‹ Les ligues étolienne et achéenneChapitre 42 sur 50 · CONCLUSION GENERALE · texte numérisé non relu

CONCLUSION GENERALE

Nous avons essayé d'indiquer, au moins d'une manière générale, les cause.^ de tout genre qui contribuèrent au développement des deux grandes fédérations étolienne et achéennc. Il nous paraissait difficile d'expliquer toute leur histoire, leur extension territoriale en Gi-èce, leurs révolutions, le caractère de leurs lois et leur mode de gouvernement par l'opposition permanente de deux partis : cotte opposition ne rendait point compte de tous les faits, bien qu'elle contînt une grande part de vérité. Nous en avons cherché d'autres , dans l'intention de compléter les études de nos prédécesseurs.

Les ligues étolienne et achéenne ont été gouvernées par des hommes politiques que l'esprit de parti ne guidait pas seul. Sans exagérer l'importance de ces deux Etats, on peut dire qu'ils furent autre chose que des associations fondées pour grouper, en Grèce, les partisans de deux sectes politiques. Leur formation territoriale fut favorisée par des circonstances différentes. La ligue étolienne, dont l'établissement remonte au quatrième siècle , fut véritablement puissante, libre de son action au dehors et conquérante. La confédération achéenne ne jouit presque jamais d'ime indépendance réelle, passa d'un protectorat à un autre et n'eut à se prononcer entre la Macédoine et Rome que pour obéir, quelle que fût sa décision. Mais nous connaissons mieux son histoire que celle des Etoliens, grâce à Polybe, et sommes portés, par une illusion naturelle, à en mesurer l'importance au nombre de détails que son œuvre nous a rendus familiers. Il est aisé, en critiquant le témoignage de Polybe , en rapprochant les diverses parties de sa déposition, de restituer leur juste proportion aux événements de cette époque. La ligue achéenne s'efforça péniblement, pendant un siècle environ , de grouper tous les Etats péloponnésiens; elle les gagna lentement à cette union précaire si souvent menacée par les sécessions et les révoltes.

Le développement des deux unions fédératives ne fut donc ni contemporain , ni comparable ; et Tétude de leur histoire ne peut nous amener à conclure qu'une hostilité permanente les sépara , hostilité inspirée par une opposition de principes politiques.

Certes , les dissensions intestines, les luttes des pauvres contre les riches portèrent le trouble en Etolie comme dans le reste de la Grèce ; mais l'Achaïe souffrit du même mal , et les révolutions paraissent avoir suivi les mêmes phases, avoir produit les mêmes effets chez les deux associations de peuples.

L'examen de leurs institutions révèle aussi une grande ressemblance. Dans les deux ligues , le système de représentation des villes et des peuples confédérés fut identique , l'organisation de l'autorité centrale et du pouvoir exécutif analogue , les droits de l'autonomie locale ménagés dans la même mesure. Les anciens avaient conscience de ce fait ; la comparaison leur venait tout naturellement à l'esprit. Philopœmeu , stratège des Achéens , embarrassé un jour pour donner son avis , s'excusa en invoquant l'exemple des stratèges étoliens (1). C'est que les attributions des magistrats étaient de tout point semblables ou presque semblables de part et d'autre; le témoignage des écrivains anciens nous fait constater presque exclusivement des analogies profondes entre les deux constitutions fédérales.

On peut même étendre cette observation à un grand nombre de pBuples grecs , si l'on étudie leur histoire pendant le dernier siècle de l'indépendance hellénique. Jamais les divers rejetons de cette même souche n'ont été si semblables entre eux, si imbus du même esprit public, si peu étrangers les uns aux autres , malgré les guerres et les dissensions intestines qui les mirent aux prises. Et c'est cette unité morale de la race hellénique qui fait l'unité de l'histoire des Grecs après la mort d'Alexandre. A ce moment , l'historien n'a plus à étudier chaque province de Grèce , sans se soucier des provinces et des cités voisines. Tout se tient , tout s'enchaîne, tout se ressemble; ce n'est plus même l'histoire de la Grèce , c'est l'histoire d'un monde beaucoup plus vaste créé par Alexandre : l'hellénisme.

Or, cotte transformation de l'esprit public des Grecs explique précisément la naissance du régime fédéral au cours des derniers siècles de la liberté. C'est à cette époque plus générale qu'il faut attribuer la fondation des deux ligues ôtolienne et achéenne , qui

(1) Tite-Livc, XXXV, 25, 7.

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