‹ Les libres penseursChapitre 6 sur 12 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

geait à leur table. — Sacrifie, continua le juge, afin d'avoir beaucoup d'amants qui puissent t'enrichir. — Je me suis, dit Afra, dépouillée de ces richesses infâmes, dont les pauvres d'entre nos frères n'ont point voulu.

— C'est en vain, dit Gaïus, que tu regardes Jésus- Christ comme ton Dieu ; il ne voudra point de toi : une courtisane ne peut jamais être appelée chrétienne.

— Je l'avoue , dit Afra, je ne mérite pas d'être appelée chrétienne ; mais Jésus-Christ m'a fait la grâce de m'admettre au nombre de ceux qui croient en lui. — Je te sauverai si tu sacrifies, dit encore Gaïus. — J'ai pour sauveur, dit Afra, Jésus-Christ, qui, sur la croix, promit le royaume des cieux au larron pénitent. — Sacrifie, s'écria le juge plein de colère ; ou je te ferai fouetter en présence de tes amants. — Il n'y a, répondit Afra d'une voix paisible, que le souvenir de mes péchés qui puisse me causer de la confusion et de la, douleur.

Le juge enfin , à bout de séductions et de menaces, lui déclara que, si elle n'obéissait pas , il la ferait mourir. Afra répondit qu'elle désirait la mort , si toutefois elle était digne de mourir pour son Dieu. Et comme Gaïus ajouta qu'il la ferait tourmenter, et ensuite brûler vive : « Que ce corps, s'écria-t-elle, qui a été souillé par tant de crimes , souffre mille tourments , il les mérite ; mais mon âme restera pure, et je n"aurai point offert de l'encens au démon, w Elle fut attachée nue à un poteau , battue de verges et brûlée. Pendant qu'on élevait le bûcher, elle priait ; on l'entendit prier au milieu des flammes , et elle expira en prononçant le nom de Jésus-Christ.

Mets de côté ta passion, tes systèmes et tes livres ,

ô Georges ! J'en appelle à cette meilleure part de toimême, qui t'élève quelquefois au-dessus de tant de misères ; j 'en appelle à ton génie , qui t'a permis souvent de voir, de sentir et d'admirer ce qui est grand, et beau, et pur. Que dis-tu de cette courtisane ? Ne trouves-tu pas, comme moi, qu'elle vaut bien ton Isidora, et que la foi chrétienne s'entend à relever les âmes encore mieux qu'Helvétius et Rousseau? De la courtisane Afra, l'Eglise, qui a aussi ses audaces et ses pardons, et qui se mêle aussi de réhabiliter les pécheresses , a fait une sainte ; elle a conté sa vie, et l'a mise sur les autels. Tu ne manques ni d'effronterie ni de paradoxes, aimable Georges; mais tu n'oserais ni tu ne pourrais proposer rien de tel, en faveur d'aucune de tes amies.

Galupet a fait une critique du roman de Georges. Ce qu'il y trouve à reprendre, c'est qu' Isidora ne croit pas à l'amour. Galupet veut qu'on croie à l'amour. Ne lui dites ni ceci ni cela; il vous répond : Amour ! Il vous dit que la passion ne meurt pas , que la flamme ne s'éteint pas, que ceci , que cela. Or Galupet est un petit chétifqui s'abreuve de sirops ; il n'a pas cinq pieds, il est myope. Que veux-tu faire de l'amour, Galupet >

Georges , dit-il , ne croit pas à l'amour, et yoilà le côté « immoral » de ce rare talent.

Madeleine de Scudéry , la pauvre créature , se laissa bien aller à rimer quelques madrigaux que n'eût pas signés une vestale. Pellisson , dont elle mettait un peu trop le bonheur â la fenêtre , aurait eu le droit de se plaindre ; mais enfin elle était fille, et aussi majeure que laide, et Pellisson n'a rien dit. On n'imprimait pas d'ailleurs ces choses-là toutes chaudes; elles ne paraissaient que longtemps après l'occasion , anonymes , ou sous des noms supposés.

Cette petite bergère penseuse que je n'aime pas, la Deshoulières, fut libre d'esprit et de langue, et laissa courir des pièces gauloises ; mais elle était veuve. Et nulle part je n'ai lu que son mari , quoiqu'il fût mousquetaire et quoiqu'elle fût rondelette et rimeuse, ait eu rien à lui reprocher.

