LES J.1BEUT1NS
lieu dans lequel je reliens cette jeune fille captive.
— Vos recommandations ne peuvent rien ajouter a ma prudence, maître, dit Franck d'un ton railleur.
11 reconduisit Jacques qui s'éloignait.
Mais à peine l'eut-il vu disparaître derrière les colonnes du péristyle et njarcber vers le rempart avec les cent Libertins voués à sa garde, qu'il revint avec cmpres-
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sèment dans la salle. D'un bras robuste, il souleva Guelrard, ouvrit la porte seôrèle et disparut, emportait le jeune homme avec lui.
C'était une rhose miraculeuse que ces chemins couverts, inventés par le movenâp^e, et qui, partant quelquefois de cinq ou six lieues d'une ville ou d'un château, venaient y aboutir par leurs détours souterrains, étendaient leurs ramifications sous les édifices, montaient jusque dans les endroits les plus reculés des appartements par des escaliers loriueux, pratiqués dans l'éjiaisseur des murailles, et
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pouvaient également servir, soit a préserver une ville de la famine, soit à mettre à l'abri des horreurs d'un sac une population tout entière, et, le plus souvent, a trahir des mystères d'intérieur et favoriser des attentats, lorsque le crime adroit en avait découvert les secrètes issues.
Franck, après avoir descendu quelques niarches, déposa Guelrard sur la pierre humide du caveau. La torche qui les avait éclairés, l'hérétique cl lui, hrùlail encore: il en alluma une seconde et se rapprocha du jeune houime.
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Celui-ci, qui menait de reprendre ses sens, se leva brusquement et porta la main sur la garde de son épée.
— Tudieu! mon jeune gars, s'écria Franck, auriez-\ous l'intention de pourfendre vos amis ?
— Je te reconnais fort bien! s'écria Guelrard a son tour : tu es l'inséparable compagnon de Jacques le libraire, de celui qui m'a ravi Simone...
— En résuile-t-il que je vous veuille du
mal, camarade? ialerrom])il le montagnard.
— Alors, pourquoi suis-je en ces lieux? Comment, après une révélation qui a porté le désespoir dans mou cœur, me retrouvéje avec un homme vendu au prédicateur des Libertins? Pourquoi ce même homme m'a-t-il entraîné sans que je puisse opposer la moindre résistance dans un lieu dont les ténèbres et la profonde solitude favorisent un crime?
— Parlez toujours, jeune homme, je
n'aurai que deux mots a vous dire pour faire cesser vos soupçons.
— J'écoule, dit Guelrard qui se tenait sur la défensive.
— Apprenez que je ne suis pas en ce moment l'émissaire de maître Jacques, ►ainsi que vous semblez le. croire, mais celui de la nièce du sire de Molshem.
j'ai pris l'engagement de vous conduire a elle... Après tout, vous êtes libre de me suivre ou non.
— Dis-tu vrai? s'écria Giieirard, qui ne fut pas maître de réprimer le transport de sa joie.
— Écoutez, reprit le montagnard , je n'ai pas la prétention de paraître a vos yeux meilleur que je ne suis... Ma renommée n'est pas des plus brillantes... Que voulez-vous ? malgré toute la scélératesse qu'il vous est loisible de me supposer, maltfré la dureté de cœur nécessaire au métier que j'ai choisi, jamais, je vous l'avoue, je n'ai pu voir pleurer une femme... Or, ce malin même, votre finncée fondait eu larmes et vous appelait, au milieu de
sanglots déchirants... Ma foi, je lui ai fait mes offres de service!... Avez-vous maintenant assez de conûance en moi pour me suivre ?
— Oh ! je l en prie , mène-moi vers elle! s'écria Pierson. Que je puisse la revoir et mourir a ses pieds !... Tout ce que je possède est a toi.
— Merci , répondit Franck. Lorsqu'il s'agit d'une mauvaise action, j'exige qu'elle me soit payée, c'est une raison pour la commettre avec moins de remords ; mais,
LES LÎHtUTINS
s'il m'arrive, une fois en ma vie, de faire un acte d'honnête iiomine , je veux en avoir tout le mérite !
Pierson serra vivement la main du
montagnard.
— J'essaierai d'endormir la viiçilancedu cerbère en l'enivrant avec cette liqueur, continua Franck, qui sortit des basques de son pourpoint une bouteille remplie de
genièvre Autrement, il faudra bien
donner a la vieille 'son passeport pour l'enfer I ^
— Plus vile! maniions pins vite! dit le
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jeune homme, qui s'était emparé de la torche et descendait avec rapidité la pente glissante du souterrain.
Franck l'arrêta court après quelques minutes de marche.
