DES PRINCES DE L'ÉGMSE
tés de l'Eglise, que le Seigneur n'y a pas inti'oduits, lesquels sont :
Boves superbiae ei arrogantire, Oves hypocrysiae et apparentiae, Columbae liixuriae et immunditia», Nuiiiniulari rapinœ et syinoiii.T.
Et il développe cette quadruple accusation avec une verve chaleureuse et pittoresque que les prédicateurs de la Réforme, dans la fougue de leur foi nouvelle et dans les premières effervescences de la haine contre l'Eglise de Rome, ne parviendront jamais à égaler : « Nous voyons , dit-il , qu'on entre aujourd'hui dans l'église comme les bœufs entrent à l'étable, cornîbus elevatis ; à force d'armes, par la pointe de l'espée et à moyen de gens d'armes; nec eleclione talium non reperifur Spirifus sanctus ; cum videt espées, hacquebutes et hallebardes , il n'a garde de cheoir sur telles élections... Régnât hodie maximus abusus , quand le pape, les abbés et les prélats sont faits, facti simt, il faut que leurs neveux soient pourvus. » Ces prélats, ajoute-t-il, n'ont pas les deux cornes de la sainteté et de la science, ce sont non des bœufs, mais des veaux : « proprlè loquendo sunt vltuli , des petits advortez; pensez que c'est un g bel estât. »
Le môme Menot , dans son sixième sermon
nprès le second dimanche de Carême, ajoute à ces vives accusations les éloquentes paroles que voici : « Les temples s'écroulent plutôt sous le poids de l'or que par l'effort des vents. On prétend que la dévotion a enfanté les richesses de TÉg-lise ; oui, mais la fille a tué la mère, Jllia svffocavit malrem... 0 seigneur Jésus, qui avez planté cette vigue céleste , voyez et visitez-la ! Hélas ! Seigneur, je pense que de sitôt vous n'y récolterez de fruit, depuis longtemps elle est gelée, et nous n'y avons plus grand espoir, à moins que vous ne la plantiez de nouveau , carilnyaselh{cep] ne sarment quHl vaille. » Et plus loin : « Quid dicetis, domini ecclesiastici et prelati qui mangez les biens de ce pauvre qui pend en la croix ? » N'est-ce pas là un trait sublime de sainte colère, un admirable rappel battu au nom de la fraternité ?
Le grand , le perpétuel reproche adressé aux princes ecclésiastiques par les moines prêcheurs, c'est l'abus des richesses et leur emploi scandaleux. Cette considération les amène à regarder l'Église primitive, et à regretter les temps où les apôtres n'avaient ni domaines, ni soie, ni pourpre , ni velours , ni meutes , ni attelages aux freins dorés , frenîs argenteis auratis ; ils comprennent fort bien que les richesses sont des ten-
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tations irrésistibles , c'est un venin répandu dans l'Église, effusum est venenum in ecclesiâ, dit Menot avec tous ses confrères. Et, remontant à la source , ils attaquent le pouvoir temporel du pape, soit directement, comme Barelete; soit sur le dos des princes évêques d'Allemagne, comme Césaire d'Heisterbach, religieux de Tordre de Citeaux.
Voyons d'abord à cet égard l'opinion de frère Gabriel Barelete, qui ne craignait pas de se prononcer sur cette grave question, en pleine péninsule italienne, sans cependant conclure aussi rigoureusement que l'avait fait avant lui Savonarole. Barelete commence par citer plusieurs exemples qui prouvent que la papauté était peu recherchée dans les premiers siècles de la foi ; il cite entre autres l'étrange cas de Marc Févangéliste qui , selon lui , se coupa le pouce pour éviter cet honneur dangereux, et il poursuit ainsi : « Depuis le temps de Pierre jusqu'à saint Sylvestre , il y eut trente-deux papes qui , presque tous, furent martyrisés ; aussi, après le pontificat de Sixte, la papauté resta longtemps vacante, personne n'en voulait, et cela par la double raison qu'on y trouvait la mort et la pauvreté. )> {Sermo XX IL] « Mais, ajoute-t-il au sermon de paucitate salvandorunij aujourd'hui que le siège
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papal est riche et puissant, per munera et per ,%nnornas ingrediuntur ad eum , on y entre par présents et par simonies , tous les moyens sont bons; Dante a grand'raison de s'écrier contre eux dans son xix*' chant de V Enfer : 0 misérables imitateurs de Simon le Magicien ! 0 vous , rapaces qui souillez par l'or et l'argent les choses de Dieu , les épouses de la divine bonté ! » Et ailleurs il reprend sur le même thème : « Quiconque a désiré la première place sur terre trouvera la confusion dans le ciel ; car celui qui aura traité de primatu ne sera pas compté au nombre des serviteurs de Dieu. »
Voyons sur cette même question l'infatigable Menot, il l'aborde avec sa verve habituelle, avec ce réalisme de vérité qui nous fera feuilleter souvent ses admirables sermons. Pour ne pas fatiguer le lecteur, je vais citer le passage en français , en suivant mot à mot son mauvais latin : « Constantin a le premier donné à l'Église ce fruit temporel, en lui transférant une partie de l'Empire ; les pontifes qui vinrent après saint Sylvestre ne furent pas fâchés de cela.^noji fuerunl maté contenti de hoc , sed approbaverunt faclum ; ils approuvèrent le fait sous prétexte que , de même que l'âme ne peut vivre sans le corps, les ecclésiastiques ne peuvent vivre sans biens temporels.