Notre grande et chère Marquise parfois cède au plaisir de conter drôlement à sa fille quelque drôlerie du grand siècle. On aimerait autant à ne pas rencontrer ce pied de bouc dans son livre ; mais d'abord elle ne faisait pas un livre , elle n'imprimait rien, l'admirable femme ! Elle causait au coin du feu, portes closes , valets absents , enfants couchés ; trop parfaitement honnête en tous ses comportements pour avoir besoin de dire qu'elle blâmait ce qui la faisait rire. Si un benêt d'éditeur , qu'on n'ose gronder, n'a point voulu passer

la plume sur ces traits échappés dans l'intimité de l'entretien , et baisser cette guimpe que soulève la rapide course de l'esprit, c'est la faute de l'éditeur, non la sienne. Elle reste chaste et digne p^r ses mœurs, par son génie, par son amour, par sa piété.

L'aimable la Fayette fit un charmant conte , où elle montrait sous une gaze ce qu'il faut, lorsqu'on est femme, laisser derrière les rideaux et derrière les murs. Je n'aime pas qu'une femme peigne l'amour ; mais elle peignait de souvenir. Point de mari, d'ailleurs, pour lui dire : Corbleu ! madame , vous faites voir aux gens des choses qui ne regardent que moi.

Je voudrais excuser la Riccoboni ; car elle a eu du cœur et elle vécut dans un temps malheureux, tout saturé de luxure. Vous savez qu'elle était comédienne, femme d'un acteur qui la négligeait fort et qu'elle aimait extrêmement. C'est à lui que furent adressées la plupart de ces lettres où respire une jalousie si tendre, si vraiment amoureuse. Un acteur qui veut bien que sa femme monte sur les planches, fardée, court- vêtue d'en haut, court- vêtue d'en bas, et qu'elle parle d'amour sous l'haleine du parterre , n'a pas à souffler mot si sa femme ensuite écrit ces choses-là, surtout lorsqu'il l'abandonne, ne lui laissant d'autre pension que son écritoire. Ajoutez qu'elle devint veuve.

Ces exemples me viennent à l'esprit quand j'étudie nos femmes auteurs. Je vois que jadis le mari n'existaiï pas ou qu'il était respecté.

Aujourd'hui une femme bourre de séductions, d'enlèvements, d'accouchements et de doctrines plus gaillardes encore, trois, quatre, dix volumes, qu'elle signe

da nom de son mari vivant ; et même il y a progéniture dans la maison.

Il me semble que, si ma femme signait de tels livres, j'aurais quelque scrupule à signer ses enfants.

Elles font des vers incroyables, où l'on entend rugir la chair la plus endiablée qui fût jamais, ne parlant que d'ivresses, que de transports, que de délires : Aimer, ah!... aimer, oh!... aimer, c'est... Mon sexe ne me permet pas de répéler les définitions et les hennissements de ces dames. J'y renvoie le lecteur, qui verra tout cela signé du nom d'un mari.

D'autres entreprennent une description d'elles-méaies, un tableau achevé, dont l'alcôve forme le cadre : et toujours le nom du mari, comme pour certifier conforme.

Enfin, ce mari en laisse tant passer, que parfois je ne crois plus à son existence. Où le voit-on ? Comment s'habille-t-il ? Que fait-il de sa canne?

Il existe, ce n'est point un mythe. Daumier, en de fidèles peintures, nous le montre berçant les enfants et raccommodant ses chausses. S'il est sot, le talent de sa femme lui plaît ; s'il est làôhe, le talent de sa femme le nourrit. Ce n'est pas que les libraires se battent à sa porte, ni que les chalands se battent chez le libraire ; mais il y a un fonds d'ÏLtat, destiné à encourager les belles-lettres, sur quoi l'on entretient ces muses. Jeunes, elles accrochent une pension, que, vieilles, on leur laisse par pitié. Avec un peu de tournure, elles parviennent à brouter encore quelques palmes dans les jardins académiques. Un mari mal endurant, on le met ù la porte. S'il fait un procès, c'est une réclame. S'il empoi-

gne la pecque et la nantit d'une bastonnade, autre réclame ! et le brutal finit par aller en prison.

Une Corinne, non pas de ces déshéritées à qui l'on peut tout pardonner, et qui boitent dans la crotte, retroussées jusqu'aux jarretières, sous les tristes insignes de la nécessité ; mais une à qui Dieu, la nature- et le monde avaient prodigué leurs dons, intelligence, beauté, fortune, gloire ; une qui, fille a connu son père, mère ses enfants. Pourtant elle est descendue au feuilleton. N'importe; on lui paye ses feuilletons sur un pied masculin, c'est encore un honneur. L'autre jour, elle commença donc un feuilleton, et le dédia pubhquement à sa fille, non pas grandelette, mais femme, au plein de la saison où s'épanouit la fleur d'oranger. Voici la courte dédicace : A Angélique. Mon enfant, cherchons tous deux. Bien, que vont-elles chercher? Une dame paraît ; elle est veuve depuis quelques semaines, et elle reprend des rendez-vous nocturnes qu'elle combinait, avant son veuvage, avec un jeune rustre des environs de son- château. On s'embrasse fort. La dame fait ce qu'elle peut pour décider le paysan à venir se délasser chez elle, à la place- du défunt ; il se refuse. La suite à demain. Voilà ce que trouve Angéhque guidée par sa mère, dès le premier numéro.