— De îa prudence, messire, et surtout ne pariez pas davantage, murmura-t-il a l'oreille de Guelrard. Nous voici sous la demeure de Floretta. C'est uue sorcière décrépite, laide et noire comme Satan, plus méchante encore, s'il est possible. Geôlière de Simone, la vieille se douterait immanquablement du tour que nous voulons
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lui jouer, si elle me voyait entrer chez elle a\ec une autre personne que maître Jacques... Laissez-moi préparer les voies, afin que vous puissiez vous présenter sans péril.
Aces mots, il éteignit la torche et fit entendre un sifflement aigu.
Bientôt après, une trappe s'ouvrit, et Pranck s'empressa de pouèser Guelrard dans le coin le plus obscur du caveau ; car la lumière du jour y pénétrait* et le visage ridé de I^lorella se montrait au bord de la trappe.
— Est-ce YOlis, monseigneur? demanda la vieille d'une voix chevrotante.
— Pas précisément, la mère, répondit Franck; c'est moi, qui viens vous faire mes adieux avant de partir pour mon voyage d'outre-Rliin.. . J'ai là, dans ma gourde, quelques gouttes d'excellent genièvre, comme vous l'aimez.
— Le ciel te récompensera, mon garçon, dit la sorcière; car tu as des prévenances pour une pauvre vieille dont les forces s'épuisent et dont la vie s'éteint. . . Monte, et donne-moi ta gourde.
LES LIBERTINS lOl
Peu d'instants après, Florelta gisait, ivre et sans mouvement, sur la porte de sa demeure.
Le montagnard tit un signe a Pierson, qui monta les degrés du caveau. Franclc ouvrit ensuite la porte d'une pièce voisine, et le jeune homme se (roiiva dans les bras de son amante.
— J'ai fidèlement exécuté ma promesse, dil Franck a la jeune fille. ^Maintenant je vais retrouver votre persécuteur sur le rempart, avec une excuse toute prête, dans le cas où il me reproclierail de ne pas
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porter ses missives aux luthériens d'Allemagne... Quanta vous, gagnez i'Hôtel-fle- Ville et n'attendez pas le réveil de Florelta.
Le montagnard sortit, laissant les deux amants se prodiguer mille témoignages de tendresse. Ils oubliaient leurs douleurs passées et le danger présent, pour s'ai)andonner a la joie d'être réunis.
— Je te retrouve donc enfin! s'écria Guelrard,en attirant a lui la jeune lîlle, qui l'enveloppait tout entier d'un long regard d'amour; je te retrouve, ange du ciel! loi, qui m'as aimé, quand j'étais coupable
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a tes yeux... Oh ! Siaiofie, je t'en conjure, ne me méprise pas! Je l'ai promis de revenir k la foi de nos pères, et je n'ai qu'un seul regret, mon amie c'est de n'avoir pas reconnu plus tôt que je marchais dans la voie du mensonge; c'esl d'avoir repoussé tes conseils, quand je devais savoir qu'un ange comme loi ne pouvait faillir... Ohl dis, me pardonneras-tu?
— Je t'aime! répondit Simone avec un inelîable accent de tendresse.
— Et pourquoi ne m'as-tu pas averti de ta fuite? demanda (iuelranl . dont les mains riaient enlacées daii-, l.- h.nins de
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la jeune fille. Pourquoi ne m'as-tu pas permis de te protéi^^er contre les tentatives d'un infâme!... Oh! qu'il vienne, maintenant, qu'il vienne," le lâctie! Je lui montrerai ce que peut un amant pour défendre celle qu'il aime contre la scélératesse et la perfidie d'un vil hypocrite... Qu'il vienne ! et je veux retourner autant de fois le poignard dans son cœur, qu'il m'a fait subir d'angoisses et de tortures!
— Mon ami, dit la jeune fille, la religion véritable, a laquelle vous me promettez de revenir, défend la vengeance et recommande le pardon.
— Ne pas me venger ! s'écria Guelrard,
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ne pas me ven^^er du monstre qui a voulu te flétrir de ses odieux, embrassemenls!... Oh! Simone, Simone! lu aurais le droit de douter de mon amour, si je n'éprouvais pas ce besoin de vengeance... Car cet homme a causé tous nos malheurs , c'est lui qui l'a fait fuir, n'est-ce pas? Tu ne m'as abandonné que pour le mellrc à l'abri de son ignoble lenlresse? c'est lui qui s'esl opposé aux règles de discipline que ton oncle voulait établir ; c'est lui qui toujours a favorisé les désordres d'une troupe de brigands, désordres qui vont nous attirer de sanglantes représailles...
— Ciel! entends-lu? s'écria Simone, dont le visage se couvrit de pài(îur.
