CONCLUSION GÉNÉRALE
seules , parmi les t'cdcrations helléniques , jouèrent un rôle de quelque importance.
Un de nos maîtres a montré avec une parfaite évidence que toute union stable de plusieurs peuples, môme de plusieurs cités grecques, était impossible jusqu'à cette époque (1). Tant que la cité antique se gouverna selon les principes et les inspirations de l'esprit municipal, il ne put y avoir entre des villes voisines qu'une association passagère. Les peuples se réunirent souvent autour d'un sanctuaire , établirent des Amphictyonies , mais ne se liguèrent jamais dans un intérêt commun d'une manière permanente. A Delphes même, où les peuples envoyaient des représentants, il n'y eut point d'association réelle; le plus fort y fit toujours prédominer son avis en modifiant à son gré la distribution des suffrages; et la Pythie eut toujours un inspirateur et un maître.
Mais du jour où ces conceptions disparurent de l'esprit des Grecs , un rapprochement se produisit aisément. Personne ne contribua plus qu'Alexandre à détruire l'antique tradition , à briser les barrières qui séparaient les Grecs. C'est l'honneur de l'historien allemand Droysen d'avoir expliqué dans toute son étendue l'œuvre du conquérant qui transforma le monde grec et rendit 1' « hellénisme » dominant sur toutes les côtes de la mer Egée.
Grâce à cette œuvre , le fédéralisme devint possible chez les Grecs. Le patriotisme local disparut ou fut atténué. Philippe V de Macédoine n'était plus un étranger dans les cités de la Grèce proprement dite ; il répondait par des plaisanteries aux Etoliens qui le sommaient d'évacuer la Thessalie en lui reprochant sa qualité de Macédonien (2). L'ancienne tradition semblait étrange à Polybe : l'historien achéen marque toute son admiration pour Philippe , père d'Alexandre , et condamne la politique de Démosthène.
A })lus forte raison , les peuples qui avaient si longtemps vécu isolés, quoique voisins, les villes que leurs cultes locaux avaient séparées les unes des autres , se rapprochèrent dans la Grèce proprement dite. Le mobile des nouvelles associations fut l'intérêt , la politique. Que d'anciennes haines aient subsisté, moins violentes pourtant qu'autrefois , il faut le reconnaître. La transfor-
(1) Fustel de Coulanges, Cité antique, liv, III, ch. xiv, De l'esprit municipal, p. 238-239 et ch. xvi, Les confédérations, les colonies, p. 248-253.
(2) Polybe, XVII, 5, 7.
mation ne pouvait pas être complète. Mais , en somme , les Grecs avaient appris, à l'école de la servitude macédonienne, l'art de s'unir et de s'associer dans un intérêt commun, de se mieux comprendre, de se faire mutuellement des concessions pour le bien général.
Telle est la cause principale et dominante qui amena en Grèce la fondation de républiques fédérales, parmi lesquelles les ligues étolienne et achéenne réunirent seules un grand nombre de peuples et de villes. Nous avons essayé d'indiquer à quel ensemble de circonstances ces deux Etats durent leur remarquable développement, cl surtout de démontrer (ju'on no peut réduire leur histoire à colle do doux sectes politi([uos rivales.