Gardons-nous du rigorisme! Mais en vérité, cette

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éducation maternelle n'est-elle pas un peu risquée? N'est-ce pas là un étrange joyau que l'on ajoute à la dot d'Angélique ? •

Des livres de Sosthénie , je tire cette impression , qu'elle a toute sa vie désiré l'amour d'un scélérat, et n'a pu jamais obtenir que le caprice des drôles.

Dans les livres de ces dames, qu'ils soient écrits pour le commun peuple ou pour les législateurs, l'amour est la loi première et même la loi unique, contre quoi rien ne prévaut, ni l'autorité du père, ni le droit du mari, ni l'intérêt des enfants, ni la volonté de Dieu. Il y a deux individus qui s'aiment , et qui doivent s'appartenir. Périssent tous les règlements, tous les codes, tout le fondement des sociétés humaines, et que Margoton, femme de Jean, puisse habiter en paix avec Pierrot, mari de Toinette! Elles vous prouvent cela de toutes les manières, et vous ne trouverez pas une objection à leur faire que ces charmants avocats n'aient cent fois tefutée dans les cent plaidoyers qui remplissent leurs

cent volumes. Et vous êtes des tyrans, vous êtes des lâches, vous êtes des athées et des brutes, si vous n'en passez pas par leur avis. Elfes sont fondées sur la raison, sur le droit, sur l'histoire, sur la philosophie, voire sur l'Evangile : l'Evangile primitif, bien entendu , celui que les jésuites n'ont pas falsifié.

Macette l'avait dit sans y mettre tant d'appareil, et voici son discours prononcé ex cathedra, tel que Mathurin Régnier le rapporte :

Ma foi, vive l'amour, et brcn pour les sergents!

Cherchez une meilleure épigraphe à certaines œuvres complètes.

Ne vous étonnez pas trop pourtant qu'il se fasse de pareils livres, ni que ce soient des femmes qui les écrivent, ni enfin que, les ayant écrits , elles aient l'audace lamentable de les signer, en y attachant un pseudo- . nyme transparent et effronté comme tout ce qui les couvre. Ces excès, fréquents aujourd'hui, ne furent- jamais rares ; à toutes les époques, on a vu sur le théâtre du monde quelques-unes de ces héroïnes ardentes à décrier la société qui les rejette et les devoirs qu'elles ont trahis. C'est une vengeance, c'est un rôle, c'est une pamre, c'est un défi. En général, les cyniques sont des

repris de Justice : il y a des repris de justice de plus d'une espèce ; tous ne vont point au bagne, et n'ont point passé par la langue des gens du roi.

L'ordre des sociétés est éternel , parce qu'il est établi sur un fondement divin. Nul ne le transgresse impunément. A défaut des lois que , par pudeur ou par clémence, un honnête homme outragé ne veut pas invoquer, l'opinion s'arme et sévit. Vingt maisons respectées défendent leur seuil à des pieds désormais souillés d'une boue indélébile. On n'est pas enfermée aux Madelonnettes , mais il est une autre prison , infranchissable quoique sans murailles. On tombe, de toute la hauteur d'une situation légitime, dans la cohue des gens d'aventure. C'est là qu'il faut attendre , aujourd'hui sur les fleurs suspectes de la galanterie, demain sur la claie du dédain , une seconde justice , certaine , impitoyable, et qui ne sera pas la dernière : le Temps vient flageller et flétrir les femmes déchues , en leur mettant au frpnt ce qui commande ailleurs le respect : des rides et des cheveux blancs. Que faire alors ? Gémir? Prier? ,Mais tant d'ardeurs réprouvées ont tari la source sainte delà prière et des larmes. Se taire? Mais si l'on avait pu se passer d'occuper le monde , on serait restée , paisible ou combattue ; sous l'abri domestique. On fait des livres , des livres impies et obscènes; on dévoue à la risée ignorante et partiale d'une troupe de bohémiens , mâles et femelles, toutes les vertus qu'on n'a pas, toutes .les auréoles qu'on a perdues, toutes les existences qui ont gardé l'honneur au sein des devoirs dont on a voulu s'affranchir. Sans talent , sans verve , avec une fureur morne , on épanche, ^ur des pages destinées au mépris, et le flel

d'une âme gâtée, et la fange d'une corruption incurable, et les chimères d'une sensualité vengeresse. On demeure altérée de beauté, de jeunesse, de louanges et d'amour; mais il n'y a plus de jeunesse, plus de beauté, plus d'amour ; il n'y en a plus , il n'y en aura plus : il faut se réduire à l'encens déjà railleur des cuistres et à l'abjecte flatterie des parasites. Pauvres créatures! Se peindre en beau, comme si on ne les voyait pas! Sourire et chanter comme si cette voix fêlée et ce triste visage ne mentaient pas au sourire et à la chanson ! Entreprendre de flétrir celles qui ne leur ressemblent point ; marquer d'ignominie la piété, la simplicité, la droiture, la bonne réputation !... Elles oublient une chose : pour déshonorer une femme , il faudrait qu'elles eussent raison de Cure : Celie-ci est pareille à moil