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— C'est le canon du rempart, dit le jeune lioniuie, se levant avec précipitation. Le sire de Molsliem a juré qu'il ne rendrait pas la ville; mais, sachant que je t'ai retirée des mains de ton ravisseur, il acceptera, j'en suis sûr, une capitulation qui nous sauvera tous, sans que l'on puisse accuser personne de traîtrise... Viens, mon amie! laisse-moi le soin de pourvoir a la sûreté comme à ton bonheur.
La sorcière ne. se réveilla pas au passage des jeunes gens.
Guelrard sortit avec Simone ; mais craignant que t'îlôtei-de-Ville, en l'absence
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d'Érasme, n'offrit pas une retraite assez sûre a son amante, il la conduisil au couvent des Franciscains.
La cliapelle était reujplie de callioliques, dont la voix s'unissait a celle des moines pour deDiander a Dieu le triomphe des troupes lorraines sur les protestants.
Simone s'agenouilla dans une nef latérale, et Guelrard courut rejoindre le sire de Molsliem.
Cependant les événements se pressaient dans les murs de Saverne et sous les Icnlfs de l'armée catholique.
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Après la glorieuse expédition de Loupestein, le duc Antoine arma chevalier le jeune comte, qui venait de donner les preuves d'une si éclatante valeur: puis il fit appeler, au point du jour, le héraut qui s'était présenté la veille.
Ce dernier se mit ausssitôl en marche avec le trompette cloche d'armes, pour sommer la ville assiégée de se rendre.
Ils approchèrent jusqu'au pied des murailles et s'arrêtèrent, frappés du spectacle qui s'olîrit a leurs yeux.
Les Libertins, divisés en deux camps, étaient sur le point d'en venir aux mains.
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Lo sire de Molshem, arrivé le premier sur le rempart, chercha des yeux son ennemi mortel. Il ne tarda pas k le voir paraître et s'élança furieux à sa rencontre ; mais, à l'instant même, deux cents Libertins s'unirent aux gardes du prédica-
teur et lui formèrent une égide ùe leur
corps.
Gerber n'avait pour lui qu'une vingtaine de luthériens, car le reste était disséminé dans la ville et dans les dilTércnts postes de fortiûcations; néanmoins il ne recula pas devant le nombre.
— Bas les armes! cria-t-il en marchant droit aux révoltés.
iiO LF.S LIBERTINS
Cette première iDJonction n'obtenant pas d'effet, Érasme se rua, l'épee tiaute, sur la troupe rebelle ; mais, le son de la trompette cloche d'armes se faisant entendre , il jeta sur les partisans du prédicateur un coup d'œil dédaigneux et s'avança jusque sur le bord du rempart.
— Au nom de monseigneur le duc Antoine, dit le héraut d'une voix éclatante, je vous somme de rendre la ville et ses habitants.
— Va dire à ton ii-ailre, répondit Gerber, que nous combattrons jusqu'à la dernière extrémité.
LES LIBEI\TI>S ill
— S'il en est ainsi, reprit le héraut, vous serez regardés comme coupables de
lèse-majesté divine et tiumaine! Et je
vous le déclare k tous, laiit que vous êtes, on vous traitera comme des excommuniés et des païens !
— Feu sur les catholiques! s'écria Jacques.
La troupe qui défendait le prédicateur était en possession de Tartillerie; elle exécuta l'ordre de celui qu'elle reconnaissait pour son chef.
Frappé d'un boulet de fauconneau, le
i i2 LES LtBHUTlNS
trompeile cloche d'armes mourut sur-lechamp, et Vauldemont parvint a û^rande peine a regagner l'armée catholique, au Dîilieu des volées de mitraille qu'on lui envo-yait du rempart.
A la vue d'une pareille violation du droit des gens, Erasme, enflammé de colère, joignit le prédicateur, après avoir terrassé les Libertins qui voulaient le dérober a sa vengeance. Lui mettant ensuite l'épée sous la gorge ;
— Tu vas me dire oîi tu as caché ma nièce,' infâme! s'écria-t-il, sinon je te fais rendre, ici même, ton âme noire de scélératesse, ou je t'envoie au duc Antoine,
LES MBEllTINS i \ 5
qui vengera, par les tortures qu'il te fera subir la mort de son envoyé !
Les partisans de Jacques n'osaient plus manifester le moindre sentiment hostile, car le fracas de la décharge d'artillerie avait fait accourir sur le lieu de la scène plusieurs milliers d'hommes qui prirent le parti du sire de Molshem.
— Seigneur, répondit Jacques, dont la poitrine était comprimée par le genou vigoureux, de son adversaire et qui cherchait à parlementer pour gagner (Ui temps, il est indigne de vous d'égorger
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LES libl:utl>{s
un homme qui n'a jamais connu le métier des armes.
— Relève-toi, lâche! dit Érasme, et fais, en face de tous, la confession de tes turpitudes.
