‹ Les libres prêcheurs devanciers de Luther et de RabelaisChapitre 2 sur 24 · LES MOINES FROIDEURS DES PRINCES TEMPORELS · texte numérisé non relu

LES MOINES FROIDEURS DES PRINCES TEMPORELS

E n'est pas chose commune de rencontrer dans l'histoire, des époques où il ait été permis de proclamer, devant les rois de la terre, sa pensée complète, si fougueuse et si mordante fûtelle, et de la revêtir, sans crainte, de toutes les formes qui peuvent naître spontanément dans l'esprit. Il ne semble pas du moins que cette liberté ait pu être une des puissances du moyen âg-e. Et cependant si l'on a la curiosité d'ouvrir les vieux sermonnaires pieusement intitulés : Sennon^s quadragesimales , Opus quadraqesiniale, Scrmones discipull , Lcctiones de sanctis, Opus aureum, Episiolx quadragcslmal€s,clc.^o\\

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recoDnaît avec surprise, dans ces œuvres deâ moines, une liberté de langage, une hardiesse de critique, une verve d'expression, dont les orateurs des tribunes politiques peuvent à peine donner une idée.

Pendant toute la durée de la période féodale en Europe, des légions d'orateurs sortant de cloîtres parcouraient les villes et les campagnes, frondant à leur fantaisie avec une liberté souvent cynique les mœurs, les modes et les passions de leurs contemporains. N'attendant des pouvoirs mondains ni dignités, ni rétributions, ces tribuns, chrétiens vêtus d'un costume vénéré, assurés de retrouver dans leur monastère un asile inviolable et le nécessaire de l'existence, prodiguaient leur libre censure à tous les rangs de la société. Nobles et manants, princes et seigneurs, tous, jusqu'aux chefs du clergé, pouvaient, à un moment donné, se voir en butte h leur virulente et railleuse satire.

Il ne faut donc pas s'étonner si les quelques recueils gothiques dus au prolétariat de l'Eglise militante ont conservé tant d'attrait pour les bibliophiles sérieux. Il ne suffit pas, pour bien comprendre le rôle qu'ils ont joué, de voir les noms de ces prédicateurs dont la race est depuis longtemps éteinte , cité^ par les historiens ; ii

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faut relire les élans passionnés de leur colère et juger par soi-même les licences si énergiques et si gaillardement colorées qu'ils se permettaient dans leurs pieuses exaltations.

Frondant sans respect humain et sans réticence aucune les abus, les misères et les vices de leur temps, ils en faisaient une enquête patiente et minutieuse, ils les peignaient sans réserve et sans voile ; grâce aux débris de leurs sermons parvenus jusqu'à nous , nous pouvons étudier les générations éteintes, dans l'intimité de leurs foyers, aussi bien que dans les passions de la vie publique ; il nous est permis de toucher du doigt les plaies vives de ces sociétés si souvent et si profondément troublées. La surabondante liberté dont jouissaient depuis des siècles ces orateurs de couvent, et leur habitude d'aborder la chaire, seule tribune régulièrement ouverte, leur donnaient le monopole de l'éloquence et les créaient intermédiaires directs, arbitres naturels de toutes les discussions d'autrefois ; aussi rencontre-t-on dans chacun des grands émois de l'Europe chrétienne un de ces puissants agitateurs qui aiguisaient leurs a^mes spirituelles dans le silence des cloîtres.

Aux désastreuses époques de l'histoire, quand la société semble prête à s'abîmer dans les dis-

cordes sanglantes, lorsque les dilapidations des tuteurs héréditaires des peuples réduisent au désespoir les provinces ruinées , c'est alors qu'apparaissent ces pieux mendiants, aux têtes chauves, qui viennent audacieusement jeter aux princes égarés cet anathème du derviche des Orientales :

Ombre du Padischah qui de Dieu même est l'ombre. Tu n'es qu'un chien el qu'un maudit.

