ROTHSCHILD ET LA BANQUE
Quoi ! tu livres ta Banque à ce Rothschild, ô France ?
Tu le fais gardien du Trésor, Comme si nous n'avions, pour clore ta souffrance,
Qu'à lui confier la clé d'or?
Comme si tu n'avais, après tant de désastres,
Qu'à le hisser sur ton Crédit, Dans une apothéose où, couronné de piastres,
Le dieu Million resplendit?
Quoi ! tu mets à ses pieds, sans grelotter de honte,
Sans seulement baisser les yeux, La pudeur de la Rente et l'honneur de l'Escompte,
Ces deux probités des aïeux ?
Tu prends comme intendant ce quartier de roture,
Ce vague baron de tréteau, Dont les pères étaient prompts à planter l'usure
Dans les gorges, comme un couteau?
Tu livres le travail, l'épargne saccagée,
Le taux imprudent et fougueux, A ce Gargantua qui boit d'une gorgée
Tout l'argent sué par les gueux?
0 misère! pendant que le travailleur manque
De pain blanc, de justice et d'air, C'est un Juif allemand qui régente la Banque,
Dans votre Patrie, ô Kléber!
Tandis que les sapin? mangent par les racines
Nos morts tombés pour le drapeau, C'est ce Teuton goulu qui préside aux ruines,
Avec notre sang sur la peau :
C'est lui qui, poursuivant d'une clameur de fête
Les parias et les vaincus, Pèse sur mon pays du poids de la défaite,
Doublé du poids de ses écus :
Et qu'un scribe acheté ne vienne pas me dire
Qu'il n'est point le maître tout seul, Et qu'on le chasserait du pied, s'il osait rire
Des plis tragiques du liuceul !
Depuis quand n'est -"on plus chef entre les pontifes
Et monarque entre les lions, Lorsqu'on a sous ses mains — ces mains-là sont des irriffes!-
Le ventre d'or des Millions0 La conscience fait une courbette et s'offre.
Si!ence, honneur! Tais-toi, devoir!
Ah! mater le Rothschild accoudé sur son coffre,
Essayez donc un peu, pour voir!
Il aura, lui Sultan, le Conseil pour eunuque;
Après l'avoir acclamé dieu, La Banque, en souriant, lui nimbera la nuque
D'une auréole en papier bleu; Il sera le frelon, et nous serons l'abeille
Qui meurt de n'avoir plus sa part :
Il n'aura qu'à choisir de l'œil dans la Corbeille.
Pour s'épingler d'un milliard; La Baisse lui dira : « Mon bon seigneur, j'arrive!
Que m'ordonnez-vous? Commandez!
La Seine s'en ira le long des quais, pensive
D'avoir tant de suicidés ; Voua l'aurez sur l'échiné, il restera le maître
De la mansarde et du château, Tant que vous n'aurez pas, ainsi qu'on fouille un reître,
Vidé son sac et son manteau!
Pauvre Banque! Déchets profonds! Chutes sinistres!
Néant du chiffre et du calcul!
La Patrie autrefois signait sur ses registres :
<r Bonaparte, premier consul. »
Le Corse au vaste front taillé pour la couronne
Allait bientôt, en vérité, Voiler d'un bras nerveux, sous les velours du trône,
La face de la Liberté.
Mais il avait pour lui sa gloire, vierge encore,
L'Anglais râlant sous son talon, Les drapeaux envolés dans l'espace sonore,
Devant la rade de Toulon ; Il avait les tambours, les clairons, les mêlées,
La foi tragique au lendemain, L'orageux tourbillon des Victoires ailées
Autour de sou masque romain; Tout ce qu'il essayait s'étoilait en prodige,
Dans les fanfares du canon; Les Alpes, Léoben, le Tyrol et l'Adige
Tonnaient à l'appel de son nom; Quand il avait signé, penchant sa face dure
Sur le large registre ouvert, 11 aurait pu, songeur, sabler sa signature
Avec le sable du désert; Tout son cœur, soulevé d'une haute espérance,
Servait la Patrie, en l'aimant;
11 était aryen, soldat et fils de France :
ti ■* • V^11 Pas Juif allemand!
11 avait pied a pied, hardiment et sans trêve
Desarmé la peste et la mort; H revenait d Egypte en brandissant le glaive
II n arrivait pas de Francfort!
0Ù "^'oJ SSS8^,' ^es cavaliers ûumides ?
Quel soleil de gloire t'a lui?
Quel mot as-tu jeté du haut des Pyramides
Pour oser signer après lui?
Et pourtant tu seras salué par les sistres,
Glorifie par les badauds, Quand ces pâles tribuns, valets de ces ministres,
T auront replacé sur leur dos ; lu pourras t acheter, pour y bâtir ta tombe T„ ™ ♦ ^ûagogue ou l'Opéra ; Tu resteras debout dans un siècle où tout tombe
Où tn t'^SiqU SU J0Ur' et ce J°ur Rendra, '
Uu tu t affaleras comme un paquet de toile
Prmr », doig*s ?risPés sur ton trésor, £our avoir essayé de voler une étoile Sous prétexte qu'elle est en o'r !
21 mai 1891