Vois-tu, m'a dit Bernard, cette belle fille aux airs nonchalants qui balaye de sa robe de soie les dalles du boulevard , et qui jette un regard si fier sur les habits un peu fanés de ma femme ? C'est la muse de Jacquinet, poëte du banquier Lavache. Elle a dans le monde un mari qui meurt de fatigue et de tristesse , et un enfant que les voisins font élever par charité. Enfant et mari, elle a tout quitté pour être la première à jouir des vers de Jacquinet, qui est chassieux et bête. Son mari est honnête homme , plein d'esprit et de cœur , et son

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enfant le plus Joli du monde. Mais on ne lui laissait voir que des gens de bien , et elle voulait- s'abreuver de poésie. Elle est donc partie un soir , ne se trouvant pas faite pour soigner un malade et un enfant. Elle est à Jacquinet aujourd'hui, elle sera demain à Godard, et bientôt à toute la rédaction de la Sauterelle-, ensuite elle tombera dans le domaine public , où elle sera régalée de plus de coups de pieds qu'elle n'a maintenant de cheveux ; mais il faut bien payer la gloire d'avoir inspiré Jacquinet. Pendant qu'elle traîne des robes de soie sur le pavé, nous allons voir son fils, qui n'aurait point de bas et point de chemise, si ma femme ne prenait soin de les raccommoder. Elle le sait, et elle ne craint point de parler de nous devant les amis de Jacquinet : elle dit que nous sommes des cagots ; elle nous méprise.

Pécora est aimable, jeune, riche, belle, bien née;, elle s'empoisonne ; mais, voulant conserver l'estime du docteur Blanchard, elle lui laisse sa confession, où elle se déclare athée, adultère, incestueuse, républicaine, suicide, et je pense même, infanticide. Le tout, bien entendu, par la faute de la société ; car elle est douée « d'un caractère invinciblement porté au bien. » Voilà le morceau ; reste à connaître l'assaisonnement. Quel art saura donner une idée de ce ragoût .-' Il a révolté des habitués de la Presse ! Je crains aussi très-fort de ca-

resser une vanité monstrueuse. Ces pauvres petits chanteurs qui s'égosillent là-bas dans les marais du feuilleton, que veulent-ils? Qu'on les nomme. A défaut d'un applaudissement, ils se gonflent d'une huée. Ils sont cinquante, occupés à barbouiller de blasphèmes les plus augustes choses du monde ; cinquante dont les honnêtes gens feraient le bonheur s'ils consentaient à les combattre. Pourquoi les combattre ? Leurs charbonnages durent peu : les plus solides ne tiennent guère jusqu'au soir. A tout risque cependant, Je veux m'arréter à celui-ci, et m'en servir pour noter l'étiage du romanfeuilleton. Vous êtes averti,- lecteur; éloignez les enfants.

Malgré son pseudonyme masculin , l'auteur est femme, ou plutôt il est du sexe et de l'école de George Sand. Cela peut-il s'appeler femme ? Du reste, mêmes sentiments, même fécondité, même audace, même légende ; il n'y manque que le talent. Quand, par hasard, George Sand oublie cette rage de banni qui l'irrite ordinairement contre la société, il sait encore former avec art des bouquets de fleurs pures, cueillies dans les parties saines du cœur. Rien de semblable à espérer de ce plat Sosie. Aucun instinct, aucun art : à peine du métier. Un méchant style «ec, mal attifé de guirlandes artificielles, qui se traîne eahin-caha sur tous les chemins battus par le sabot du feuilleton à quinze francs • une rancune de bourgeoise séparée de corps, une poésie de saute-ruisseau, une politique de réfugié, une philosophie d'universitaire. Le» vieilles rubriques de composition, les sophismes archifanés , les lieux communs refuis des muses provinciales, sont là, ramassés par bot-

tes. L'auteur dénonce ses maîtres, comme la perruche dénonce le sot qui l'instruit. A chaque ligne percent la femme de lettres et la liseuse de romans. Fi ! le vilain museau ! Pour moi, rien ne m'indigne autant que cette servilité de ces prétendus esprits forts, toujours au-dessous de la morale, toujours au-dessous de la pensée. Plagiaires de l'ignorance et du vice ! Ce n'est point la passion qui les emporte, mais le mal qui les séduit. Non pourtant que la passion manque à notre auteur; il en a une, qui éclate partout : il hait. La religion, le mariage, les grands parents, l'ordre, la société, la noblesse, telles sont les limes qu'il mord. Si j'avais un conseil à lui donner, ce serait de haïr encore sa haine. Condamnée à grimacer dans une perpétuelle impuissance, cette haine lui fait plus de tort que tout le reste ; elle est trop odieuse et ridicule.