Sous le règne lamentable de Charles VI, les orgies de la cour et des princes apanages, qui déchiraient le royaume à leur profit, furent souvent interrompues par ces terribles improbations dont les plus humbles diminutifs eussent coûté la vie à des personnages que le froc n'eût pas sauvegardés. En 1405, le célèbre moine Augustin Jacques Legrand, auteur du Sophologium, autrement dit le Livre des bonnes mœurs, imi^rimé en 1470, ose stigmaliser publiquement la reine Isabeau qui entrait dans l'Eglise, la tête superbement chargée de ses hennins, la poitrine discoperta itsque ad ombilirum, et foulant la dalle du saint lieu avec des souliers à becs de deux pieds de long. Bravant la colère des seigneurs de la suite royale, le courageux moine lui reproche, devant tous, de faire régner « à sa cour, dame

Véûus, accompagnée de ses suivantes inséparables, la Gourmandise et la Crapule. » Les chevaliers du cortège de la reine auraient fait, surle-champ, justice de l'audacieux prédicateur, si l'assentiment de l'auditoire ne l'eût protégé.

Charles VI, qui se trouvait momentanément en raison, eut la curiosité déjuger par lui-même de la témérité de Jacques Legrand : il le fit prêcher devant lui dans la chapelle du palais le jour de la Pentecôte. Celui-ci, sans se laisser intimider par l'entourage qui lui était hostile, reprit avec plus de fougue encore le thème irrespectueux qui avait si fort indigné les courtisans. Il accusa hautement de la misère publique le duc d'Orléans, qu'il nomjïia le maudit des peuples ; il insista sur sa complicité avec la reine, sur aes dcportements qui altiralent la publique clameur, sur la ruine des finances, et termina en prédisant qu'à moins d'une complète et prompte réparation, le royaume épuisé tomberait entre les mains d'une race étrangère. Le pauvre roi sut bon gré au moine intrépide d'un pareil sermon qu'il regarda comme la parole de Dieu ; il prit de belles résolutions de réformes que le retour de sa folie vint annuler.

Quelques années après, le cordelier Jehan Petit, ségarant dans son zèle pour la même cause.

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alla jusqu'à justifier la doctrine de saint Tliomasd'Aquin, doctrine ultramontaine que devait faire revivre le fanatisme des prédicateurs de la Ligue, bien qu'elle fût hautement contraire aux principes du christianisme ; ce défenseur de Jean Sans-Peur ne craignit pas de soutenir, pour justifier le meurtre du duc d'Orléans, que « c'est droit, raison et équité d'occire un tyran, voire par aguets et épiements. ^) « Laquelle chose, dit Juvénal des Ursius, dans son histoire de Charles VI, semblait bien estrange à aucunes gens notables et clercs ; mais il n'y eust eu si hardy qui en eust osé parler. »

On lit dans le Religieux de Saint - Denys, livre XXXII, chap. 14, une harangue non-seulement politique, mais économique du carme Eustache de Pavilly. Ce moine, indigné des désordres et des malversations qui appauvrissaient l'Etat, signale par leurs noms tous les grands officiers delà couronne qui, profitant de la folie du malheureux Charles VI, « mangeaient et dérobaient le roi et le royaume, acquéraient riches possessions, bâtissaient chasteaux et grands maisons » aux dépens du peuple. L'orateur encapuchonné appuie ses accusations de chiffres qui montrent que les affaires temporelles lui étaient très-familières ; il conclut enfin à l'annulation de tous

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dons et pensions, même des pensions des princes, à la déchéance avec séquestration de leurs biens, de tous les fonctionnaires qu'il signale, à la réduction des offices et à l'entrée au conseil d'un certain nombre de saiges hommes adjoincts par bonne et valable élection à ceux du lignaige du Roy.

(c De rechef, dit à ce sujet Juvénal des Ursins, « le carme de Pavilly feit une proposition àsainct « Paul, devant la Royne, Monseigneur le Daul- « phin et autres seigneurs. Et preint sa matière « sur une fiction d'un jardin où il y avait de « belles fleurs et herbettes, et aussi il y croissait « des orties et plusieurs herbes inutiles qui em- « peschaient les bonnes herbes de fructifier, et « pour ce les fallait sarcler, oster et nettoyer. Et « que au jardin du Roy et de la Royne y avoit de « très-mauvaises herbes et périlleuses ; c'est à et sçavoir quelques serviteurs et servantes qu'il « falloit sarcler et oster, afin que le demourant

« en valut mieux Les mauvaises herbes

« furent ostées des jardins du Roy et de la Royne, « c'est à sçavoir le duc de Bavière, frère de la « Royne, et feut mis en une tour devant le Loufv vre, et plusieurs autres officiers, les uns mis « au Chastelet et les autres à la Conciergerie du « Palais, et y en avoit de clercs qui furent rendus

