‹ Les libres prêcheurs devanciers de Luther et de RabelaisChapitre 4 sur 24 · DES PRINCES DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

DES PRINCES DE L'ÉGLISE

Plus loin, au troisième sermon de la troisième semaine de Carême, parlant du luxe des bourgeoises que les maris ne peuvent payer, il fait dire à ces dernières : « Et si nous ne sommes pas assez riches, les évêques et les abbés nous donnent isfas caihenas et caudas à la peine de notre corps. » Sur quoi eu rôpétant ailleurs la même phrase il s'écrie : — Âd triginta mille diabolos /a7?.s'/)(p>ia/àtrente mille diables unepareille peine!

Guillaume Pépin, dans son cinquième sermon de la deuxième semaine de Carême, prétend que régoïste figure du mauvais riche désigne « la plupart des prélats de l'Eglise qui sont dotés outre mesure, qui dltantur supra modum, du patrimoine du Christ, pompeusement vêtus d'écarlate et de soie, scarleto aul serico, et splendidement nourris chaque jour, mieux même que la plupart des seigneurs de la haute noblesse. » Quant au malheureux Lazare, il représente à ses yeux les pauvres clercs qui tournent autour des tables des évêques et des abbés, a ut habeant micas; gallicè le broust, id est capellulam unam vel parvulum beneûcium, sed ssepè frustrantur^, quia nemo illis dat. »

L'ItaUen Gabriel Barelete, de l'ordre des frères prêcheurs, n'est pas moins vif quand il s'écrie (sermon XXXIII] : « 0 messieurs les prélats,

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comment va TEglise aujourd'hui? Les biens des pauvres et des couvents s'en vont en chevaux et en chiens i Que dire de ce cardinal prélat qui jette six mille ducats d'or par an aux chiens et à leurs valets? ODieuî oh r l'énorme péché! Et que d'autres biens ne dépense-t-il pas pour sa nourriture! »

Michel Menot va plus loin encore ; le hardi cordelier fait de ce sujet brûlant, qui serait si dangereux aujourd'hui, le texte favori de ses sermons : « Certes, dit-il, il semble que le» prélats aient été envoyés comme des fléaux par la colère de Dieu, ou mieux par la malice du diable, afin de détruire et de dépeupler l'Eglise, «c? destruendamet depopulandam ecclesiam. » Ailleurs, entrelardant son mauvais latin de français vulgaire à la façon macaronique, il reprend ainsi : « Mille prelati sunt causa, que le pauvre simple peuple pèche et se damne ad oranes dyabolos. Quand le maistre est tabourin et mé?iestrier, communiter les varlets sont danceurs. » (Fol. CIIÏ, édit. dô Paris, Pierre GaudouL)

Son troisième sermon après le premier dimanche de Carême est un modèle en ce genre ; avec une indépendance qui ferait frémir les prédicateurs d'aujourd'hui, le brave cordelier déclare que beaucoup sont aujourd'hui dans les digni-

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