Mais l'assassinat du trompette était déjà connu de l'armée catholique. Des signaux, partis de la tente ducale, avaient été compris par Jacot d'Haraucourt, du haut de la montagne, et par les artilleurs parqués sur le bord de la rivière, près d'un moulin nommé Soshoueii (1).
fi) Eq la dicte ville, dit Edmond du Boulay, sont les moulins, sur un bras de la rivière de Sosue venante des niOîitagoes a?sez prochaines, imposant nom à un moulia no ■■ méSosiiouen, assis dessoubs la ville, où les laasquenes'élaieut eujparqués avec l'artillerie.
Cent canons, tonnant aussitôt contre Saverne, couchèrent sur le rempart une foule de Libertins et portèrent le désordre et l'eiTroi dans toutes les parties de la \ille.
Un boulet roula jusqu'aux pieds du sire de Molshem ; il le prit a deux mains et chargea lui-mome un canon, qu'il tira contre l'armée calholique.
Enhardis par cet exemple, les luthériens le secondèrent de tous leurs elforls, el le vieu\ palais fil feu de toutes ses pièces; mais l'avantage de la position n'élait pas pour les assiégés. Leur artillerie n'at-
HG LES LIBERTINS
teignait même pas la forteresse de Hoben- Barr et n'endommageait en aucune sorte les retranchements de Soshouen ; au lieu que chaque décharge des catholiques produisait un effet terrible, soit en faisant d'épouvantables brèches aux remparts et aux maisons de la ville, soit en mutilant des rangs entiers de Libertins.
Le peuple, effrayé, se réfugiait dans les églises, et le tocsin, qui grondait dans les airs, ajoutait encore a la terreur générale.
Insolent lorsqu'il n'avait plus rien a
LES LIBEUTI.^S il7
craindre, et pusillanime lorsqu'approchait le danger, Jacques se disposait a chercher un refuse dans la demeure de Florelta, sans doute avec l'intention de fuir par le chemin couvert, si la ville était prise d'assaut.
Franck, qui suivait, l'arrêta dans sa retraite.
— Maître, lui dit-il, les ruines de l'église de Loupestcin bouchent la seule issue qui nous restait pour sortir de Savcrne : il faut nous rendre ou nous ensevelir sous les débris do la ville.
— Tu li'as pas eu le temps de t'assu-
iiS LES LIBERTIN»
rer par tes proptes yeux de ce que lu m'annonces, répondit Jacques. Dois-je en conclure qu'un autre te donne plus d'or que moi?... Sers tu maintenant mes ennemis ?
— Si je les servais contre vous, maître, répondit le montagnard, soyez sûr que je refuserais le paiement de mes services, vu que des velléités d'honnête homme me présageaient une fin prochaine ! .... v Dussé-je mourir avec vous dans les profondeurs du caveau, je veux vous prouver
que je ne mens pas Mais vous feriez
mieux d'inventer un autre moyen de me faire sortir de la ville, afiii que je puisse
LES LIBERTINS i !9
porter vos lettres aux confédérés d'Allemagne.
— Et Simone ? demanda l'hérétique.
— Ma foi, maître, si vous songez a une jouvencelle, quand il s'aprit de combattre ou d'obtenir une capitulation qui nous fasse rejoindre nos frères, permettez-moi de vous regarder, non co:nme un prophète et commeun saint, mais comme un homme sans courage que je dois mépriser le premier.
— ,1e te pardonne tes soufK;oiis et la brusque franchise, répondit 'arques. Il es( indigne de moi de punir des paroles
liO L1<;S LIBi:RTfNS
qui n'ont pas trouvé d'écho parmi ceux qui doivent respecler ma mission. Tu me demandes un moyen de sortir de la ville? Regarde!... le sire de Molshem est en train de rendre Saverne.
En effet». une dëputation des habitants,
suivis de leurs femmes et de leurs filles éplorées, était venue se jeter aux pieds
d'Érasme.
Inflexible d'abord, le général des Libertins se laissa toucher par les discours de Guelrard , qui joignait ses instances a celles des bourgeois, et qui, lui annonçant que Simone leur était rendue, le conjurait
LES UBEUTINS 1^21
de ne pas se perdre lui-même, en perdant sa nièce.
Le sire de Molshem ût renverser le drapeau luthérien qui flottait sur les portes et sur les édilices. Les chefs suhaltcrnes et les soldats applaudirent à cette demande de capitulation ; tous sentaient l'impossibilité de la défense.
L'étendard de la révolte une fois baissé, rarlillerie de l'armée catliolique cessa de foudroyer Saverne.
Antoine de Lorraine envoya le sieur Je Brombac (1), avec l'abbé de Maurraontier,
(1) Et de faicl il envoya gcnlz en la ville, coridiiilz du * signeiir de Bromliac pour reccpvoir icellc en son nom. (Edmond du Boi r.w.) I.cs cilalioiis suivanl<'s sonl du môme auteur.