« à révesque. Et si print-on environ quatorze ou « quinze dames, que damoyselles de l'hostel de « la Royne, lesquelles furent menées en la Con- « ciergerie du Palais comme en prison. »

A la fin de ce même quinzième siècle, les dominicain s^, ayant à leur tête le célèbre Savonarole, dont les nombreux ouvrages, les sermons italiens surtout, sont si recherchés aujourd'hui, se mirent à prêcher une réforme politique et religieuse. On entendit alors avec stupeur le bouillant et acerbe Padre Glrolamo tonner contre les Médicis au nom de la liberté, et contre le pape au nom de la morale évangélique. Le roi Charles VIII lui-même, quelque triomphante que fut sa victorieuse promenade à travers l'Italie ne put intimider Savonarole, qui lui prédit la mort de son fils, s'il ne forçait la ville de Pise à retourner sous l'autorité des Florentins.

Savonarole, qui, selon Guicciardini, grandlssima fama di santîta haveva, appresso alla maggiore parle del popolo^ ne se contentait pas de lancer, du haut de la chaire, ses vertes attaques contre les oppresseurs du peuple, il suivait l'ennemi au forum. Là, avec la ténacité des tribuns de la Rome antique, sa parole redoutée faisait voter un gouvernement démocratique, après la fuite de Pierre de MédiciS; et malgré les efforts

des principaux de la cité. Il affirma dans la chambre du grand conseil « la volonla di Dlo essere che s ordinasse un governo assolutamente POPOLARE, et in modo che non havesse a essere in potesta di pochi cittadini alterare^ ne la securità ne la libertà de gli allri. » La volonté de Dieu réclamait selon lui un gouvernement absolument populaire, en façon qu'il ne fût plus au pouvoir de quelques citoyens d'altérer ni la sécurité ni la liberté des autres. Il demanda surtout que le suffrage de tous fût consulté désormais dans l'élection des magistrats. Ce vœu qui, disait-il, était la volonté divine fut momentanément exaucé.

Cinq ans auparavant, appelé au lit de mort du glorieux mais avide et tyrannique Laurent de Médicis, le terrible moine demanda au moribond s'il se sentait décidé à restituer au peuple la souveraineté usurpée par sa maison ; sur le refus de Laurent^, le padre Girolamo partit, sans vouloir lui accorder l'absolution .

Le redoutable Louis XI^ qui ne plaisantait guère avec les conseillers importuns, à quelque rang' qu'ils appartinssent, le roi vindicatif qui mettait les évêques dont il avait à se plaindre dans ces cages de fer dont Comines nous fait une si terrible description, n'échappa pas lui-

même aux sévérités de la parole des moines. Dans la chronique de Jehan de Troyes, on trouve le passage suivant, qui montre à quel point l'incessante intervention des prédicateurs du moyen âge était appréciée du peuple. Lecordelier désigné ici se nommait Anthoine Fradin. « En ladicte année 1478 vint à Paris un corde- « lier, natif de Ville-Franche en Beaujolois, pour

<( preseher à Paris, et illec blasmer les vices

« Et si blasma tous les estats, et si prescha de « la justice du gouvernement du Roy, des prin- « ces et seigneurs de ce royaulme, et que le Roy « estoit mal servy, et qu'il avoit autour de luy « des serviteurs qui lui estoient traistres, et que « s'il ne les mettoit dehors, qu'ils le détruiroient « et le royaulme aussi. Desquelles choses en ft vinrent nouvelles au Roy, parquoy ordonna « qu'on lui deffendist preseher. Et pour ceste c( cause vint à Paris maistre Olivier leDain, barce hier du Roy, pour luy faire défendre le pres- « cher. Ce qui fut à la grande desplaisance de « plusieurs hommes et femmes qui fort s'es- « toient rendus enclins à le suyvre et ouyr ses « parolles et prédications. Et pour doubte qu'on « ne le print, ne qu'on luy fist aulcun opprobre, « le furent veiller nuict et jour dedans le couvent « des Cordeliers dudict lieu de Paris , et luy

« disoient qu'il n'eust point de paour, et qu'ils « mourroient avant qu'esclandre luy advînt. »

