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un tel crime. Peut-être dôit-ou expliquer cela à la lettre, peut-être de telles femmes seront- elles perdues en accouchant, in partu. » {Sermo xxxiii Çuadrag.)
a Si les murs des ^g-lises avaient des yeux et des oreilles, s'écrie à son tour Olivier Maillard, je crois qu'ils nous conteraient de merveilleuses choses. 0 pauvres prostituées, vos ostenditis vu!tum vestrum et facitis ibi vestras infâmes locutiones et signa impudica etlnhonesta. » ( Fol. lXxu, édil. de 1526.) Ailleurs le même Maillard s'étonne que les saints, dont les reliques se trouvent dans les églises ainsi profanées, ne sortent pas de leurs châsses pour arracher les yeux aux paillardes et à leurs ribauds. Au sermon xxvi de l'éd. de 1513, il parle de celles qui portaient les noms de leurs meilleurs amants dans leurs Heures « in Horis suis suorum amansiorum nomina, utpote : vostre loyal, vostre mignon^ vostre serviteur, vostre trétoul, filia dyabolica ! »
Cette dernière coutume est plus élégante et moins coupable, il s'agissait ici de pécheresses d'un ordre plus élevé. Dans la citation suivante, Menot va nous décrire avec son langage hybride la tenue des gentilshommes à l'église. H s'agit d'abord de la généralité : « Est ecclesia, tamea vous en faictes vestrum lenonem. Si une truande
velit facere mercaturara cum adultero dicit illi : — lavenietis me in tali ecclesiâ à telle heure, et tune loquemur de negocio. Aussi en prenant de l 'eau bénite ne vous prend-il pas envie de rire en pensant à de telles dissolutions et dérisions ? » Puis venant immédiatement aux gens du grand monde il ajoute : « Si ma dame sit in ecclesiâ et « arrive ung gentillatre, tune oportet quod do- « micella, pro manutendo consuetudines nobi- « lit^tis, surgat in medio populi, omnibus Deum « laudantibus , et sacerdote habente corpus « Christi super altare, vadit et osculatur eam « bec-à-bec. Ad omnes diabolos talis modus fait ciendi, et etiam la manière et la coutume post « quam sit Deo talis irreverentia ! » {Sermon ii « après le é' dimanche du Carême.) »
Quant à l'observation du dimanche et des fêtes, elle était bien loin d'être aussi rigoureuse quelle l'est à présent à New-York et à Londres. « Quomodo festa servantur (dit Menot au sermon suivant)? les boutiques sont ouvertes et dominicis diebus et festivis, lupanaria sunt publica, et generaliter transgredimiiii precepta Dei et Ecclesiae. »
Il faut du reste avouer, à la décharge des paroissiens, que le clergé du temps ne prêchait guère d'exemple; nous avons déjà écorné ie
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sujet du relâchement ecclésiastique, dans le chapitre des princes de l'ÉgUse ; mais le clergé inférieur ne le cédait guère à ses chefs; les sermonnaires sont remphs de détails presque incroyables sur ce scabreux sujet: il n'y a vraiment que l'embarras du choix. Et d'abord de quelle nature était la vocation divine qui comblait les rangs du sacerdoce? On répète souvent parmi nous que le clergé se recrute maintenant dans les rangs des pauvres de fortune et des pauvres d'esprit; que la faiblesse du corps et la difformité décident les pères à consacrer à Dieu leurs enfants disgraciés. Ces plaintes supposent qu'on agissait tout autrement dans le bon vieux temps. Guillaume Pépin va nous répondre à ce sujet.
