LES HONORABLES PRÉOPINANTS
Souvent, pour se faire pardonner leur escapade, ils font rage contre le servilisme. Malgré tout, on les méprise. Leur vote pourrait être utile, leur discours est encore une trahison.
xm.
Trigaud est un savantasse, un de ces vers qui attachent aux feuilles d'un auteur célèbre de vilains cocons fort répugnants ; enfin, ce que l'on appelle un commentateur. Il prétend en histoire, en belles-lettres, en philosophie, et il est, comme les auteui-s qu'il commente avec prédilection, hostile en toute rencontre à l'église catholique; singulièrement ennemi des moines, des religieuses, de la charité qu'il ne pratique guère, de la piété qu'il ne comprend point. 11 dit là-dessus des choses qu'à la Chambre on admire sur presque tous les bancs. Dans son pays, médiocrement estimé ; en tous lieux, fort peu digne d'estime ; chargé d'une couronne d'aventures anacréontiques telle qu'eu peuvent porter ceux qui n'ont plus de cheveux. Avec tout cela, l'homme de France le plus assuré de voir renouveler le mandat qui le fait, pour sa part, l'arbitre de nos destinées. Pourquoi? C'est qu'il a beaucoup de créanciers et pas le sou. Or, ces créanciers, voulant prouver qu'ils ont leurs jours de bon sens, raisonnent de la sorte : Député, il peut nous servir, et attraper pour lui-même quelque traitement sur quoi nous recevrons des à-compte. Mais que notre abandon le réduise à ses talents et nous à sa conscience, c'en est fait, tout est perdu. Qu'il soit donc député.
11 y eut dernièrement en province un procès de commerce des mieux assaisonnés. Certains importants per-
sonnages étaient, non sans quelque motif, accusés de certaines opérations qui paraissaient au premier aspect passibles d'un peu de galères. Parmi les inculpés figurait un député de l'opposition, car il leur arrive aussi de ces aventures. On fit belle dépense d'avocats. Un orateur estimé du côté gauche vint défendre son confrère. Par une rencontre aimable, cet orateur avait contre lui, dans la cause, un autre matamore de tribune, tout fraîchement renversé du ministère de la justice. En sorte que l'on vit l'homme, qui deux ou trois semaines auparavant présidait la magistrature du royaume, plaider devant des petits juges de première instance pour obtenir qu'ils condamnassent comme escroc (croyez bien qu'il ne ménageait pas les termes), un de ces représentants de la fleur du pays auxquels, le mois passé, il soumettait comme ministre ce qu'il pouvait avoir de lois à présenter pour l'avancement de la moralité publique. J'aurais trouvé plus piquant que l'ancien ministre, l'ancien chef de la justice, au lieu de parler contre cet homme, parlât pour lui. La circonstance ne le voulut pas , l'homme accusé d'escroquerie se trouvant n'être pas, cette fois, de l'opinion qui venait de perdre le pouvoir. Dits, contredits, répliques et dupliques. Enfin, le patriote, reconnu coupable d'une infraction aux lois de la probité, de la conscience et de l'honneur, mais d'une infraction que le code n'a point prévue, fut acquitté. En conséquence, il garda bel et bien son siège de député qu'il occupe encore au moment où j'écris. L'on dit que son avocat va devenir ministre. .T'aime à croire qu'il votera pour lui, et ce sera du moins une voix que ce ministre aura bien gagnée.
Après les plaidoiries de ce procès mémorable, un avocat des inculpés cherchait son mouchoir. — Bah 1 lui dit