CONCLUSION
Ainsi, l'Etat étolien, inconnu et faible à l'époque de l'hégémonie athénienne , commença à se développer quand la suprématie passa aux Lacédémoniens qui le protégeaient. Au temps où la Béotie devint prépondérante en Grèce , il s'accrut encore , mais toujours à titre de protégé. Cette même politique vaut quelques autres avantages à l'Etolie, quand la Macédoine a soumis Athènes et la Béotie; les règnes de Philippe et d'Alexandre , pendant lesquels la Grèce , au moins tout ce qui comptait en Grèce , a été nivelé et abattu, préparent le terrain aux Etoliens. Les querelles des successeurs d'Alexandre leur donnèrent les plus favorables occasions de s'étendre et de fonder dans la Grèce moyenne et septentrionale une véritable puissance. Tant que la rivalité des premiers Ptolémées et de la Macédoine renaissante tint occupé sur d'autres champs de bataille , dans l'Hellespont , en Asie Mineure, en Syrie , dans les îles, tout ce qu'il y avait de force dans l'hellénisme, l'Etolie eut libre carrière dans la Grèce divisée et faible. C'est à ce fait qu'on peut attribuer son développement et sa prépondérance passagère. Mais dès que les Antigonides sont assez solidement établis sur le trône de Macédoine pour n'avoir plus à redouter l'Egypte ni la Syrie , l'Etolie perd en Grèce toute liberté d'action. Plus tard , en face de deux ennemis plus forts , la Macédoine et Rome, qui la combattirent par ses propres armes, elle déclina plus vite qu'elle no s'était élevée : et contenant les mêmes éléments de discorde que les autres Etats grecs, elle succomba aux maux dont le développement l'avait jadis rendue souveraine en Grèce. Mais il reste acquis , malgré le témoignage do Polybe, que la ligue étolienne eut une politique et des hommes capables de l'appliquer avec suite. « Gela suffit... à justifier les- Etoliens des injures que l'Achéen Polybe leur prodigue, et que Tite-Live répète. S'ils n'avaient eu d'autres vertus que la rapacité, l'avarice , le mépris des dieux et des serments , on aime à suppo-
ser qu'ils ne se seraient jamais placés à la tête de la Grèce. Ils n'auraient pas trouvé tant d'amis , s'ils n'avaient eu « des Grecs que la langue, et des hommes que la figure. » Sous les traits odieux dont leurs ennemis les ont peints, on reconnaît nn peuple plus énergique et moins amolli que le reste des Grecs. Gomme soldats, ils étaient certainement les premiers de la Grèce; ils l'étaient peut-être aussi comme politiques ; car ils furent longtemps les seuls qui comprirent les vues de Rome, et qui surent lui opposer à la fois du courage et de l'adresse. Polybe prétend que Flamininus détestait leur avidité ; il ne détestait que leur force (l). »
Aussi, bien que l'Etolie n'ait pas joué en Grèce un rôle comparable à celui d'Athènes, de Sparte ou de la Macédoine , nous croyons avoir établi que cet Etat fédéral eut une politique et ne se forma point seulement grâce à l'entente du parti démagogique en Grèce. De même la ligue achéenne ne prit point naissance d'une réaction contre l'esprit démagogique ; elle eut des antécédents historiques que nous rechercherons suivant la même méthode.
(1) Fustel de Coulanges, Etude sur la conquête de la Grèce par les Romains, p. 52.
SECTION II
Formation territoriale de la ligue achéenne.