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versel du moyen-âge, la pierre pbilosophale, occupait chacune des heures de sa vie.

Maiheureusemenl , après de longues veilles et de nombreuses recherches, le juif avait compris le vide de la science. Obliiré de s'arrêter a cette borne infranchissable contre laquelle viennent se briser tous les efforts de l'homme, tous les calculs du savant, il n'avait pas voulu que sa réputation s'évanouît avec ses espérances : Heb-Aluck était devenu charlatan. Toujours a la piste des événements probables, il déduisait a son profit les conséquences des passions humaines, et prédisait souvent l'avenir a coup sûr au

Dioyen de son talent d'observation et d'un espionnage continuel. Isaac connaissait le sort de Ferry, duc de Lorraine, à la disparition duquel il avait sourdement contribué. Mais fidèle a ses antécédents d'avarice , ou pour mieux dire au caracière rapace de sa nation , il trouva que les conjurés ne payaient pas assez chèrement son silence, et résolut de vendre leur secret, en se plaçant néanmoins en dehors de loute mesure active, et ne se réservant que le rôle de prophète. 11 sut mettre en avant deux hommes sur lesquels il se flattait (jue loml)erait la colère des conjun-s, Jehan-le-Borgne el le seigneur de Laxou . Ce dernier, louché des pleurs de la du-

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chesse et du désespoir de toute la cour, consentit a favoriser la délivrance de Ferry, mais à condition qu'elle paraîtrait aux yeux de tous un effet du hasard.

Lorsque Heb-Aluck eut introduit Jehan dans son laboratoire,, il se dirigea vers une statue couronnée qui se trouvait au fond de la pièce et lui donna plusieurs coups de poi^aiard. C'était l'effigie de Philippe-le-Bel. Soir et matin, le juif témoignait ainsi la haine qu'il portait au roi qui avait proscrit sa race.

■ — Eh bien, Jehan, dit-il en s'approchant du couvreur, qui jetait autour de

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lui des regards inquiets, as-tu vu madame

Marguerite de Navarre?

— Oui, maître.

— Et qU'a-t-elie ré{)Oiidu ?

— D'abord elle s'est empressée de faire un signe de croix.

— Chien d'infidèle! as la besoin de parler en ma présence des momeries de ta secte?

— Maître, répliqua Jehan, s'il est ici-bas un infidèle et damné païen, c'est vous, sans conlrcdil... Je gagerais mémo que vous êtes fils de Satan ! Ce fut

aussi, je le ga^^e, la pensée de madame la duchesse, car elle se signa, non pas une fois, mais plusieurs.

— Que ma sainte patronne me soit en aide! s'écria-l-elle. Si maître lïeb-Âluck ne s'est pas trompé , je lui promets les mille écus d'or qu'il demande... Mais celte prédiction vient moins du ciel que de l'enfer.

— Pas plus de l'un que de l'autre, dit Isaac. Le duc de Lorraine est prisonnier : veux-tu travailler a sa délivrance?

— Moi? s'écria le serf.

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— Tu renconlieras en même temps

l'occasion de te venger du seigneur de Maxéville ; tu la cherches depuis longtemps.

— Maître, je suis prêt... Que faut-il faire?

— Retourne au château. Tiens-toi dans le vestibule ; le seigneur de Laxou doit te reconnaître et te donner des ordres.

— Il paraît, maître, que vous m'avez merveilleusement dépeint, car le seigneur Thiébault m'a déjà reconnu tout h riicurc, comme il sortait de céans, cl ni .t dii dr le

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rejoindre près du cloître des Dames-Prêcîieresses.

— Suis k la lellre ses inslruclions.

Lorsque tu sauras en quel lieu monseigneur est retenu en captivité, cours avertir la duchesse, et reviens ensuite près de moi.

A peine le messager fut-il parti qu'Heb- Aluck traça sur la muraille des signes mystérieux et consulta silencieusement son grimoire.

— ïhiébauU se taira, murmura-t-il, car son intérêt lui commande le silence ; mais Jehan?. . . Rien ne m'assure de sa discrétion : cet homme doit mourir!

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De son côté, le seigneur de Maxcville disait a Thiébaull en entrant au palais :

— Ce couvreur ne descendra pas yif de ma tour... Noire secret ne doit pas être mis en balance avec la vie d'un manant.

