‹ Les libres penseurs (volume 2)Chapitre 13 sur 19 · FEMMES AUTEURS · texte numérisé non relu

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sée à la mère supérieure de cette maison, qui l'avait élevée avec tant d'amour :

« Lorsque vous lirez cette lettre , ô maman , les mains « qui l'ont tracée seront immobiles, et, ce qui m'étonne « encore davantage , le cœur qui vous a tant aimée sera '< glacé, même pour vous. 0 maman , où serai-je? Dieu « me fera-t-il miséricorde? J'ai été si ingrate envers lui , « j'ai si peu contribué à le faire aimer ! Priez ! faites prier « pour moi : si je suis sauvée , je vous le devrai. Merci « donc, maman , merci , mes bonnes mères , et adieu ! Je « quitte en vous ce que j'aimais tant sur la terre; mais je « veux vous laisser d'autres moi-même. Oui , maman , « oui, mes bonnes mères , devant Dieu qui m'entend, de- « vant Marie, votre mère et la mienne, je vous lègue mes « enfants , je vous donne charge de leurs âmes. J'ai prié « mon mari de faire élever mes fils chrétiennement ; je « vous supplie, chère maman, de lui rappeler en temps et « lieu que c'est cette assurance qu'il m'a fallu pour mou- « rir tranquille. Quant à ma fille ou mes filles, car peut- « être sera-ce une fille qui me coûtera la vie , c'est à ge- « noux que je viens vous supplier, que je demande à toute « la communauté de les adopter : faites-les venir auprès n de vous aussitôt qu'elles auront atteint l'âge où vous « croirez pouvoir vous en charger.

« J'abandonne donc mes enfants à votre providence , ô « mon Dieu! et je les mets entre les mains de son image « sur la terre.

« Adieu , maman , adieu, mes bonnes mères : ma der- « nière heure sera adoucie par la pensée de vous confier « mes enfants. Priez Dieu pour moi, priez souvent ^ ins- « tamment et longtemps; car je crois que sa justice sera « longue à satisfaire. Si je vis dans le sein de Dieu, vous

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« devez penser quelles seront mes prières pour les mères « des pauvres orphelins. »

Avec ses enfants, Angèle légua aussi son cœur. La notice est terminée par ces paroles touchantes : « Le cœur « de notre Angèle repose, selon ses désirs, dans cette cha- « pelle des Enfants de Marie, où si souvent pendant sa « vie elle était venue confier ses peines à la sainte Vierge, « et solliciter son secours. Ses mères, ses compagnes ai- « ment à venir prier, en quelque sorte , avec elle , unies « aux sentiments de ce cœur qui semble les exhorter en- « core à l'amour de Marie. ».

Voilà ce que c'est qu'une chrétienne dans les circonstances ordinaires de la vie : la voilà jeune ûlle, épouse et mère ; voilà comment elle vit, comment elle combat, comment elle meurt, comment elle est pleurée, et comment on l'honore. Je ne fais pas ici un conte imaginé à plaisir ; c'est une histoire où rien n'est arrangé , où tout est réel. Comparez maintenant cette histoire à l'esquisse que j'ai pu donner de ce hideux roman de la Presse , déjà si révoltant malgré tant de détails impossibles à reproduire. Dites où est la force , où est la générosité, où est la passion, où est le combat, où est la beauté morale, où est la vraie poésie, où est l'honneur ?

Ah! pauvres créatures , qui fuyez la droite voie pour courir après je ne sais quels vils contentements, et qui venez crier ensuite que la société vous a perdues , combien de tels spectacles vous écrasent I combien ils font ressortir vos lâchetés, vos misères et votre punition! Vous êtes lâches , car vous pouviez toujours combattre, et vous n'avez pas combattu ; et , pour expliquer votre chute , il vous faut supposer à d'autres des vices qui n'étaient qu'en vous. Vous êtes misérables, car ces inventions , ces

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calomnies, ces blasphèmes , traliissent le trouble de vos cœurs. Vous êtes punies, car ce torrent d'impures chimères qui s'échappe incessamment de vos esprits , montre bien que vous voudriez échapper à la réalité, mais ne vous dégage pas de ses étreintes. Vous ne pouvez pas même rêver quelque chose de glorieux et de beau ; il n'y aurait de glorieux et de beau pour vous que le repentir, et vous n'en voulez point , parce qu'il vous humilierait. Il vous reste donc la ressource de jeter à la société de cyniques défis, qui ne retentissent guère an delà de ce monde déchu où vous êtes tombées , et de ces gens d'aventures qui ont leurs raisons pour penser comme vous. Cependant vous rêvez la jeunesse , et vous vieillissez ; vous rêvez la gloire, et quand par hasard vous entendez quelque chose, c'est un sifflet ; vous rêvez la fortune , et vous aurez besoin tout à l'heure de courir le prix Montyon pour avoir un morceau de pain ; vous rêvez le suicide , mais le seul service que vous demandiez à la pharmacie est de guérir vos rides ; vous rêvez de tenir une grande place dans le monde, mais vous n'espérez pas que ni une mère , ni un époux, ni un fils, ni un ami , pleure à votre lit de mort; vous ne léguerez à personne vos cœurs , qui n'ont point aimé ; vous n'obtiendrez que par violence un asile dans le cimetière des chrétiens, et ceux qui vous ont nommées de leur nom s'efforceront d'en effacer la mémoire.

Vous dites que la société vous a perdues? Oui, comme tous ceux qu'elle perd : parce que vous y avez consenti , parce que vous l'avez voulu. Cette chrétienne , Angèle, pouvait se perdre comme vous , et même en l'absence de toutes les circonstances invraisemblables que vous imaginez ; mais, dans ces circonstances aussi , elle pouvait se sauver, et vous l'auriez pu comme elle. Il suffit de croire

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en Jésus-Christ. Vous n'y croyez pas, on le voit bien. Et pour quelles raisons n'y croyez-vous pas? Voilà ce que vous ne dites jamais franchement, et ce que vous ne pouvez dire, quelle que soit votre audace; car ce sont ces raisons-là précisément qui vous rendent horribles.

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