122 ^ LES LIBEIITIMS
Marcel, Madeleine el deux cenls lansquenets, pour recevoir la soumission des fJbertins. Celte mesure avait élë prise d'après l'avis du sieur de Beaulieu. Connus des hérétiques, Marcel et Madeleine devaient parlementer sans craindre d'éprouver le même sort que le trompette cloche d'armes. L'abbé deMaurmonlier représenterait aux. mutins qu'ils ne pouvaient mieux agir que « d'abiurer contre Luther et tous ses articles, promeltans de se montrer bons fidelles, et les plus gentz de bien qu'il Ipur serait possible pour l'advenir. » Quant auseigiieurde Brombac, il aurait a accepter la sourajssion des assiégés et « a les laisser eschappcr sans perdre que leurs
LKS LIBEnriNS. Ii5
armes seulement, el en condition de luy mettre cent hommes en main pourostages, jusques a tant qu'ils se feussent tous retirez en leurs maisons, sans faire aucun mal a l'Église iiy à la nol:>lesse. »
Mais les dispositions du sire do Molshem, et généralement celles de tous les Libertins rendaient inutiles ces mesures de prudence. Les députés catholiques furent introduits immédiatement dans les murs de Saverne.
Lorsque Erasme et le sire de IJromhac eurent arrêté les clauses de la Ciipitulalioo, Jacques prit Franck îi l'écart :
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— Ta sortiras l'un des premiers, lui dit-il. 11 faut que l'armée d'Allemagne écrase, avant trois jours, le duc Antoine, et reprenne Saverne... Nos frères arriveront, car les lettres sont pressantes! Ces lettres, écrites par moi, portent la signature du sire de Molshem ; mais avant que la fraude soit découverte, j'aurai pris la place du général. Aux yeux des luthériens ici présents, quand le danger n'existera plus, il ne sera pas difficile de faire passer pour une Iraliison sa conduite de ce jour... Voilb ma bourse, où tu puiseras l'argent nécessaire a tes frais de voyage.
— Maître, répondit le montagnard , je
LES LIBEllTINS Ho
refuse vos largesses. Une voix, inlériciire nie dit que je n'en aurai plus besoiu et rjue je subirai bientôt le châtiment de tous les crimes que vous m'avez fait commettre.
— Es-tu fou? demanda le prédicateur en haussant les épaules.
Franck sourit avec amertume.
— C'est un pressentijnent qui me poursuit depuis ce matin, continuât- il en se frappant le front; car, pour la première fois de ma vie, j'ai (ait un acte méritoire.. Maître , puissiez-vous réussir dans vos plans! Toutefois, j'ai bien peur que vous
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n'ayez a vous défendre vous-même, au lieu d'attaquer les autres... Demandez plutôt a Florelta : la voici qui s'approche! >
Le montagnard quitta l'hérétique sans attendre une réponse, que Jacques était, d'ailleurs, dans l'impossibililé de lui donner ; car, k la vue de la sorcière qui montait la terrasse du rempart, il éprouva le même saisissement que le naufragé doni la dernière planche de salut devient le jouet des vagues. Ce fut bien pis encore, lorsqu'on jetant les yeux sur le groupe où se trouvait le sire deMolshem avec les députés catholiques, il aperçut Simone que
LES LIBEllTINS 127
Pierson Guelrard venait d'aineuer, et qui se jetait avec effusion dans les bras de son oncle.
Un nuage passa devant les yeux du prédicateur; il chancela sur ses p^enoux, et, j)our ne pas tomber, il eut besoin de s'a])puyer contre l'un des canons du rempart.
Le malheureux aimait véritablement Simone; mais il l'aimait à sa manière, avec la tendresse du tigre, lacérant de ses ongles la femelle qui ne lui cède pas; il luimail avec d'autant plus de passion, qu'elle le repoussait avec plus de haine. La
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LES LIBEIITLVS
perdre, a l'heure oîi il la croyait irrévocablement soumise a sa puissance, était le coup le plus sensible qui pût l'atteindre dans ses rêves d'égoïste et de repoussante volupté.
Érasme oubliait tout pour se livrer au bonheur d'embrasser sa nièce. Il promettait aux deux amants de les unir le jour
même, et de se retirer ensuite avec eux a Molshem, dans le château de ses pères, oîi ils vivraient, exempts d'ambition , dans une douce tranquillité. Puis il souriait a Madeleine et pressait la main du vieux soldat, qu'il avait cru d'abord enseveli sous les ruines de Loupeslein.
LES LIBEUTLNS MO
Ce fut au milieu de cette scène touchante que. la sorcière arriva, trébuchant d'ivresse et les cheveux en désordre.