Il s'agit donc d'une confession. L'héroïne commence par déclarer qu'elle va se tuer, parce que « la mort, c'est la délivrance. » Le gros badigeon s'étale dès la première ligne. Pécora conte ensuite ses disgrâces. A sept ans, un homme an ton brusque l'arrache des mains d'ime femme très-pâle, et la remet à un homme singulièrement vêtu de rouge, qui descend les escaliers avec une extrême vitesse, et la dépose dans une belle voiture, sur les genoux d'une dame qui lui sourit avec infiniment de douceur. Plus tard, elle a compris que cette femme très-pâle avait dû être sa mère^ la comtesse de G***, laquelle, éprise du médecin qui avait soigné le comte de G*"* durant sa dernière maladie, a voulu l'épouser malgré deux familles indignées d'une telle w.ésalliance . L'homme au ton brusque, c'était le méde-

cin lui-même ; et l'homme rouge, un laquais du marquis de G"*, qui adoptera Pécora, si sa mère consent à ne la revoir jamais. Soulevez-vous ici contre l'orgueil patricien, qui ne craint pas de ravir Pécora à une telle mère, et surtout à un tel beau-père. Ce beau-père, ce médecin vainqueur, ne paraît que pour dire à la mère de Pécora, en lui montrant le laquais rouge qui vient chercher sa till^ : « Lucy, ne faites donc pas attendre monsieur. » Voilà qui peint le goût de la ci-devant comtesse de G***^.

Pécora est placée au couvent, où elle est l'objet d'égards particuliers . Le jour de la première communion, l'aumônier du couvent lui donne avis de plaire à son oncle , qu'elle ne connaît pas encore ; sinon elle sera réduite à s'enterrer religieuse. Ce prêtre tenait sans doute à ce qu'elle fît sa première communion aussi mal que possible. En effet, elle se mire, se trouve belle, songe beaucoup à son oncle, point du tout à Dieu. Bien que disposée à s'empoisonner au moment où elle écrit, elle ne manque pas de faire ici une description de I personne, avec cette aptitude de maquignon et de marchand de Circassiennes qui est le triomphe de nos romanciers des trois sexes : « Deux grands yeux bruns 0 surmontés de deux sourcils bien arqués, comme tra- « ces au pinceau sur un front haut et fier, d'une blan- « cheur éblouissante ; » item : « un nez droit, une le- « vre un peu pâle, mais dont les lignes étaient d'une i « grâce parfaite ; » item : « deux rangées de dents du « plus pur émail ; » item : a une chevelure dont les on- <f àes épaisses cassaient tous les peignes. »

Elle plaît, on la retire du couvent, la voilà chez son

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oncle, où elle voit beaucoup de grands seigneurs, honnêtes gens, mais « valets, » dit-elle, jusqu'au fond de l'âme, et parfaits imbéciles, ne s'occupant que de rhumes et de pâtes pectorales. Un soir, dans ce cercle de momies, entre un vieillard qui avait dû être fort beau, et qui est encore très-propre. C'est le comte d'I***. On signifie à Pécora qu'elle va l'épouser. Elle n'y prend niplaisir ni peine, et son mariage est bâclé sans que personne lui dise un mot de ses nouveaux devoirs. Malgré « les égards particuliers » dont elle a été l'objet au couvent, et malgré les idées pieuses qui régnent dans la maison de son oncle (il faut que ces bonnes gens soient pieux pour être si bêtes), il ne paraît pas qu'elle songe à se confesser avant d'aller à l'autel. La mairie, l'église, le festin, assomment cette fille de la nature. Elle ne considère pas que les gens qui ont établi les usages solennels dont elle se plaint ne se inariaient guère qu'une fois , et ne comptaient pas renouveler ce passe-temps tous les quinze jours.