11 est nécessaire, pour l'intelligence de celle histoire, que nous remontions le cours des événements jusqu'au jour où Ferry disparut, alors qu'il « estoit sorti de » Nan(> ('( nWr se divertir à la cllaî^se

» dans les bois de Haye et forests voi- )) siues (1). »

Laissons donc Jehan cheminer vers M^ixéville, a lequel^elit Jehan qui n'avoit » qu'ung œil, dit Lonis d'ilaraucourt, mon, » iil sur la couverture et chanta chan- » sonnement qu'avoit-on faict en com- » plaincte, et disoit que Ji duc estoit allé » quérir, en lieu qu'on ne savoit, place a » guerroyer ou fille tant gentille que fut » a son poincl, n'en estant onc a sa guise )^ dans ses Estais. »

(S) i".e passage, el Ions ceux que nous reproduirons dans ce genre, sont tirés d'un ouvrage qui donne de curiciix délails fur l'ciTipiifonnenicnt de Ferry, el que vient de publier un des bibliophiles de Nancy, d'après le« raanuscrils origitiaux q'i'il possède.

A répoiiue que nous décrivons, c'esl-kdirc au commencemenl du treizième siècle, Nancy n'avait encore (|ue fort peu d'étendue. Le duc réirnant aurait pu se borner à l'appeler, comme autrefois Mathieu 1", l'un de ses prédécesseurs, I^niccium casintw meuui. Quelques niaisons, groupées d'abonl autour du palais diical, s'alignèrent naïvement sur la courbe tortueuse du mur d'enceinte, ou se jetèrent, éparses et vagabondes, au pied de l'église des Daines-Précheresses, que l'on bâtissait alors. Cet amas de constructions désordonnées pyit le nom de rue des Juifs au bas côté des remparts, et s'appela rue Sai nt-Micbcl dans le voisinage de Vabbayc.

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Le vieux château , dont la façade était tournée vers l'orient , se composait de deux ailes principales : celle de droite fut assignée pour demeure aux Dames-Prêcheresses. Ferry demanda la translation de ces religieuses de Toul à Nancy, et leur donna pour logement une partie de son palais. Il se réserva toutefois, dans l'église qu'il leur fit élever, une tribune où il piit entendre la messe avec Marguerite de Navarre, son épouse et ses enfants. Cette tribune n'établissait aucune communication entre le reste du palais et les religieuses, car elle était grillée et jie s'ouvrait que sur les appartements de la duchesse.

D'après le peu de détails que nous va-

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nons de donner, il sera facile à nos lecteurs de reconstruire en imagination le Nancy du treizième siècle. Ils verront d'abord le vieux château (îanquë de sombres tourelles, et dont les galeries supérieures sont percées de mâchicoulis et de meurtrières. A gauche est la demeure ducale; à droite Tabbaye, dont les murs, du côté de l'occident et du midi, servent de remparts a la ville; à dislance et derrière le château, la rue des Juifs, sale et hideuse de misère; au sud-ouesl, en face de l'église des Dames-Préclieresses , la rue Saint- Michel, mieux bâtie et moins déserte que la rue des Juifs, mais plus mai eu ordre et plus bourbeuse encore.

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Six. mois avant l'épisode que nous avons raconté dans le chapitre précédent , le juif Heb-Aluck , après une nuit passée tout entière a des expériences sans résultat, venait de briser son fourneau dans un accès de rage, désespérant d'arriver a faire de l'or, et maudissant la science qui l'abandonnait en chemin. Il parcourait son laboratoire a grands pas, se heurtant contre les squelettes, dont les ossements s'entre-choquaieut avec un bruit sinistre, et proférant ces horribles blasphèmes que le désespoir dictait a l'ange déchu, lorsqu'il se vit repoussé dans l'abîme après une lutte impuissante avec le ciel.

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Tout a coup il suspendit sa marche fougueuse , et d'un geste rapide il repoussa dans un coin de son laboratoire les débris épars de son fourneau, car il venait d'entendre la marche d'un visiteur.

— Hola! hé! sorcier du diable! cria dans le corridor une voix à'enfant, mutine et perçante , pourrais-tu pas éclairer le premier page de monseigneur?

N'est-ce pas assez d'avoir taché de fange ma chaussure de satin, qu'il faille encore me casser le cou dans les délours de ce bouge puant ?

Le page, a ces mots, (il iru[)lion dans le laboratoire.

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