Sa robe était souiriéc de la boue de tous les ruisseaux de Savcrnc; car elle s'était traînée, de chute en chute, jusque sur le rempart, après avoir instinctivement compris qu'elle devait chercher celle dont son manque de surveillance avait favorisé la fuite.
L'aspect de Floretla fit jeter a Simone un cri de terreur, et Pierson Guelrard se plaça devant son amante, pour la préserver de l'odieux contact de la sorcière.
430 LKS LIBERTINS
— Hé ! hé ! tourterelle mignonne, dit la vieille en cherchant à s'approcher de la jeune fille, vous avez donc quilté la cage sans ma permission ? Tudieu ! ma belle enfant, si vous avez des ailes, il faut songer qu'il me reste a peine des jambes ! . . . Que me dirait le brave seigneur qui vous a confiée à ma garde, s'il ne vous trouvait plus a son retour? Ça, voyons, la mia signorhla genlile, retournons au logis.
— Par le diable! ^s'écria Marcel! c'est bien la sorcière qui a dérobé le reste de mes damnés Libertins a Tépée de monseigneur de Vaudémont.
Viens-tu chercher ici la hart ou
LES LIBERTINS iol
le fagot? ajoula-t-il en secouant le bras
de la vieille. Pouah! la vilaine sent
le bouc et vient de se soûler au sabbat!
— Mon révérend, dit Madeleine a l'abbé de IMaurmonlier, ne serait-il pas ciirétien de brûler celte créature, après l'avoir exorcisée d'abord?
— lié! hé»! dit Floretta, qui donc jappe de la sorte â mes oreilles? Donnez-moi la fillette, et laissez-moi partir.
— A qui donc en veut cette mégère?
demanda le sire de Molshem, qni ne comprenait rien a cet incident.
Pierson Guelrard fit rouler au bas de la terrasse Floretla , qui s'acharnait a vouloir ressaisir Simone ; puis, s'approchant d'Érasme, il lui expliqua comment il avait découvert l'espèce de prison dans laquelle Jacques avait renfermé sa nièce.
Au même instant, la nourrice ayant reconnu le prédicateur, le désigna du doigt au jeune homme.
Celui-ci û'élança contre son rival et
LES UBEUTINS 135
le traîna jusqu'aux pieds d'Érasme, en criant :
— * Sire de Molsliem, vengeance pour vous ! vengeance pour moi !
Mais il était dans la destinée de l'hérétique d'échapper toujours au péril a la faveur de circonstances inattendues.
Franclî avait proGlé de la capitulation pour quitter la ville et porter au\ luthériens d'Allemagne les fausses lettres que le prédicateur avait signées du nom de Gerber.
Toute l'armée catlioliquo, rangée dans
la plaine deMontmarlyr, regardait défiler les Libertins.
Tout k coup un des gendarmes qui avaient suivi le prince de Guise à Loupestein , reconnaissant le montagnard, dont le bras robustr démolissait le cloclicr sur la tête des assaillants, le tira par la manche de son pourpoint.
— Camarade, lui dit-il, tu l'as échappée belle! Cependant lu n'es pas un gaillard a filer par le trou d'une aiguille. .... Comment diable as lu pu sortir d'affaire? Je te croyais grillé' dans les Qammes ou bien écrasé sous les décombres de l'église.
— Que l'importe ? répliqua Franck.
Bride ta curiosité, je le le couseille, et laisse-moi poursuivre mon chemin.
— Vojez-vous ce manant d'hérétique, dit le gendarme. En vérité, ces mutins prétendent encore nous faire la loi, quand ils se sout rendus comme des lâches.
— Apprends, chien d'idolâtre, s'écria Frantz, qui se rappela dans sa colère les injures que vomissait Jacques contre les partisans de Rome, apprends que les défenseurs de la réforme ne plieront pas devant les fils de la prostituée... Vive I>u- Iher !
136 LF.S LIBERTINS
Le soldai catholique, indigné d'entendre gloriûer le chef de l'hérésie, leva son glaive sans que Franck pût seulement se mettre en défense, attendu que les Libertins devaient sortir désarmés, et le transperça d'outre en outre.
Aussi se réalisa le pressentiment du montagnard.
A la vue de leur camarade étendu saignaiîl sur l'arène, les Libertins rebroussèrent du côté de la ville en répétant le cri séditieux; et, pendant cet intervalle, le gendarme ayant fouillé celui qui venait de succomber sous ses coups, trouva les
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lettres, qu'il s'empressa de porter au duc Antoine.
La lectufe de ces lettres persuada tous les seigneurs, et le duc lui-même, que les hérétiques étaient de mauvaise foi.
Soudain, sans même attendre les ordres de son frère, le comité de Vaudémont se mit a donner la chasse a ;x Liberlins.
I.e reste de l'armée le suivit, et l'on entra dans Sa vernea la suite des fuyards, sans que ces derniers eussent eu le temps de faire tomber la liorsc et de fermer les portes.