Pécora pousse jusqu'au lendemain la description de ses noces : elle use de ses privilèges de femme. Je ne suis qu'un homme ; je m'arrête devant des détails immondes, invraisemblables par-dessus tout, et puisés, je pense, dans quelques souvenirs de littérature prohibée. Cette conjecture n'a rien d'injuste. A son réveil, Pécora a brisée » visite la bibliothèque de son mari. Il eût !( été difficile, sur ces rayons où les goûts dépravés d'un « vieillard licencieux avaient réuni, comme à plaisir , « les ouvrages obscènes, de rencontrer un livre hon- « nête : celui que j'emportai devait en peu d'heures « m'apprendre ce que dix années ol'unç vie de déborde-

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« ment ne m'eussent pas mieux enseigné ^eut - être. » Il lui plaît de nous dire qu'à plusieurs reprises le livre lui tomba des mains ; mais cette horreur ne l'empêche pas d'achever jusqu'à la dernière ligne ; et c'est ainsi que , sans transition ni ménagement, elle se vit iHitiée à toutes les turpitudes du vice. Je m'en doutais.

Il lui reste néanmoins quelques leçons à recevoir. Le comte y pourvoit, en lui faisant connaître une cousine à lui, la vicomtesse Rosane : « Quon se figure une « taille souple comme un jonc, un teint d'une blan- <c cheur et d'une transparence incomparables, une phy- « sionomie,etc., où, etc., des traits, etc., des yeux bleus, « etc., une bouche, etc., un cou, etc., des boucles do- « rées dont, etc., une main et un bras que la statuaire « eût donnés à Vénus, un pied divin, un organe mé- « lodieux, qui rendait les plus exquises nuances du « sentiment : telle était Rosane. » — « Je suis passable- « ment pauvre, dit-elle à Pécora. Mon mari, que j'ai « planté là au bout de deux ans de mariage, parce qu'il « m'ennuyait à mourir, ne me donne que la moitié des « revenus que je lui ai apportés ; c'est tout simple, et je <c ne lui en veux pas. Pauvre cher homme ! il n'a en « vérité , aucune bonne raison pour payer jna coutu- « rière et mon tapissier. » Que dites-vous du langage de madame la vicomtesse? Pendant que Rosane lui tient ce premier discours, Pécora examine son ajustement , et nous le décrit en beau style de revendeuse : « Elle était vêtue d'un peignoir blanc très-transparent, « négligemment noué par une longue ceinture. Les « manches, larges, relevées et rattachées par une agrafe « formée d'une seule belle perle, découvraient l'avant-

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a bras avec une coquetterie inimitable. En guise de « bracelet... » Vous en avez assez ; mais Pécora n'a pas fini. Rosane fait glisser un pan de velours , qui laisse voir une figure en marbre blanc d'une grande beauté : V Regardez cela tout à votre aise , dit-elle ; c'est une « Flore entrant aux bains , ou plutôt , pour ne pas af- « fecter de fausse modestie, c'est mon portrait , sculpté ' « à Florence par le célèbre Bartolini. »

Pour ne pas affecter défausse modestie ! Cette naïveté de courtisane est la seule chose un peu jolie qui se trouve dans l'œuvre.

Pécora est émerveillée, non du propos, mais du portrait : « Je n'avais vu au couvent que des figures affa- « dies de saints et de saintes emmaillottées jusqu'aux « yeux. C'était la première fois de ma vie que je voyais « une œuvre d'art sérieuse; j'eus envie de me proster- « ner. « Et elle daguerréotype Rosane en costume de bain. Nous avons eu tout à l'heure le pied et l'avantbras ; elle nous donne cette fois le bras tout entier, la jambe et le « torse ».

Les principes de Rosane sont dignes de sa statue. « -Vous avez un vieux mari, dit-elle à Pécora ; c'est un « grand avantage. Sa jeunesse n'a pas été celle de Ca- « ton ; il est terriblement usé, mon cher cousin, et, le « mariage aidant, je ne lui donne pas beaucoup de « temps à vivre. Vous serez veuve avant peu ; c'est la « seule position souhaitable pour une femme de qualicc té. Mais, d'ici-lù, il faut être prudente. » Cette Ro-

sane vous semble une franche gredine? Détrompez-vous. C'est un modèle d'esprit, de grâce, de vraie vertu, de piété même, et le seul personnage du roman, après Pécora, qui fasse honneur au faubourg Saint-Germain.

« Rosane était tout à la fois une organisation ar- « dente et un esprit sensé. La bonté, la franchise, la « gaieté, faisaient le fond de sa nature, et, dans une « vie de galanterie perpétuelle , la préservaient de « tout avilissement. Un certain penchant pieux lafai- « sait aller régulièrement aux» églises, où elle priait de « bonne foi, comme une vraie Italienne; un vénérable « prélat, l'ayant connue tout enfant, continuait à la « confesser sans lui donner l'absolution, mais tenait « pour assuré et proclamait partout qu'à un jour pro- « chain elle rentrerait dans la droite voie. » Il ne faut donc pas s'étonner si Pécora, invinciblement portée au bien par caractère, fréquente assidûment sa précieuse cousine : elle en reçoit de si bons conseils!

