‹ Les libres parolesChapitre 15 sur 39 · APRES LA CHANSON · texte numérisé non relu

APRES LA CHANSON

M. Clovis Hugues s'abuse étrangement s'il croit démolir M. Burdeau avec des chansonnettes .

(exthait d'one fel-ille de chou.)

en conviens, ô Burdeau, la Cnanson n'est pas faite our démolir les Dieux qui rayonnent au faîte; 3 Couplet égrillard, coiffé de pampres vains, ène la farandole agreste des Sylvains t fait, au joyeux bruit des fifres et des sistres, mter les .Egipans, et non pas les ministres. 3 qu'il te faut à toi, normalien musqué, est l'alexandrin vaste où le Verbe, embusqué errière l'épithète élégante et sonore, ise les gens avec les flèches de l'Aurore, lissi bien, me voilà jetant mes chalumeaux, îerchant du bout des doigts, dans le coffret des mots, iux qui, pour dire Eros ou l'Erèbe livide, remblaient comme des fleurs dans le latin d'Ovide, pourtant, ne crois pas que je sois imprudent

Au point de comparer la houlette au trident. Ni que j'aille, soumis à des rimes quelconques, T'amener les Tritons chevauchant sur des conque?, Ni que je t'offre, au gré des vastes flot^ amers. Quelque blonde Vénus rêvant au bord des mers, Pendant que le troupeau des députés du Centre Descend a l'abreuvoir en se traînant du ventre. Non, tu ne l'auras pas la Vénus, ô Burdeau ! Car c'est toi qui baissas brusquement le rideau, Tandis que je songeais devant le tas des crimes Aux volets du journal euguirlandés de rimes; Et je dus, ramassant le fouet et le quatrain, Déloger comme un gueux, gagner larrière-train Et pendre Stamboulotf à la dernière page, Parce que tes huissiers, menant un beau tapage, Avaient un soir planté leur méchant oripeau A la place où mes vers claquaient comme un drapeau

Eh bien! chacun son tour! La colonue où j'affiche Ton nom majestueux dont la gloire se fiche, A trop longtemps subi vos pancartes, qui m'ont Désolé pour Chapsal et navré pour Lhomond.

La rime, tu le vois, ou riaute ou morose,

Même en glissant un peu, grâce à toi, dans la prose,

Cabriole aisément avec ses'pieds ailés,

A travers le cerceau des textes étoiles.

Que veux-tu? Si la phrase errante nous est douce ;

S'il nous suffit, à nous, d'un brin d'herbe ou de moui

Pour y prendre le mot, vagabond qui passait ;

Si nous ne parlons pas votre charabia, c'est

Parce que nous vivons simplement notre vie,

fcéa 'l'un chant, les yeux en haut, I ame ravie baiser que la rose accord»1 aux papillon-, ttant les nids, nouant les fleurs que nous pillons le uu bout de strophe envoie dans la brise, natifs a la roche où la vague se brise, èles aux soleils qui saignent en mourant, vaut le beau, rêvant le juste et préférant rgfut du clair de lune épandu sur la lande oui l'or des journaux condamnés à l'amende, tu lùJais un peu plus souvent dans les bois, ?ant au creux des mains à la source où je bois, louant ta jeunesse au point de croire encore c faunes écartant la broussaille sonore ; tu t'acheminais par les hauts gazons verts, lant eu prose au vent qui répoudrait eu vers, jdant que la foret où fuit le cerf agile ferait douc^ comme un rêve de Virgile ; luSôn àme chautait d;ms les rameaux épais ; j;u daignais t'asseoir, épris d'ombre et de paix, [uiet de la feuille et non du portefeuille, is les troublants taillis où la nymphe m'accueille, saurais tout d'abord, les nids m'en sont témoins, I la feuille est eucor ce qui tremble le moins que l'autan, fécond en soudaines revanches, se plus de Burdeau qu'il n'effeuille de branches, is tu saurais aussi qu'on s'expose au dédain la haute saulée où s'effare le daim, on afflige le lys amoureux de la ligne qu'on fait de la peine aux pampres, dans la vigne Courier émondait le pamphlet incivil, and on force le plomb, fùt-il cent fois plus vil, uouler sous la brosse, en haut de la morasse, | textes où le juge est visible à la crasse.

phrase a pour devoir Pimpeccabilité; mot juste l'emplit, moins écrit que sculpté, motf is d'un si fier dessin, d'une forme si pure, î l'Idée en passant gronde, tonne ou murmure que le marbre ailé chante comme un oiseau.

