‹ Les libres parolesChapitre 9 sur 39 · A JULES SIMON · texte numérisé non relu

A JULES SIMON

M. Jules Simon sera le membre le plus vif/ihnU de Ui Ligne antisocialiste.

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Ici, Jules Simon! Voyons, sois gentil, saute

Par-dessus les mots redondants, Loin de ces pauvres chiens galeux à qui l'on ote

La viande et l'os d'entre les dents ! Nul ne sait mieux que toi, bariolé d'emphase,

Souple de l'esprit et des reins.

Traverser au galop le cerceau de la phrase,

A l'appel des pitres forains ; Nul, pas même Burdeau. bon toutou sans fortune,

Perdu dans la forêt des lois, N'a pins que toi le don de pleurer à la lune,

Quand les maîtres sont aux abois.

Tu n'as eu. pour pousser tes vieux sanglots célèbres,

Qu'à frapper sur ton ventre plein:

Le Verbe, désoie, se ca«se les vertèbres

A retomber sur ton tremplin.

Tu flagornes le pauvre eu caressant le riche;

Tes cabrioles t'ont classé.

Alexandre t'aurait honoré d'une niche,

Diogène t'aurait chassé !

Tu t'es doré la langue et poli la parole,

Au point d'éblouir les badauds, A force de lécher doucement l'hyperbole,

Entre les ailes, sous le dos; Mais les badauds sont rois, monsieur Homais gouverne

Allons, reprends tes jolis tours; Traite Fourier d'ignare et Proudhon de baderne,

En nous aboyant tes discours.

Qu'importe qu'on t'ait vu larmoyer de l'échiné,

Sous le coup de fouet de Mirbeau?

Flaire les plats graisseux, visite la cuisine,

Mange du sucre, fais le beau.

Les coffres d'or volé rêvent qu'on les emporte.

Tout larron redoute un larron :

Si lo Rothschild a peur, couche-toi sous sa porte :

Mords les manants, chien de baron !

Le châtelain bourgeois qu'enrichit la mansarde,

Sooge en regardant le pavé :

Si Prudhomme effaré te siffle, fais la garde;

Mords les pauvres, chien de gavé!

Ah! nous t'avons pourtant connu d'une autre espèce,

Presque en chien de berger, voulant Le bon droit, la justice, et que la brebis paisse,

Sans qu'un loup guette l'agneau blanc!

Alors, tu ronronnais comme un chat de gouttière

Quelque vague péroraison, Pendant que le rouet de Jenny l'ouvrière

Filait son chant dans la maison

Tu la plaignais un peu, tu courais, quand le maître

Avait rogné sa part de pain, Te blottir sous sa robe à treize sous le mètre,

Devant le bahut de sapin.

Puis, si des révoltés, emmanchant dans du rouge

.Quelque bâton vite taillé, Le hissaient sur la ville où la révolte bouge,

Où le peuple s'est réveillé ; Si l'ouvrier songeur, las d'un vain sacrifice,

Tout assoiffé d'égalité, S'efforçait d'élargir le salaire en justice,

La patrie en humanité ; Si le droit s'épandait comme une onde ruisselle.

Comme le tlux suit le reflux, Tu tendais de partout ta patte universelle,

Les frontières n'existaient plus!

Pour venger les tribuns de l'affront des sportules,

Pour que César eût son bourreau, Tu n'étais plus Simon, tu cessais d"ètre Jules,

Tu n'étais plus qu'un numéro !

Mais tout bon chien réclame un bon collier, que diantre !

L'honneur, le devoir, mots caducs!

Ta sautes maintenant pour les bourgeois du Centre,

Comme tu sautas pour les ducs.

0 basses-e ! Pendant que la Finance empoche

Ses vols avec un front serein, Toi, devaut un grand feu, tu lui tournes la broche,

Quille sur ton arrière-train !

Et c'est toi qui voudrais, suivi de ta séquelle,

Implacable, jamais lassé, Intimider la foule en jappant derrière elle,

0 pauvre vieux rhéteur cassé?

C'est toi, pâle bâtard du graDd bourgeois Voltaire;

Toi, servant de tous les vainqueurs, nui voudrais condamner la justice à se taire

Sur nos lèvres et dans nos cœurs ?

Toi qui, glorifiant la trahison, soudée

A ton lamentable cerveau, As caressé l'espoir de museler l'idée

En forgeant un Verbe nouveau ?

Mais ôtc donc d'abord ta propre muselière!

Dresse-toi dans ta liberté !

Empêche le soleil d'être de la lumière,

Bâillonne aussi la Vérité !

Dis aux langues de llamme en marche dans l'espace,

Vers ceux que tu nommes des fous, Qu'il te déplaît à toi, philosophe et paillasse.

De les voir se poser sur nous !

Ah! vraiment, mon petit, tu t'es jugé de taille

A nous broyer quand nous passons?

Mais regardez-moi donc ce bonhomme de paille,

Qui nous a pris pour des pinsons !

Depuis quand, ù Nature ! éteint-on le tonnerre,

Parce qu'on allume un quinquet?

Depuis quand le lion terrible et débonnaire

Tremble-t-il devant un roquet?

Quoi ! les hautains penseurs, les torturés du doute,

Les vastes poètes hurlants N'attendaient plus que toi pour tomber sur la route,

Avec la courbature aux flancs!

C'était pour s'affaisser comme des passants ivres,

Sous tes harangues en coton, Que les Proudhons altiers sapaient à coup de livres

Ta sagesse de faux Caton !

C'était pour y planter d'une main aguerrie

Ta syntaxe mangée aux vers, Que l'histoire pavait le sol de la Patrie

Du rouge des crânes ouverts !

Allons donc! Autrefois, pour ménager ta gloire,

Pour illustrer ton cher pipeau.

Selon que tu changeais de salle et d'auditoire,

Tu changeais aussi de chapeau.

Le gibus élégant te coilïait en notaire,

Quand tu parlais aux grippe-sous; Les boutiques avaient droit au melon austère,

Les ateliers aux feutres mous.

Eh bien! on blaguerait ta mielleuse parole,

Tes gestes doux, tes sons voilés, Même si tu jonglais, coiffé d'une auréole,

Avec des textes étoiles.

Sois heureux cependant, fais ton métier, pérore ;

Remonte tes anciens dadas ; Pontife des repus, cardinal tricolore,

Bénis-les, au nom de Judas; Dénonce l'Anarchiste à Beaurepaire. vante

Les pasteurs, bouchers du bercail ; Protège la morale en poussant à la vente

Des vierges pâles de travail; Célèbre les vertus du finaucier rapace.

Réduis le salaire à zéro ; Casse une dent de plus à Fantiue qui passe.

Grossis encor ton numéro; Laisse, faute de pain, prendre à la guillotine

Ton blême ouvrier de huit ans; Applaudis au Lebel, quand il nous assassine.

Sabre l'avenir... .Moi j'attends Que le divin Soleil, plein d'un respect insigne

Pour le nid et pour l'églantier, Fasse pousser un jour une feuille de vigne

Qui te recouvre tout entier

29 mai 1892.

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