« Sachcz-le, Pécora, ce n'est pas la vertu qui fait les « réputations désirables; c'est le savoir-vivre. Quel- « ques femmes, en ce temps-ci, où la dévotion est de « mode, sacrifient à cette chimère d'une vertu intacte, « renoncent héroïquement à l'amour et à tout ce qui « pourrait en avoir l'apparence ; erreur grossière, V. dont elles s'aperçoivent trop tard ! » Règle générale : « Les femmes qui ont méconnu l'amour, comprenant « qu'elles ont irrévocablement per<iî/ leur jeunesse, se « jettent à perte d'haleine dans Vexej'cice de la médi- « sance... Le bon Dieu n'a pas si mauvais goût que de « choisir leur compagnie pour toute l'éternité, soyez-en « sûre. » Foi de Rosane! Pécora n'a garde d'y contre-

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dire ; cette morale lui revient assez, et elle accepte une invitation à souper que Rosane lui adresse en ces termes : « Vous verrez réunis à la même table mes amants « passés, présents... et futurs; Je n'en trompe aucun, « et ils vivent tous dans la meilleure intelligence... » En effet, une douzaine de cavaliers arrivèrent. Description du souper. Les propos furent lestes, mais point indécents, et personne « ne se départit à'un comme il faut suprême. » O écrivain comme il faut ! u femmes de qualité!

Je passe des scènes où reparaît le vieux mari : aucune plume ne saurait désinfecter ces tableaux. Suivons Pécora dans le château solitaire qu'elle obtient d'habiter, toujours innocente, mais malade de dégoût.

On sait que toutes les Ninons créées par le génie de nos libres penseuses sont pour le moins bachelières èslittérature, sciences et arts. Pécora ne manque pas ce ridicule. Un endroit ineffable nous la montre cultivant Homère, Platon, Eschyle, Dante, Shakspeare, la botanique et l'astronomie. L'étude étend ses horizons intellectuels!!! Peut-être va-t-elle apprendre à rectifier son léger français, quand, par malheur, Ferdinand de B. se présente. L'état civil de ce gentilhomme est défectueux. Dans le fond, il est le fils du comte, Pécora est sa belle-mère ; mais elle croit n'être que sa tante. Au bout de deux semaines, elle veut l'emmener à l'étranger. C'est ainsi seulement qu'elle prétend désormais étendre ses horizons. Hélas! infortunée Pécora! sa belle âme s'est trompée : Ferdinand est un être faible. Il refuse d'aller plus loin que le grand Saint-Bernard. Quand son aimaole tante lui propose de gagner Naples

et Athènes, il sue : « De grosses gouttes de sueur. « mouillaient ses joues. — Tu veux donc faire ae moi « un infâme? s'écria-t-il : tu veux donc que je trahisse « mon oncle? » Ce qu'il y a de plaisant, c'est que l'auteur ne rit pas du tout. Sérieux comme un mulet.

Mais, en ce genre de comique, rien ne vaut le récit des derniers moments de Rosane. Pécora, voyant trop que le lâche Ferdinand ne se laissera pas enlever, revient à Paris. Elle y retrouve sa cousine, toujours belle, toujours bonne, plus pieuse que jamais. Comme plusieurs mois se sont écoulés, Rosane aurait besoin de mettre une allonge à sa table ; mais en Italie, où elle vient de passer une treizième lune de miel, « monseigneur Prosperi » lui a donné un chapelet de lapis, en lui recommandant de le porter toutes les nuits, et de ne pas manquer à dire l'Angelus du soir : moyennant quoi, tous ses péchés lui seront remis comme à Madeleine. Aussi est-ce avec une paix profonde que, malade et se sentant mourir, elle demande à se confesser. Profitons de l'occasion pour savoir comment rêvent de mourir ces dames, quand par hasard elles croient en Dieu. Elles sont calmes, charmantes, vous ne leur donneriez pas vingt ans ; et elles ont une toilette in articula mortiSf que voici : « Peignoir brodé garni de « dentelles, cheveux nattés avec une sorte de coquette- « rie sévère, sous un voile blanc qui tombe des deux K côtés de la poitrine, à la manière italienne ; un long a cachemire blanc sur le lit, en guise de couvre-pied : a au cou, un chapelet de lapis ; au chevet du lit, une image de la Madone. »

On sait que Rosane, depuis son enfance, est pour-

vue d'un confesseur en titre, l'évêque de... A l'arrivée de ce bon prélat, Pécora s'éloigne. Il lui fait signe de revenir.

