‹ Les libres prêcheurs devanciers de Luther et de RabelaisChapitre 17 sur 24 · ES DÉTAILS DE MOEURS DES VIEUX SERMONNAIRES · texte numérisé non relu

ES DÉTAILS DE MOEURS DES VIEUX SERMONNAIRES

UAND on parcourt les pénitentiels du moyen âge, on est frappé tout d'abord de la minutieuse précaution avec laquelle sont dressés ces sortes l examens préparatoires, à l'usage des pénitents ;lirétiens. De la peccadille jusqu'au crime, les 'L:helons sont scrupuleusement remplis, rien !.>• manque; on pourrait même dire que ces y^moranda du confesseur et du confessé sont lucoup trop complets, si l'on ne réfléchissait i la naïveté d'impudeur de certaines périodes 1: -toriques du passé. Il y avait danger pour l'inl'cence à s'aider de ces répertoires de vices, m entés par un excès de zèle incompréhensible

aujourd'hui Non-seulement tous les péchés y étaient rassemblés avec leurs variétés infinies et i leurs sommités monstrueuses qui nous semblent à distance d'impures fantaisies, mais encore les ' intentions, les pensées, les désirs, les rêveries même les plus involontaires y faisaient l'objet' d'aveux possibles de la part de Tâme humiliée ' " dans Tombre du confessionnal, et de questions f particulières à adresser par le juge de ce tribu- é nal intime.

Or, si l'on songe que nulle personne vivante, | si haut ou si infime que fût son rang sur la I terre, n'échappait à cette enquête sans réticence [ et sans voile des passions humaines; si l'on pense \ que ce procès à huis clos des faiblesses mondai- 1 nés s'instruisait patiemment, à l'écart, à demi | voix, sous l'impression fascinatrice de croyancesterrifiantes, c'est-à-dire de manière à donner uni résultat de vérité que nul inquisiteur religieux | ou civil n'atteignit jamais, on comprendra qu'aucun écrivain n'ait pu nous transmettre aussi exactement le portrait des vieux siècles, que ceux dont l'oreille était sans cesse ouverte à leurs plus inavouables secrets.

Ce dernier chapitre pourrait donc à lui seu' composer un volume plein de piquants renseignements que ne donne pas l'histoire, avec ses

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illures officielles et guindées. A chaque pag-e ies vieux sermonnaires, ces reflets du confessionlal et du foyer d'autrefois, on découvre les traces ies vices particuliers aux époques où leurs auteurs ont vécu. Brutalités, rapines, jurements, blasphèmes, fraudes, appétits désordonnés etfé- 'oces, excentricités publiques et privées des orinces, des prélats, des clercs, des juges, des ?ens d'armes, des marchands, des nobles et des 7ilains, tout y a sa part de critique et son feuilet séparé. On y trouve des indications de costunes, des descriptions de jeux, des particularités professionnelles, des marchés d'amour, et juslu'à des recettes cuhnaires comme celles contemes dans le Quaresme allégorie réimprimé à ~'aris en 1565.

Ce dernier aspect de peintres de mœurs, fidèes et consciencieux, complétera la physionomie riginale des libres prêcheurs, et sera le dernier )oint de vue de l'examen dans lequel l'extrême ntérèt de leurs œuvres nous a irrésistiblement ;ngagés.

La piété est une vertu proverbialement acquise L la mémoire de nos aïeux ; il serait diiBcile de nettre en doute leur robuste dévotion. Mais de luelle nature étaient cette piété et cette dévotion? ^ous avons déjà pu nous apercevoir qu'il y avait

bien de la superstition et du paganisme dans leur fait. La Pragmatique Sanction nous a appris que les églises servaient à une foule d'usages au; moins profanes : on y faisait des mascarades sacrilèges, on y jouait des pièces de théâtre souvent très-décolletées, on y dansait, on y sautait, on y mangeait ; et pourtant ce n'est pas encore ■ tout ce qu'on y faisait. Ecoutez ce que dit sur ce point le vénérable Pierre de Verceil, de l'or- i dre des frères mineurs, qui prêchait en Italie au j commencement du quinzième siècle.

« Quelques-uns viennent à l'église pour regarder, quelques-uns pour acheter, d'autres pour y chanter, ceux-ci pour y jouer^ ceux-là pour y danser ; mais ce qui est pire encore, il s'en trouve qui viennent dans le lieu saint pour y pratiquer leurs fornications dans l'ombre, ut ex hoc preciosum Christi corpus et sanguis fiât rufianus fornicantium. En 1405, il arriva à Lodi, pendant qu'un moine de notre ordre prêchait dans la cathédrale, un jour où l'on fêtait la Vierge Marie, qu'un ribaud et une ribaude quidam ribaldus et ribalda, furent surpris en flagrant délit de luxure, derrière l'autel de Saint-Catherine. 0 libertinage effréné I ô diabolique génération l facere de templo Dei prostibulum /.... Quiconque violera le temple du Seigneur sera perdu pour*

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