Celte foule (jui se précipitait en désordre, demandant a irrauds cris qu'on lui rendît ses armes, arriva lialetanle près du sire de Molsliera, qui crut à son tour à une trahison de la part des catholiques.
Accompagné de Marcel, il se précipita furieux au travers de la mêlée.
Le combat s'engapjea dans les rues de la ville.
Pierson Guelrard conduisit de nouveau Simone dans la chapelle des Franciscains, ei sortit ensuite, malgré les
pleurs et les cris de désespoir de la jeune fille; pour aller conibatlre aux côtés d Èrasme.
Aidée de l'abbé du uionaslère, Madeleiue retint Simone, qui voulait s'élancer sur les traces de son amant, et les pDrtes de la chapelle se refermèrent sur
On entendit irronder, aux alentours, la rumeur du combat, qui dominait le ch.nnt des moines et les prières du peuple ccmme la grande voix de l'Océan domine, dans une tempête, les plaintes dos marins que les Ilots menacent d'engloutir.
140 LES LinERTiNS
Cependant le prédicateur et la sorcière, d'abord foulés sous les pieds des fuyards et des combattants, étaient parvenus a se mellre a l'écart.
Toute retraite leur était fermée, soit pour regagner le domicile de Floretta, soit pour fuir dans la campagne; car les portes donnaient continuellement passage a de nouveaux escadrons de l'armée catholique, qui s'emparaient de toutes les issues et cernaient les luthériens.
Bientôt il ne fut plus possible a ceux-ci ni d'avancer ni de reculer. Ils se défendaient avec rage contre des nuées d'enne-
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mis, qui les prenaient en flanc et par dorrière, lorsqu'ils avaient culbuté ceux qui les attaquaient en face.
Le sire de Molshein, suivi de Marcel et de Guelrard, se jetait en aveugle au travers des catholiques, aGn de joindre le comte de Vaudé^nont, qu'il voyait faire un horrible carnai;e de ses soldats.
Mais il lui fut impossible de fendre les flots de la mêlée, qui devenait h chaque instant plus compacte, et dont le san^rlant reflux le repoussait sans cesse.
L'aspect d'une bataille, le cliquetis des
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épées et l'odeur du san^ donnent presque toujours du cœur au plus lâche. L'hérétique et Floretla, juchés tous deux sur une éminence qui dominait les combattants, encourageaient les Libertins par leurs cris et vociféraient des injures contre les catholiques.
La vois, glapissante de la sorcière se faisait entendre au-dessus du fracas des armes et des plaintes des mourants.
— Terrassez les enfants du pape! s'écriait-t-elle. Passez-leur sur le corps ! Baignez-vous dans leur sang !
— La victoire est à nous, frères, ajou-
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tait le prédicateur. Mort aux idolâtres ! Chassez-les hors de ces murs qu'ils souillent de leur présence ! Courez brûler leurs tentes et forcez-les a repasser les montag^nes jusqu'au jour où tous les fils de Luther étant réunis, le monde entier saluera l'étendard de la réforme !... Bien, sire de Molshem! Frappez, frappez toujours! Piéparez les torts dont vous vous êtes rendus coupable envers le prophète inspiré du ciel !
— Je voudrais, pour un bon coup d'épée, voir écharper ce maudit braillard ! dil Marcel h Gerber.
— Amis, dit Érasme, gagnons le cbà-
teau ; c'est le seul moyen de résister encore et de vendre chèrement notre vie.
• * En effet, les troupes catholiques s'étaient tellement échauffées au carnage, que, de quinze mille Libertins enfermés dans Saverne, il en restait à peine trois cents, qui se réfugièrent dans la chancellerie avec le sire de Molshem, son lieutenant et Pierson Guelrard. Malgré leurs prodiges de valeur, les malheureux devaient bientôt se voir enlever ce dernier refuge.
Le duc Antoine, le cardinal de Lor-
raine, le prince de Guise et tous les seigneurs de leur suite entrèrent dans la ville pour en prendre possession. Ils avaient a peine franchi les parles, que des soldats amenèrent à leurs pieds Jacques et Floretta, qui venaient d'être saisis. La multitude, réfugiée dans les églises, sortit et vint se prosterner sur le passage des princes, en leur demandant grâce pour la désolée Saverne. Aussitôt le duc transmit des ordres pour empêcher le massacre, et fil éteindre l'incendie qui avait déjà dévoré le tiers des édifices.
En ce moment arriva le comte de Vau-
déniont.
Il lU
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H avait forcé le vieux palais, et traînait a sa suite le sire de Molsheoi, couvert de blessures, puis Marcel et Guelrard, auxquels on avait passé la corde au cou.
