‹ Les limites de la biologieChapitre 13 sur 44 · Tous les mots soulignés le sont par moi · texte numérisé non relu

Tous les mots soulignés le sont par moi

2. « L'on apprécierait désormais rinteUigence des hommes selon la facilité plus ou moins grande avec laquelle ils accepteraient la doctrine évolutive • (Hacckel, cit. Brunetière, A, 89).

malades les cerveaux où elles se produisent ensemble, sans touteibis se mêler et se confondre »?

Je crois que la question peut être discutée et mérite de l'être.

D'ailleurs ces doctrines du monisme biologique que je veux essayer de combattre ici ont été en général plutôt soutenues par les biologistes • ou les philosophes-biologistes que par les philosophes proprement dits.

Ainsi Fouillée (B, 207) a même dû défendre la valeur de la science contre les écoles philosophiques qui voulaient la saper et l'absorber dans un monisme renversé; et il faut lire dans le même ouvrage la discussion de la réaction kantienne contre l'hégémonie de la science (xxlx et 323).

Il existe en effet un monisme renversé, un monisme psychologique, qui est, avec une formule opposée, le même que le monisme biologique. On le trouvera notamment exposé par Max Verworn (4G).

Je le combattrai de la même manière et avec les mêmes arguments que le monisme biologique ^.

1. On a « pu se demander s'il y a des hommes plus remplis de préjugés que les hommes de sciences lorsqu'ils n'ont reçu aucune culture philosophique » (Blum, 574). « Dès qu'ils mettent le pied sur le domaine des choses morales et sociales, ils éprouvent le vertige dont parle Platon : la tète leur tourne, leurs yeux sont éblouis et ils déraisonnent d'autant plus qu'ils sont plus habitués au raisonnement rectiligne des sciences positives... il ne leur reste plus, comme dit encore Platon, qu'à embrasser les arbres et les pierres qu'ils trouvent sur leur chemin » (Fouillée, F, cit. Blum, 574).

2. Segond {Bulletin critique, déc. 1902) trouve trop absolue celte condamnation. « L'iiypothcse atomiste, comme explication nouménale, est absurde, dit-il; l'hypothèse panpsychiste ne l'est pas. » {Note de la 3" édition.)

Car l'un et l'autre sont basés sur le même principe de l'unité du mode de connaissance pour l'homme.

C'est cette doctrine, d'ailleurs séduisante, de Vunité du mode de connaissance — doctrine dont l'esprit imprègne la plupart des livres contemporains — que je voudrais discuter. •

Je n'ai ni le temps ni la compétence nécessaires pour en entreprendre la réfutation en règle : c'est affaire aux philosophes (et je ne suis que médecin).

Mais je voudrais indiquer le plan et les grandes lignes de cette réfutation ; en tout cas montrer que la question existe, que le problème n'est pas dogmatiquement et déOnitivemeat résolu dans le sens que professent les positivistes; montrer, contre l'opinion de Le Dantec (A, 10 , que les produits de l'éducation philosopliique et les produits de l'éducation scientifique ne sont pas incompatibles.

J'y ajouterai même l'éducation religieuse et je tâcherai d'établir qu'il n'y a pas incompatibilité dans le même esprit entre les produits de ces trois éducations, puisqu'elles se complètent sans se contredire ; que la Biologie laisse et laissera toujours en dehors d'elle bien des questions qu'elle ne peut connaître, mais qui n'en existent pas moins et ne sont pas pour cela inconnaissables.

Son hégémonie ne s'étend pas à l'intellectualité entière et à toutes nos connaissances. Elle est notamment étrangère et indifférente aux solutions métaphysiques et religieuses de certaines questions qui lui sont inaccessibles ; elle les ignore, mais ne les interdit ni ne les contredit.

Je voudrais essayer de mettre au point cette question controversée qui tourmente bien des esprits soucieux d'allier les conquêtes les plus récentes de la Biologie et leurs anciennes convictions métaphysiques et religieuses.