Ainsi, le peuple, qui faisait des pasquils sur l'emprisonnement du cardinal LaBalue et de l'évêque de Verdun, Guillaume de Haraucourt, se fâchait quand il s'agissait d'imposer silence à un simple cordelier. Louis XI , tout en faisant défendre, à son de trompe et cry public, de non pins faire les dictes assemblées en la dicte église des Cordeliers n' ailleurs, sur peine de confiscation de corps et de biens, jugea cependant prudent d'expliquer qu'il n'avait voulu faire aucun opprobre à frère Anthoine Fradin,mais lui envoyer seulement aucuns de ses conseillers pour Tinterroguer sur aucunes choses et matières secrètes dont il en vovloit sçavoir la vérité. Malgré cette assurance, le cordelier, qui insistait sur le chapitre des affaires de l'Etat, fut exilé du royaume. Tl lui fut enjoint^ le lundi premier jour de juin de ladite année, d'avoir à vuyder incontinent et sans arrêter du royaulme, « ce qu'il fist, et vuyda le len- « demain, qui fut mardi, de la dicte ville de « Paris. Et quand ledict frère Anthoine partit, y « avait grande quantité de populaire cryant et (( souspirant moult fort de son département, et « en étoienttous fort mal contens.,»

A l'époque du scandaleux procès de divorce,

dont le but politique n'absout pas Louis XII des moyens ignominieux employés contre la pauvre reine Jeanne, les prédicateurs, toujours d'accord avec les sympathies populaires, se prononcèrent hardiment en faveur de la bonne et douce princesse répudiée. Pendant que Jean Standonch plaidait au collège de Montai gu pour la modeste victime de la raison d'Etat, Olivier Maillard, de l'ordre des frères mineurs, fulmina du haut de la chaire contre le honteux et inique procès de Tours. La liberté de ses reproches fut poussée si loin que, de même, qu'il était arrivé à Jacques Legrand admonestant Isabeau de Bavière, les plus zélés de la suite du roi Louis XH menacèrent frère Maillard de le jeter à l'eau: « Faites, leur répondit-il, il me convient autant aller en paradis par eau que par terre. »

A ce trait spirituel on peut joindre celui du théologien Jean Bricot qui, reprochant un jour à François P"" la dilapidation des finances, cette plaie perpétuellement vive des gouvernements d'autrefois, ajouta cet ironique sarcasme: «Sire, si vous continuez à avoir les mains percées comme le grand saint dont vous portez le nom , vous ferez autant de pauvres forcés que saint François a fait de pauvres volontaires. »

Pendant cette mêlée sanglante et bizarre, si

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étranglement pétrie de burlesques et de tragiques incidents, qu'on nomme la Ligue, Tintervention des moines prêcheurs dans la politique devait atteindre et franchir toutes les bornes ; le tribun zélé devient, en ce temps- là, un véritable énergumène. C'est alors que Jean Boucher , si connu par ses sermons de la simulée converskm de Henry de Bourbon, prince de Béarn, et par son apologie de Jean Châlel, s'écrie en parlant d'Henri III : « Ce teigneux, toujours coiffé à la turque d'un turban, lequel on ne lui a jamais vu ôter,mêmeen communiant, pour faire honneur à Jésus-Christ. »

Après la levée du siège de Paris, JeanGuérin, l'un des prédicateurs les plus exaltés de cette époque où il y en avait tant, se permet d'appeler

Henri IV ce inaudit Bearnois, ce fds de p ,

assurant que sa mère estait si publique qu''elle se presloit à tout le monde. Parlerons-nous ici du frère Bernard de Mont-Gaillard, dit le Petit Feuillant ? du cordelier Feu Ardent ? du jésuite Jacques Commelet qui fut le premier à faire sa soumission au Béar^nois triomphant ? de Lincestre qui en fit autant après avoir prêché publiquement le meurtre du roi ? du carme Simon Filheul qui insulta en chaire le président de Harlay? du frère Anastase Cochelet qui ne ménageait pas

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plus Mayenne que son royal adversaire? Citerons-nous des fragments des cinq sermons du terrible Jean Porthaise lesquels luttent de violence avec ceux de Boucher ? A quoi bon 1 ces temps de trouble ont été si souvent étudiés qu'ils semblent se confondre, portant aussi la terrible date de quatre-vingt-treize, avec les excès provoqués qui inondèrent de sang la France deux siècles plus tard.