— Duc de Lorraine, s'écria le malheureux Érasme, félicitez-vous de votre victoire î c'est le triomphe de la trahison sur le vrai courage... La honte est pour vos araies et la gloire pour les nôtres ! Vous espériez sans doute couronner vos brillants faits d'armes par la mort ignominieuse du chef des Libertins?... Détrompez-vous , noble duc? le bourreau ne portera jamais la main sur le sire de Molshem.
 ces mots, Érasme, liraot un poignard caché dans sa poitrine, se renfonça tout entier dans le cœur.
— Or ça , mes bien-aimés frères, que pensez-vous de ce mécréant? dit le duc Antoine. Ne prétend-il pas que nous l'avons trahi, quand vous avez tous vu les missives qu'il dépéchait aux luthériens d'Allemagne? Puisqu'il a eu l'intention d'échapper à notre* vengeance, que l'on pende son cadavre !
— Oh ! monseigneur , dit Marcel en tombant a genoux, aurez-vous bien le courage de déshonorer après sa mort un
homme auquel il ne manquait que de combattre pour une meilleure cause?
— Ces lettres dont vous parlez n'ont pas été écrites par le {]^énéral ! s'écria (îuelrard, qui se dégagea des mains des satellites en leur imprimant une secousse violente.
Il aperçut Jacques, blotti derrière Florelta. Le saisissant aussitôt par les cheveux, il le jeta sous les pieds du cheval que montait le duc Antoine.
— Voilà le perfide auteur des missives! continua-l-il, et je défends à qui que ce
soit d'attaquer la réputation de loyauté du sire de Molshem ! Je jure Dieu qu'il n'était pas instruit des menées clandestines de ce traître !
Cependant Simone, avec l'énergie du désespoir, était parvenue a s'arracher des bras de Madeleine et du vieux moine.
Loni^temps il lui liit impossible de percer la foule.
Ifélas! elle n'arriva que pour être témoin de la sanglante tragédie qui venait d'avoir lieu.
L'infortfinée jeune fdle se précipita sur
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son oncle mourant, qu'elle étreignit en poussant des cris de douleur.
Antoine, ému, mit pied a terre et s'approcha d'Érasme, qu'il voyait prêt a rendre le dernier soupir.
— Monseigneur, lui dit le moribond d'une voix éteinte, je suis plus mallieureu\ que coupable, et je prie Dieu de me pardonner mon ambition. Ma nièce est la filleule de la duchesse votre femme... Au nom du père de Simone, qui vous a loyalement servi, daignez protéger cette jeune fille; soyez assez généreux pour veiller sur son avenir et sur celui de son fiancé...
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Pardonnez également à ce vieux serviteur, continua Gerher , en montrant Marcel qui fondait en larmes. Il m'a suivi par affection ; ne le regardez pns comme hérétique... Moi-même je meurs dans la religion de mes ancêtres, religion sainte, que je n'aurais jamais dû quitter.
Le cardinal s'approcha du mourant et lui donna la bénédiction suprême, au nom du repentir. Déjà la figure d'Érasme était couverte d'une pâleur edrayaiile. Il urut, par un dernier eiïorl, In main de Simone a celle de Pierson Guelrard.
— Mes enfants, murmura-l-il , soyez
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heureux, et n'oubliez jamais par quelles infortunes j'expie mes erreurs.
Le sire de Molshem expira.
Tant de san^ avait été versé, que le duc Antoine et ses frères se montraient disposés a pardonner à Jacques et a Floretta. Le cardinal détacha la croix d'or qui reposait sur sa poitrine, et l'offrit a baiser aux deux hérétiques ; mais Jacques, agité par le délire de la passion, voyant Simone perdue pour lui sans retour, cracha sur le si^ne du salut, et la sorcière foula la croix d'or a ses pieds.
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Tous deux, furent pendus aux branches d'un saule qui se trouvait près de la fontaine de Saverne.
Le lendemain, le duc Antoine, laissant une forte garnison dans la ville, se dirigea vers l'abbaye de Maurmonlier, que plusieurs bandes de lulhériens, dispersés dans les environs, menaçaient de livrer une seconde fois au pillage. Il acheva d'anéantir jusqu'aux traces de la révolte, et les confédérés d'outre-Rhin, intimidés par la défaite des Libcrlins, n'osèrent pas franchir la frontière.
On chanta dans léglisc de l'abbaye un Te Deum solennel.
Pierson Giieirard fui marié à Simone après avoir abjuré hautement les maximes (lu luthéranisme, et Marcel, imitant son exemple, reçut aussi avec Madeleine la bénédiction nuptiale. Les nouveaux époux accompagnèrent en Lorraine l'armée triomphante, non sans avoir une dernière fois versé des pleurs sur la tombe du sire deMolshem, qu'on avait enterré dans le cimetière de l'abbaje.