« La multitude d'infirmes languissants, aveugles, boiteux et paralytiques qui, dans l'Evangile de ce jour, sont dits attendant le mouvement des eaux de la piscine, nous désigne la multitude de ceux qui sont à la lettre viciés de corps, comme boiteux, bossus, borgnes et autres de ce genre, utpotè claudl, gibbosi^ monocuH et hujiismodi, qui, à cause de cela, sont par leurs parents placés dans les charges del'EgUse, surtoutquand ils sont de bonne maison, quia viles essent in sxculo et inapti ad malitlam. » (Feria sexta i)Ost
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prim. dom. Quadrag.) Olivier Maillard confirme ainsi ce témoignage dans son treizième sermon de redit, de 1526 : «Vous, messieurs les bourgeois, si vous avez un fils défectueux ou monstrueusement conformé, vous sentez le besoin d'en faire un ecclésiastique, et ainsi de vos filles... Or ces boiteux n'entrent pas dans l'Eglise avec une bonne intention, mais bien pour en obtenir les bénéfices, (. t cela encore non par voie droite, sed per iniercessionem meretricium et concubinarum. »
Les ascètes étaient devenus rares, on n'en voyait guère plus qu'au milieu de nous. Il y avait sans doute des jours et même des semaines d'abstinence ; le Carême, l'Avent et certaines vigiles de grandes fêtes étaient généralement consacrés aux jeûnes et aux austérités; mais après ces temps de pénitence, les appétits vivaces reprenaient le dessus ostensiblement, largement, impudemment. Nos pères étaient plus spontanés et moins dissimulés que nous ; chez eux pas de milieu entre la débauche et l'abstinence; de grandes expiations succédaient à l'instant à de grands scandales. Quand on violait la loi, c'était publiquement, tout le monde le savait; quand la conversion touchait les cœurs, c'était ouvertement et sans respect humain. L-\ dissimulation mise depuis à la mode par la ce-
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lèbre société de Jésus, et le respect de l'opiniou publique n'existaient guère alors, le décorum était consacré tout bonnement aux cérémonies publiques. Hors de là, il y avait un sans-gêne, un débraillement d'existence, une naïveté d'allures dont chaque classe de la population donnait l'exemple à qui mieux mieux.
Guillaume Pépin, dans son singulier sermon naire intitulé : Sermones quadraginta de destructione Ninivœ, nous apprend, au chapitre de destructione aulx chorizantîum, que les ecclésiastiques ne dédaignaient pas de se rendre à ces réunions joyeuses. « Ibi se immiscent quanquam ecclesiastici cum dominabus, ce qui est un grand abus. )> Et cependant à ces fêtes diaboliques on trouvait, ajoute-t-il, « mimi et histriones qui, cum instrumentis suis musicalibus, sonare faciunt nephandas cantiones; ubi sunt etiam viri larvati et alii non larvati, c?^.'? gens masqués et non masqués, saltantes usquè ad solarium domus, Jusqu'au plafond^ et efôgiantes motibus corporis ea quae à musicahbus instrumentis canuntur. » Ce qui revient à dire que les prêtres allaient très-bien au bal masqué, bien que les danses n'y fussent pas plus chastes que de nos jours.
Dans ses sermons de Carême, il nous dépeint très-vivement la manière orgueilleuse dont les
nonnes de sang noble comprenaient l'égalité évangélique que l'on se serait au moins attendu à voir pratiquer dans l'enceinte des couvents. Après avoir parlé de l'orgueil insupportable et des habitudes mondaines des moines de grande maison, il ajoute [Feria F post prim. dom. Quacirag.) : « Ainsi en est-il d'une quantité de religieuses qui ont plus de vanité que de piété ; elles marchent dans la pompe et l'arrogance, mieux vêtues que leurs sœurs qui sont restées dans le siècle. Elles s'en vont comptant leurs pas, incedendo dinumerant gressus suos, traînant des robes à queues à la façon des paons, ayant udo ou plusieurs servantes pour le service de leurs cellules ou plutôt de leurs très-vastes appartements ; elles ne souffrent pas qu'on les appelle sœurs, mais bien Mesdames, parce qu'elles se disent du sang d'Abraham, c'est-à-dire de noble et magnifique extraction. »