Terminons cette petite revue des prédicateurs de la Ligue par un trait plus directement marqué au coin de la bonne raillerie gauloise, de cette savoureuse indignation qui tombait si drûment jadis sur le vice et l'infamie, quel que fût le masque qui les recouvrait. Le 26 mars 1583, sous le règne de Henri Ili, si plein de parodies superstitieuses, le feuillant Maurice Poncet, parlant d'une procession de pénitents, conduite par le roi en personne, pieds nus et le corps couvert d'une sorte de sac en blanche toile de Hollande, traita cette belle dévotion d'acte d'hypocrites et d'athéistes.

« Jai esté adverti de bon lieu, dit-il en prêchant dans l'église de Saint-Pierre-des-Arcls, que hier au soir qui estoit le vendredy de leur profession, la broche touruoit pour le soupper de ces gros pœnitents, et qu'après avoir mangé le

gras chapon, ils eurent pour collation de nuict le petit tendron qu'on leur tenoit tout prest. Ahi malheureux hypocrites, vous vous mocquez donc de Dieu soubs le masque, et portez par contenance un fouet à votre ceinture ; ce n'est pas là, de par Dieu ! où il le faudrait porter, c'est sur vostre dos et sur vos espaules, et vous en estril- 1er très-bien. »

Sur vostre dos est ici un synonyme honnête pour voiler la pensée de l'orateur ; les beaux pères ne prenaient pas toujours autant de précaution. Ainsi, en 1567, le franciscain Cornelis Adriaseu, se plaignant de ce que Monseigneur de Guise n'avait pas fait accrocher ce bandit de Coudé a un gibet, ajoute sans s'occuper des lois de la décence : Mais les grands diables d'enfer lui farciront le cul desovffre et de poix ardente. Cependant Maurice Poncet avait terminé sa terrible phrase en assurant qu'il n'y avait pas un des gros pœtiitents dont il parlait qui n'eût bien gagné d'être estrillé sur le dos et sur les épaules ; or, notez qu'à cette fameuse procession le cardinal de Guise portait la croix, le duc de Mayenne, son frère, suivait comme maître des cérémonies, et frère Emont Auger Jésuite basîeleurdesonpremier métier^ dit l'Estoile, conduiooit le dcmcia'ant.

Le roi, très-inité de cette verte semonce, fit

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reconduire le pauvre Feuillant par le chevalier du guet, en son abbaye de Saint-Pierre à Melun. Avant qu'il quittât Paris, le duc d'Epernon le voulut voir, dit encore l'Estoile, et en riant lui dit : « —Monsieur nostre maistre, on dit que vous faictes rire les gens à vostre sermon, cela n'est guères beau. — Monsieur, répondit Poucet au mignon du roi, je veux bien que vous sçachiez que je ne presche que la parole de Dieu, et aussi n'en ai-je jamais tant fait rire en ma vie, comme vous en avez tVîit pleurer. »

Ces jouteurs sortis des monastères mettaient, on le voit, dans leurs sermons, une vérité de colère et un sans-gène d'expression que n'eût pas renié saint Jérôme, si âpre lui-même et si coloré dans ses admonitions aux mondains du bas-empire.

J'ai dû citer le zèle des prédicateurs de la Ligue comme un exemple éclatant de l'influence des moines dans les choses politiques ; il faut l'avouer cependant, leur influence dépassa cette fois la limite extrême de la liberté de parler et d'agiter les masses; leur intervention fut presque toujours alors désordonnée et exorbitante. La cause du bien public, celle de la justice et de la vérité n'étaient plus, il s'en fallait de beaucoup, le priucipï.l mobile de leurs diatribes souvent

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incendiaires, puisque la plupart d'entre eux s'ég-arent jusqu'à prêcher ouvertement le meurtre. Cet abus de la puissance de la chaire devait tuer la liberté d'y tout dire et d'y tout critiquer. La Réforme d'ailleurs venait de jeter par le monde, même chez les nations restées catholiques, les germes précieux de la tolérance reUg-ieuse et de la liberté de penser. A partir de ce moment les moines, craignant pour lexistence matérielle de leurs corporations, font une brusque conversion du côté de Rome et ne consentent à voir l'unité que dans l'absolutisme. La philosophie dont ils s'étaient brillamment occupés jadis les effarouche, la science les effraye, la raison les irrite ; tout mouvement leur devient suspect, ils sattèlent encore au progrès mais à rebours ^ et mettent désormais autant de passion à engourdir et à garrotter les âmes qu'ils en avaient mis autrefois à les affranchir et à les élever.

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