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CHAPITRE m

LES MAGISTRATS. LE STRATÈGE. L HIPPARQUE. LE NAVARQUE. LE SE- CRÉTAIRE. LES HYPOSTRATÈGES. LE CONSEIL DES DÉMIURGES.

Tous les historiens (1) de la fédération achéenne ont remarqué que les magistrats ont dû jouer un rôle important dans cet Etat où les assemblées n'étaient ni souvent, ni longtemps réunies. Ce n'est pas à dire que leur pouvoir légal les ait jamais mis dans le cas de faire échec au congrès. Mais si ce congrès était maître absolu de ses décisions, les magistrats jouissaient d'une grande influence, grâce à la faculté qu'ils avaient de préparer les débats et de les diriger. Cependant on ne doit pas oublier que les représentants siégeant au « conseil fédéral » étaient aussi fort bien préparés par les discussions mêmes qui avaient lieu au sein des a^emblées locales.

L'histoire nous montre qu'en réalité, sauf dans les derniers temps de l'indépendance achéenne , le pouvoir fut exercé par une élite de riches et puissants citoyens. Mais rien ne prouve quetoutes les charges fédérales aient été gratuites (2) ; on peut seule-

(1) En particulier M. Freeman, ibid., p. 255 : <( En Acliaïe, des conditions qui ne se présentèrent jamais h Athènes modifiaient la souveraineté du peuple en bien des manières. Un pouvoir légal beaucoup plus grand était mis aux mains des magistrats... Une autorité beaucoup plus considérable, d'un caractère indirect , sans être illégal , appartenait à la fois aux magistrats et aux hommes influents. En vérité, l'assemblée demeura toujours souveraine sans conteste ; mais le pouvoir même de ce corps eût paru très restreint aux yeux d'un démocrate dont les idées se seraient exclusivement formées d'après des exemples empruntés à Athènes. * Cf. aussi Wahner, ibid., Conclusio, p. 41-45.

(2) M. Freeman (p. 293) se fonde sur deux textes de Polybe pour prouver la gratuité des charges fédérales en Achaïe : 1° Le conseil , Bou),ri , ne recevait point de solde, dit-il, puisqu'un roi étranger offre de payer les frais nécessaires : ixw6oôo--^ffat Triv po\j).yiv (Polybe, XXIII, 7). Ce fait ne nous semble pas probant. En effet , le prince peut avoir proposé de se substituer au gouvernement fédéral dans le paiement des sénateurs, et de dégrever d'autant le trésor

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meut observer que le maintien au pouvoir de personnages inlluents et désintéressés par le fait môme de leur richesse , était une garantie contre la corruption. Cependant cette garantie fut jugée insuftisante, môme avant les faits scandaleux de la période démagogique, puisque la loi achéenne , interdisant à tout magistrat de recevoir d'un roi une somme d'argent (1) fut invoquée , lorsque Eumène offrit de payer les membres de la BouXvi.

l» Stratège. — Le premier magistrat et l'éponyme de la ligue achéenne était le stratège, sauf pendant les vingt années qui suivirent le rétablissement de la fédération (2). A cette époque les Achéens nommaient un secrétaire commun et deux stratèges. En adoptant un seul stratège comme éponyme , ils imitèrent peutôtre les Etoliens (3). Ce titre éponymique se retrouve d'ailleurs dans le plus grand nombre des constitutions fédérales de Grèce.

Les fonctions du stratège sont définies par Polybe d'une manière très générale : il doit « présider à l'administration des affaires communes , « /etptÇetv xal TrpoeiTTàvat t(ov xotvwv TrpaYadcxwv. » L'historien commente môme cette définition dans un autre passage de son livre où il recherche quelles études sont propres à former un bon stratège (4). A son avis , on peut se rendre digne de cette charge , soit par l'étude de l'histoire , soit par expérience personnelle , soit enfin grâce aux leçons et aux exemples d'un homme illustre. On devine que Polybe pensait, en indiquant ces conditions, à Philopœmen et à son père Lycortas. En tout cas^sa remarque montre que la stratégie n'était pas une magistrature purement militaire , mais plutôt une sorte de « présidence » de la ligue.

achéen ; ou bien encore il offre peut-être d'augmenter une solde déjà établie légalentient. Remarquons que parmi tous les arguments présentés par les hommes d'Etat achéens contre cette proposition, il n'est point question du désintéressement des sénateurs. Les orateurs observent seulement qu'il serait contraire à leur dignité de se mettre à la solde d'un prince étranger ; aucun ne se révolte à l'idée de recevoir une solde. 2° Le stratège, ajoute M. Freeman, n'était point payé, puisque Archon dépensa de grosses sommes « el; ttqv àpyy\^. » (Polybe, XXVIII, 7). De ce qu'un magistrat a beaucoup dépensé pendant la durée de sa charge peut-on conclure qu'il ne louche point de solde? Le parti modéré était alors menacé : Archon peut avoir dépensé, outre sa solde, une partie de sa fortune dans l'intérêt de son parti.

(1) Polybe, XXIII, 8, 3.

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