Au 4' sermon après le 3* dimanche, le même Pépin parle d'un abbé de Poitou « qui condamnait ses subordonnés convaincus dii péché de la chair à lui payer une pinte de vin blanc, vnam pintam vini albi, parce qu'il aimait beaucoup ce genre de vin; il y faisait ajouter quelques livres de beurre frais, butyri receniis et une certaine quantité de pain. » Il déclare du reste que cette exaction est
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injuste : « Il est très-mal de punir si exactement les légers méfaits des pauvres et des simples, lorsqu'on laisse évader de gros et puissants mylords , grossos milordos et potentes^ pour de nombreux et inavouables scandales. »
Si l'on veut savoir de quel genre étaient ces inavouables scandales, il faut se reporter au bon vieux temps où se cultivaient certains vices hideux qui heureusement ont disparu avec la lèpre. Dans son recueil quadragésimal et allégorique sur la destruction de Ninive, Guillaume Pépin nous révèle, au sermon c/e destructione pro.'-itibuH, certains raffinements du péché de luxure auxquels il serait difficile d'ajouter foi, si les pénitentiels de l'époque ne les avaient soigneusement enregistrés. Voici un exemple de ces énormités impures; nous nous garderons bien de le traduire en français :
u. Audivi a fide digno viro, dit G. Pépin, nar- « rari de quodam priore religiosorum possiden- «( tium, de religieux pouvant avoir une for tv ne « privée, qui continuavit in peccato bestialitatis « cum caniculâ suâ, perannosXXV; cumque « haberet processum contra quemdam potentem « virum, rationecujusdam magnsepossessionis, « alter stomachans contra eum , cepit fingere '( voces et latratus caniculœ , etiam judice se-
* dente pro tribunali; jamenim, aliquantulurrr, « peccatum dicti prioris venerat ad lucem. .. . Ex « quo facto , dicitur prior intimé obstupnit et « incedit in febrem continuam quse eum, in « brevi, extinxit. »
Il ajoute que le neveu du prieur qui avait succédé à son oncle ayant permuté ce prieuré avec un clerc laïc, ce clerc détenait encore ham abhatiam pingnem, quand il raconte cette histoire.
Maillard, Menot, Barelete et leurs confrères ne tarissent pas sur le dérèglement presque régulier du clergé qu'ils avaient sous les yeux ; beaucoup de prêtres étaient ouvertement concubinaires. En parlant des excès des sergents et des gens de guerre qui non sunt amîci ecclesise (Feria n posl dom. IV Quadr.)y Menot s'écrie : « Vultis dicere que ung tas de gensdarmes avollés eum primo iutrant villagium, per prima requirunt : — Ubi est domus sacerdotis? Ubi est sua meretrix? Eum ssepe verberant et à grand tort. » Ce& gueux de gens d'armes, selon lui , sont excommuniés par le fort de leur teste et ipso fado.
Ailleurs, 1*^ dimanche de Carême, il demande si l'on doit absoudre les gens chez lesquels le vice est enraciné, et il pose ce cas significatif : « Casus est talis : filia seducta quse fuit per annum iiîclusa eum sacerdote, eum poto et cochleari , à
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pot et cuiller, liodiè veuit ad confessionem , et cràs débet ire ad dormiendum cum canonico vel cum alio sacerdote. »
Olivier Maillard n'est pas moins explicite : « Quidpejus, dit-il (.çerwo xxxvii), quodportare tunicam sanctitatis, ut reli^iosi nostri illius temporis, ettenere meretrices in cameris suis! » Et au sermon XXIV, « Et vos, domini religiosi, quale exemplum datis secularibus^, quandô vadatis ad lupanar? »
Ce n'est pas tout : dans le chapitre si plein de curieux anachronismes de destrvctione abbatiarum civitalis Ninivei^ Guillaume Pépin nous apprend que l'on prêtait à gros intérêts dans certains monastères qui servaient ainsi de maison de banque.
