trêves ou de Metz, notamment une à l'extrémité de la vallée de la Brems, affluent de la Sarre, et une autre située près de cette dernière rivière. La première consiste en une enceinte elliptique formée de pierres sèches, haute de cent pieds et encadrant un espace ayant de cent soixante à cent vingt pieds de diamètre; la seconde offre en son milieu un dolmen et est voisine d'une tombelle. A la même époque appartiennent les Hunnensclianzen ou Foi^ts des Géants, dans le Hundsruck, qui ont été également signalés par M. Abel, de Metz. On peut aussi admettre qu'il a existé d'auti'es enceintes dans ces localités qui ont conservé, sous une forme plus ou moins altérée, la dénomination de château, comme, par exemple, le Castelle de Tirlemont, situé sur les bords et à l'est de la Cette, le Castelberg près de Léau, le Vieux-Kessel (Oud Kessel, Àntiquum castellum), qui se voyait sur les hauteurs au nord-est de Louvain. Les vieux murs voisins du château de Namur, les fortiflcations antiques qui se trouvaient, suivant Cramaye, au dehors de Diest, vers l'ouest, et une foule d'autres vestiges à propos desquels on n'a conservé aucune tradition, datent aussi, selon toute probabilité, d'une antiquité très-reculée. La situation écartée de la plupart de ces vestiges, loin des fleuves,
(') C.ïSAR, de Bello yallico, liv. VIII, c. 23 (tiaii. de Louandre).