Je crois que le monisme part d'un principe non démontré et non évident, donc pas scientifique, quand il dit : « Nous ne disposons que d'un point de vue sur les choses... l'alternative se pose de penser uniquement ou pas du tout... T (Lévy-Bruhl, 36).

Rien de moins positif que ce principe, posé comme un postulatum ou un axiome.

Non seulement cette loi ne me paraît pas démontrée; mais je crois possible de démontrer la loi diamétralement opposée.

C'est la conclusion de Goblot quand il dit (6 et 7) : « c'est l'opinion de beaucoup de philosophes, surtout du côté des positivistes, que la science, réalisant par ses progrès une conception de plus en plus simple de l'univers, tend à l'unité absolue, à la loi unique et suprême... Non, il n'y a pas de loi unique quijcontienne toutes les autres ».

Voilà précisément ce que je veux essayer de démontrer. Je voudrais prouver qu'il n'y a pas de science unique qui contienne toutes les autres, pas plus la Biologie que les autres.

La Biologie n'est pas la seule science; elle ne comprend pas toutes les autres sciences en elle-même.

Ses procédés et ses méthodes, quelque positifs et excellents qu'ils soient, ne sont pas nos seuls moyens de connaître.

Il y a, en dehors de la Biologie, d'autres sciences, d'autres modes de connaissance, tout aussi certains que la Biologie.

La Biologie a donc des limites, qu'elle ne dépassera pas, quels que soient ses progrès ultérieurs.

« Mes contemporains, dit Secrétan (11), m'ont instruit d'une vérité que l'enflure de la génération précédente ne m'avait laissé qu'obscurément entrevoir : ils m'ont expliqué que ce qui fait le prix de la science lui fixe aussi sa limite. >

Il est bon que chaque science fixe et connaisse exactement ses limites. C'est la condition de son succès et de son développement.

Car, seule, une délimitation exacte évitera l'éparpillement stérile des forces sur des terrains inaccessibles.

« ... De telles recherches (de délimitation) ne sont pas oiseuses. Il importe au progrès de chaque science que ses méthodes soient bien définies, ses problèmes nettement posés, et pour cela il faut se rendre compte de ses relations avec toutes les autres et de ce qu'on peut appeler, par analogie, saposition systématique...-» (Goblot, 2).

« Rien de plus important que de mesurer ainsi le vrai domaine de la science et d'en délimiter les frontières; il faut l'exactitude d'un géographe pour marquer les bornes oîi la terre ferme fait place à cet océan, dont la vue, dit Littré, est aussi salutaire que formidable. Cette étude des bornes du savoir, si grande et si belle en soi, offre plus d'intérêt encore quand ce sont les savants eux-mêmes qui, arrivés aux frontières de leur science, plantent eux-mêmes la borne. C'est ce qui donne une importance particulière aux discours de Du Bois Reymond sur les Limites de la science expérimentale et à son étude ultérieure sur les Sept énigm.es du w.onde... Rappelons aussi les discours analogues de Tyndall, de Virchow, de Nœgeli, sur les limites de la connaissance de la nature » (Fouillée, A, 26).

Je n'ai certes pas la prétention ridicule de comparer, même de loin, le présent Essai aux travaux de ces grands savants. Mais je peux bien dire que j'ai trouvé dans ce passage de mon maître Alfred Fouillée une justification de mon entreprise et un encouragement à la poursuivre.

Donc, voilà le problème posé et voici la thèse que je vais essayer de soutenir :

La Biologie a des limites;

Il y a des choses qui ne sont pas de sa compétence, qu'elle ignorera éternellement parce qu'elles sont autres ;

Ces choses autres sont cependant connaissables pour l'homme par d'autres méthodes, d'autres voies intellectuelles; elles sont l'objet d'autres sciences;

Que sont ces sciences autres?

Quelles sont les limites de la Biologie?

A. — Limites inférieures de la Biologie.

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