« Madame désire que vous entendiez sa confession, « me dit-il à demi-voix. Je m'agenouillai près du lit, « et tous trois nous fîmes le signe de la croix. Le prê- « tre lui demanda si elle était restée fidèle à la croyance « catholique, apostolique et romaine. Pour toute ré- « ponse elle lui montra, en souriant, son rosaire et l'i- « mage de la Madone,

« Puis il lui demanda si elle avait au cœur quelque « pensée de haine, si elle n'avait pas quelque ennemi « avec lequel elle dût se réconcilier. Elle sourit encore « d'un sourire angélique.

« — Mon père, dit-elle alors, je n'ai point d'ennemi, « je ne sais ce que c'est de haïr ; j'ai aimé (treize fois « au moins), j'ai été aimée; si j'ai péché, j'ai fait peut- « être aussi quelque bien. On me connaît, reprit-elle, (c chez les pauvres : à l'heure qu'il est, bien des cœurs « affligés, bien des mains innocentes, s'élèvent vers « Dieu et lui demandent mon salut. Il faudrait que le « Créateur fût moins pitoyable que sa créature, pour « rejeter de telles prières.

(( — Je vais vous donner l'absolution, dit le prêtre. « Promettez à Dieu que, s'il vous rend à la vie, vous K renoncerez aux amours coupables...

« Elle n'entendait plus. Je ne sais ce qui me poussa or à répondre pour elle. — Je le jure, murmurai-je..'. y»

N'est-ce pas joli ? Mais il y en a encore :

« Soit que le prêtre n'eût pas vu qu'elle n'avait pas a remué les lèvres soit qu'il se trompât à dessein, il

a étendit sur ce beau front, voilé déjà des ombres de la « mort, sa main bénissante. Quatre heures après, Rote sane avait cessé d'exister. »

Perte sans doute inestimable ! Pécora en est si touchée, qu'elle se dégoûte enfin de vivre, cette pauvre innocente ! Rosane n'est plus : qui saura maintenant la conduire dans les voies de la sagesse et du bonheur? C'est pourquoi elle est venue à la campagne, munie dune fiole d'opium destinée à l'endormir du dernier sommeil. Elle n'a qu'un regret : c'est de ne pouvoir s'offrir en sacrifice à la patrie : « Saurais aimé, dit-elle, à monter sur l'échafaiid pour une gi'ande cause. » Vous êtes trop ambitieuse, ma charmante. Peste! l'échafaud!... Vous n'avez droit qu'aux Madelonnettes.

Voilà l'esquisse d'un roman de dissidente ; et ce roman n'est pas pire, après tout, que cent autres qui viennent de semblables mains. L'exécution en est autant maladroite que la pensée en est coupable. Tout se tient à une égale distance des lois de l'art, des lois du langage, des lois du bon sens, des lois de la morale, des lois du monde. Comment cette Pécora prouve-t-elle que la société l'a perdue ? Quelle apparence de vérité sait-elle donner à son sophisme? Quelle trace, dans toutes ses actions, d'une aspiration vers le bien ? Quel combat pense-t-elle à soutenir, quel effort lui voit-on faire pour échapper à la dégradation ? Elle n'a de sympathie et d'admiration que pour Rosane, qui est une dessalée. Mais le lecteur me condamnerait d'insister sur ces platitudes, et je devrais demander pardon à la classe d'honnêtes gens que l'on veut spécialement atteindre, si je la défendais contre des insultes absurdes et trop vi-

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siblement intéressées. Je n'écris pas dans ce dessein ; je ne me propose même pas d'infliger à l'Auteur une punition probablement inutile. Je sais d'où viennent de pareils livres. Le cynisme est une plaie faite par le remords, cette arme que la justice divine emploie lorsqu'elle veut frapper sans guérir. Quand ce signe éclate, il faut déposer toute colère ; l'arrêt est prononcé, la pitié a le droit d'imposer silence au mépris.

Je relève le moins scandaleux de ces misérables pages, simplement pour faire apprécier le caractère général du roman-feuilleton et le caractère particulier du journal où ce chiffon a traîné durant cinq jours. Notez que c'est le journal du progrès, et le plus échauffé à restaurer la renommée compromise du parti conservateur. L'article politique s'écrie: Où allons-nous? et fait des tirades contre le désordre moral, tandis que le feuilleton chante ces ritournelles abjectes. Je connais l'ingénuité de Cafre qui règne en ce lieu. Il se peut que le directeur des feuilletons soit fort étonné du scandale que fait la confession de Pécora ; mais cette ignorance même, entretenue par la fidélité de trente mille abonnés, constate la pire et la plus irrémédiable corruption du temps. Le feuilleton est une gangrène. Que peuton espérer du pays où trente mille individus, trente mille chefs de famille, vont payer au bureau d'un journal le plaisir de recevoir tous les matins à domicile l'apologie et la glorification des femmes de mauvaises mœurs i

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