CHAPITRE
L LTOLIE SOUS L HEGEMONIE MACEDONIENNE. PHILIPPE ET ALEXANDRE.
La politique du roi Philippe de Macédoine a pour premier résultat, à la suite des guerres sacrées, de diviser la Grèce centi-ale, d'arracher à l'influence de Thèbes et d'Athènes la Thessalie, la Locridc, la Phocide , constituées en Etats indépendants et ennemis les uns des autres. Au moment décisif, les Etoliens savent se mettre du parti du plus fort et combattent dans l'armée macédonienne à Ghéronée (338) (1), tandis que les Achéens servaient la cause de Thèbes et d'Athènes. Ces derniers, qui avaient repris un moment Naupacte , en furent chassés , et Philippe remit , comme il s'y était engagé, la ville reconquise à ses alliés (2). Il n'avait pas fallu moins d'un siècle à l'Etolie pour affranchir Galydon des Achéens et s'assurer, au prix de plusieurs tentatives, un débouché sur le golfe de Corinthe.
Mais les circonstances sont désormais plus favorables : les Etoliens, tentés un moment de se joindre à la coalition qui suivit la mort de Philippe, semblent s'être abstenus. Alexandre, parla répression de Thèbes, a complété l'œuvre de son père : la ruine de la Béotie et l'abaissement d'Athènes. Quand le roi de Macédoine entreprend sa grande expédition d'Asie, il croit n'avoir laissé derrière lui aucun peuple capable de réunir sous son hégémonie les forces de la Grèce du centre et du nord. Cette œuvre de morcellement et de division profitera dès lors aux Etoliens.
A peine Alexandre est-il occupé en Asie que les protégés et alliés de son père se jettent surl'Acarnanie, s'emparent d'^niadifi
(1) Démosth., Philipii., III, 4i, et Pausanias, "VII, 6, 5.
(2) Strabon, IX, 4, 7.
FORMATION TERRITORIAl.tt DE LA LKJUE ÉTOLIRNNK. 23
et en expulsent les habitants (1). Nous avons la certitude qu'à cette date la ligue étolienne était organisée. Quand Alexandre menace de sévir, en apprenant cette agression soudaine , les Etoliens implorent sa clémence par l'envoi d'une ambassade de tous leurs peuples : xaxà eôvt) Trpsaêeiaç 7:ea'|/avT£; (2). Si Arrieu emploie ce terme, c'est pour désigner un mode d'ambassade déterminé, usité dans les Etats fédéraux de l'ancienne Grèce. Le fait est connu et commun dans l'histoire de la ligue achéenne, à l'époque même de sa plus complète cohésion. Schorn et M. Freeman ont vu dans le texte d'Arrien une preuve établissant que l'Etolie était encore, à cette époque, un groupe de peuples indépendants les uns des autres. M. Bazin, dont j'adopte l'interprétation pour la signification du mot et non du fait , entend que la confédération étolienne, ayant cessé d'exister, avait été rétablie pendant les campagnes d'Alexandre en Asie (3). Pourquoi aurait-elle été supprimée avant cette date? Les Etoliens avaient combattu à Chéronée dans les rangs macédoniens ; rien ne nous apprend qu'ils aient fait défection dans la suite. Se séparer du parti d'Alexandre eût été pour eux commettre la plus invraisemblable des maladresses : ils n'étaient intéressés qu'à profiter de son absence pour arrondir leur territoire , et ils en profitèrent. Alexandre , de son côté, ne pouvait admettre qu'après l'humiliation de Thèbes et d'Athènes , un autre Etat , surtout un Etat protégé par son père, tentât de prendre leur place. Rien ne nous prouve donc qu'Alexandre ait pris des mesures contre les Etoliens et prononcé la dissolution de la ligue. L'envoi de l'ambassade peut avoir eu lieu aussi bien pour détourner le roi de sévir que pour implorer son pardon après une défaite. Antipater, son lieutenant, devait penser beaucoup plus à se ménager un parti en Grèce qu'à cotuprimer des révoltes; et nous savons qu'il s'entendait en effet avec les Etoliens , se sentant compromis dans le complot de Philotas (329).
Au reste, ce n'était pas la première conquête étolienne en Acarnanie ; Plutarque nomme cet épisode : « la révolte d'^Eniadse. « L'Acarnanie sera très longtemps tenue sous le joug par les Eto-
(1) Plutarque, Vie d'Alexandre, 49; Diodore, XVIII. 8.
(2) Arrien, I, 10, 3.
(3) Bazin, Mémoire sur l'Etolie, p. 262, dans les Archiv. des miss, scient., 2' série, 1. Ce mémoire est exclusivement une étude archéologique de topographie ; je n'ai donc consulté que les premiers chapitres relatifs à l'histoire et au caractère des Etoliens ; aucune découverte récente n'a infirmé les conclusions de l'auteur sur l'emplacement des principales villes de l'Etolie proprement dite.
liens et se révoltera souvent; sa soumission complète ne sera jamais assurée.
Pourtant il semble bien que , dès l'époque de la guerre lamiaque , une partie au moins de l'Acarnanie soit incorporée à la ligue (1). Il y a dans l'armée étolienne , en 322, un contingent acarnanien : « 'AxapvSveç èç to AItojXcxov (tuvt£Àouvtsç (2). »
(1) Strabon , X, l, 38, dit que les Acarnaniens firent, dans l'armée étolienne, les guerres contre la Macédoine et contre les Romains. Polybe nous parle au contraire de fréquentes révoltes.
(2) Pausanias, I, 25, 4.