Ceux qui se sont fait en imagination un moyen âge angélique, tout confit en dévotion, auront peine à croire ces irrécusables témoignages ; ils supposeront que ces fougueux prêcheurs se sont laissés aller à exagérer le mal; mais qu'auraient-ils gagné à déconsidérer ainsi leurs propres confrères? D'ailleurs la Pragmatique Sanction avec son autorité historique nous confirme, dans son décret xviii, de concubinariis, la plus grave de ces révélations. « Tout clerc, de quelque condition qu'il soit, état religieuv, di-
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gnité pontificale ou toute autre prééminence, qui, après avoir eu connaissance de cette Constitution, (c'est-à-dire deux mois après sa publication dans les églises cathédrales, les diocésains étant tenus de publier ladite Constitution dès qu'elle aura été notifiée), sera trouvé vivant h l'état de concubinage public, concubînarius publicus, devra être privé, ipso facto, du tiers du revenu de tous ses bénéfices, etc. » On voit qu'il s'agit seulement ici du délit public, le fait dissimulé avec décence n'était pas atteint ; et encore le décret accordait-il aux coupables un terme honnête pour pi^endre de moins scandaleuses dispositions.
Si ceux que leur profession devait engager à servir de modèles vivaient avec aussi peu de retenue, qu'étaient donc les mœurs de la masse? Dans ces siècles de dissensions civiles et de guerres perpétuelles où Tinstabilité de la fortune était à son apogée, les bourgeois et les hobereaux, aussi bien que les artisans et les prolétaires, avaient de rudes moments à traverser ; ne pas se laisser mourir de faim était souvent un grand problème à résoudre. Pendant qu'ils luttaient avec la misère, leurs femmes et leurs filles étaient sans cesse provoquées ; elles avaient d'ailleurs devant leurs yeux l'exemple des rois et des
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graudâ qui afïichaient officiellemFnt l'adultère.
Nous avons vu déjà comment les femmes se procuraient les bijoux et la toilette. Les prédicateurs ne tarissent pas sur la vente qu'elles faisaient de leur pudeur, dans toutes les classes de la société ; le nombre des entremetteurs qui les harcelaient était effrayant. Les mères elles-mêmes engageaient souvent leurs filles à gagner leur dot aux dépens de leur honneur : « Habemus, dit Maillard, matres quge sunt maquerellœ filiarum suarum et faciunt eis lacrari matrimonium suum ad pœnam et sudorem sui corporis. » Le monde était plein de gens qui pour être agréables aux puissants se faisaient, sans rougir, leno?ies, yrccuratores, maquerelli, ruphiani, etc. Les vieux sermonnairej fulminent à chacune de leurs pages contre les infâmes auxquels ils donnent ces dénominations. On comprend que ce déplorable commerce, qui existe encore très-actif dans le royaume de Naples, prospère partout où certaines classes n'ont besoin pour être riches d'aucun effort d'intelligence ou d'activité.
La prostitution était la plaie vive de la seconde partie du moyen âge où ces censeurs de la religion faisaient entendre leur voix. Elle envahissait toutes les rues, malgré les édits qui cherchaient à la Umiter, elle s'installait dans les
étuves, et finit par décrier tellement ces bainsorientaux si nécessaires à l'hygiène publique, que les prédicateurs les poursuivirent de leur anathème jusqu'à leur entière disparition. On la retrouve dans les hôtelleries et dans les tavernes; voici le langage que Menot prête à ses contemporains : « Nous ne pouvons toujours avoir nos épouses pendues à nos ceintures, ni les porter dans notre manche, et pourtant la jeunesse ne peut se passer de femmes. Souvent en arrivant aux tavernes, aux hostelleries, aux étuves et alla bona loca, nous trouvons là des servantes parfaitement instruites et qui se conentent de peu; est-il donc si mal d'en user comme de nos propres femmes ? » ( Sermon du samedi après le nr dimanche de Carême.)
Ainsi la chose paraissait toute naturelle, si naturelle même que Messieurs du Parlement, juges et avocats, louaient leurs propres maisons, ad tenenda lupanaria; là-dessus Pépin, Maillard et Menot sont exactement du même avis. Ecoutez ce que dit très-crùment ce dernier : « Clama centra dominos etiam parlamenti qui locant suas domos lenonibus, ruphianis et meretricibus, et sciunt quod ibi faciunt lupanaria ; et sic fovent quod punire deberent plains bordeaulx. Felà bel honneur pour gens dejudicalure facere talia pec-