‹ Les libres parolesChapitre 14 sur 39 · LE PETIT MINISTRE · texte numérisé non relu

LE PETIT MINISTRE

Il était un bon petit cuistre Qui n'avait jamais navigué.

Garnot, le voulant pour ministre, Le mit à la Marine, ô gué !

Au bout de cinq à six semaines, Il se sentit fort intrigué.

Lors advinrent trois capitaines Du vieux port de Marseille, ô gué

Le premier lui dit : — Saperlote !

Le métier n'e^t pas toujours gai; Pour savoir conduire une flotte, 11 faut être marin, ô gué !

Ce n'est pas une mince affaire, L'honneur que vous avez brigué.

Allez-vous-en faire lonlaire :

Je retourne à ma barque, ô gué !

Le second lui dit : — On s'embête.

Quand le navire est endigué.

La grande voile n'est pas faite Pour décrocher la lune, ô gué !

Dorez le ventre à la chaudière, Sitôt que le mousse a cargué !

La poupe est toujours en arrière.

Quand la proue est devant, ô gué !

Le troisième lui dit : — J'enrage Que les journaux vous aient blagué.

Nous nous sauverons à la nage, Si vous coulez la flotte, ô gué !

Vous êtes un marin d'eau douce; Mais tout va, quand c'est bien largué.

Nous mangerons le petit mousse, Si le biscuit nous manque, ô gué !

11 leur répondit : — C'est bizarre De n'avoir jamais navigué !

Puis il s'en alla dare dare Devant le Luxembourg, ô gué!

Le bassin était plein de voiles :

11 s'arrêta, très fatigué.

Ayant regardé les étoiles.

if se frotta les mains, ô gué !

Sirius luisait à sa droite; Et. d'un air toujours intrigué, Il lança sur l'eau qui miroite Un bateau de papier, ô gué !

C'est fort méchamment qu'on l'accuse :

La barque n'eut pas de noyés.

Si cette histoire vous amuse, Les marins en sont ennuyés 1

14 août an.

Page 1