Or, c'est toi qui, déjà lauréat au berceau,

Te nourrissais d'Horace et t'empiffrais d'Homère ;

C'est toi qui, fourrageant le style et la grammaire,

Traitant le français comme un Lapon le sanscrit.

As déposé chez nous cet effrayant écrit

Où les, Considérants, lugubre kyrielle,

Font burler la consonne et glapir la voyelle !

Ah ! vraiment, c'était bien la peine d'être un fort En thèmes.. retapant les voiles dans le port, Pendant qu'Ulysse errait sans foyer et sans braise, Et d'avoir, en soignant l'heureuse catachrèse, Conquis à bra- tendus l'honneur des palmarès! Quoi ! parce que Drumont, appuyé sur Mores, Refuse à tes faux Dieux l'encens et les courbettes. Etait-ce une raison de le livrer aux bêtes? 0 phraséologie à désoler des loups !

Hélas! pour nous servir ce pâté de cailloux, Ce texte où l'adjectif est si durement veule Qu'un requin affamé s'y casserait la gueule, Que t'ont fait Bossuet, Pascal et d'Aubigné ?

La syntaxe n'est pas un programme signé

Des deux mains, s'étalant sur un pompeux registre,

Qu'on passe sous la jambe afin d'être ministre.

Le Mot a sa fierté native: ce qu'il est,

Il le reste ; et, qu'il soit manant, prince ou valet,

Tu ne le verras pas larmoyer, s'il veut rire.

Il fait ce qu'il doit faire et dit ce qu'il doit .dire ;

On ne l'enrôle point, s'il n'a pas consenti.

Quand il sonne la charge et qu'il est d'un parti.

On ne lui prend pas plus la trompette et l'épée

Qu'on n'arrache à Barra son tambour d'épopée.

Suppose qu'il soit né d'un canut, à Lyon.

Eh bien ! il grondera pour la rébellion,

Gardant en sa syllabe, ivre d'aube et de joie,

Le bruit <|ue le métier fait en tissant la soie,

Hostile aux grands, mais doux aux petits, les serrant,

Avec son aile ouverte au moindre coup de vent.

Guerre aux baudits ! Les cœurs et les mains battront d'aise.

S'il escalade un jour la tribune française,

Il y défendra ceux qui râlent, accablés

Sous le poids des beureux, riches du vol des blés.

On aura beau mentir, il restera sincère.

Quand un maigre bonhomme, affolé de misère,

Aura risqué la geôle effrayante, en poussant

L'irresponsable cri de la faim et du sang,

C'est lui qui, soulevé dans un frisson de lève,

Réclamera pour tous la concorde et la trêve.

Puis, une fois la paix accordée au troupeau,

Il s'en retournera dans les plis du drapeau,

Dédaignant le pouvoir, n'espérant que la lutte,

Moins sévère aux licteurs qu'à leurs joueurs de flûte,

Réputé bon enfant chez les pauvres, pas fier,

Pas plus riche aujourd'hui qu'il ne l'était hier,

Pouvant laisser la caisse ou verrouillée ou close.

Et, si l'affreux Rothschild, blessé d'un pli de rose,

Veut, pour tuer la guigne et le gogo navré,

Le faire voltiger au bout d'un fil doré,

Autour de la Corbeille où le financier bêle,

Le Mot refusera le baiser de son aile

Au squelette poudreux des Coupons incléments,

Même pour dérider des barons allemands !

21 août 13»a.

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