DES VIEUX SERM0?Î?ÎAIRES. Î
cata. )' {Feria m posl prim. dont. Quadrag.) Mieux encore, au témoignage du même prédicateur, les sergens et executores jvsticix pourvoyaient eux-mêmes les maisons de prostitution et vendaient les pauvres filles qui avaient clochié vno pede rvjianis, afin de payer leur charge : « Paillars et gens de vostre sorte, vous la venez enlever et fault que la pouvre misérable marche, vel aliter cogefis eam en la frappant à grans coups de plat d'espée super humeros\ sub umbra et specie quod emîstis officia vestra, dicitis qnod estls executores justicix. Aussy sont bien les dyables exécuteurs de justice divine ! » (Mercredi après le nv dimanche. )
Toujours la même charité pour le faible, fût-il coupable, et la même indignation contre l'iniquité. Mais venons à de plus agréables découvertes dans ce vaste champ du passé, à des détails moins connus de la vie de nos pères ; et puisque nous tenons ouvert le recueil de Menot, continuons à consulter ce merveilleux réaliste. Dans le même sermon d'où j'ai extrait ce dernier fragment, je trouve un renseignement très-précieux sur la liberté du théâtre que j'étais loin de supposer si grande à la fin du xv siècle et au commencement du xvr. Afin qu'on ne m'accuse pas de forcer la traduction pour fdire remonter
191 LES DÉTAILS DE MOEUîlS
le vaudeville à quatre cents ans, je laisse le passage dans son texte que voici :
« Et quod pejus, si sit aliquis qui fecerit ali- « quod malum secretura, venient alii et com- « ponent de eo cantilenas, et eum noiriinabunt « per nomen et cognomen ; vel oportebit com- « ponere facetias et eas ludere super theatra, et « sic dehonoratur et diffamatur personne. » [Feria ter lia post dom. m Quadrag.)
Ainsi cette désignation diffamatoire que les Grecs du temps d'Aristophane exprimaient par ifS traits de la victime figurés sur le masque, les contemporains de Louis XI, de Charles VIII et de Louis XII, moins scrupuleux encore, se la permettaient en nommant par leur nom et leur surnom les personnes que leurs pièces livraient au rire du public. Ailleurs, dans sa deuxième série Quadragésimale, au 2' sermon du m*= dimanche, le môme maître nous apprend que le Français a toujours été mobile dans la mode et la couleur de ses habits.
« Si vous allez h la foire de Lyon, vous y trouverez des Flamands, des Lombards, des Allemands, des Anglais, des Vénitiens, des Espagnols, etc. , lesquels vous reconnaîtrez à l'instant à leurs habits. Il n'en sera pas ainsi des Français qui changent toujours leur f-içonde 33
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vêtir : aujourd'hui ils portent des vêterneuts ongs, demain, de courts ; ils étaient amples, les voici étroits ; l'habit couvrait le cou, il le découvre à présent. Etonnez-vous si dans cette année on voit courir tant de catharres. On dit qu'à Venise il y a une salle où sont les hommes de toutes les nations vêtus de leurs costumes nationaux : le Français seul est représenté nud, ayant trois aunes de drap sur ses épaules et des ciseaux dans ses mains pour le tailler à sa fantaisie. »
Guillaume Pépin, en parlant du costume des femmes dont la variété est si grande, dit-il, qu'elles semblent en avoir pour chaque jour de l'année, nous révèle une fraude singulière : « Parlons de ces robes doublées aux manches, de soie et de velours, et par derrière de grossû et vili telâ. » Il attribue également les catliarres au brusque changement de mode, qu'il rend responsable de bien d'autres incommodités : « Voyez ces manches de femmes qui sont tantôt si étroites que les bras y peuvent à peine entrer, tantôt si follement larges qu'elles pendent jusqu'à terre; et étonnez-vous si ces vaines femmelettes sont remplies en vieillissant de douleurs de tête, de maux de dents, de catharreset autres misères.)» [Feria quinla post dom. ii Quadrag.)
La chronique de Monstrelet nous pailo d'un
carme Breton, Thomas Connecte, qui prêchait sur les places et ameutait les enfants contre les folles dames et damoyselles qui portoient svr leurs têtes hauts atours et aiiltres habillements de paraige ; il sommait ces dernières de lui livrer leurs coiffes surélevées et leurs hennins à larges oreilles en forme de cornes qu'il jetait dans de gransfeux. « Mais, dit Paradin, qui cite le même fait dans ses Annales de Bourgogne , les femmes firent comme les limaçons, lesquels, quand ils entendent quelque bruit, retirent et resserrent tout bellement leurs cornes ; mais le bruit passé, les relèvent soudain plus que devant. »
Le Journal du Bourgeois de Paris parle du cordelier frère Richard qui, en avril 1429, mit Paris en grand émoi par ses sermons. Il tonna avec un égal succès contre ces diaboliques ornements de tète : « Et les femmes ardèrent devant tous les atours de leurs testes, comme bourreaux, truff.mx (bourres et étoupes), pièces de cuir ou de baleine qu'elles mettoient en leurs chnperons, leurs cornes, queues et grant foison de leurs pompes. »
Ces terribles hennins qui forçaient les femmes à S3 baisser pour passer sous les portes, partagèrent pendant plus d'un siècle avec les queues et les diaboliques souliers à la poulaine les malé-