C'est moi qui souligne
végétal. Uidèe des animaux supérieurs est plus claire que celle des animaux inférieurs. L'homme enfin est pour nous la principale unité biologique, et c'est d'elle que part la spéculation dans cette science. »
Voilà une proposition, bien remarquable, qui fera accuser Auguste Comte d'anthropocentrisme par les savants qui, comme Le Dantec, veulent au contraire commencer toujours l'étude par le bas de l'échelle, par les êtres dont la vie est tellement obscure et réduite qu'on se demande s'ils vivent ou non ou tout au moins si ce sont des végétaux ou des animaux.
A ces savants Auguste Comte disait d'avance : « Dès qu'il s'agit des caractères de l'animalité, nous devons partir de l'homme et voir comment ils se dégradent peu à peu, plutôt que de partir de l'éponge, et de chercher comment ils se développent. La vie animale de V/wmme nous aide à comprendre celle de l'éponge; niais la réciproque n'esf pas vraie » (Lévy-Bruhl, 214).
Qu'eût-il dit s'il avait vu, pour l'étude de l'individualité, de la morale et du raisonnement, partir, non plus de l'éponge, mais des plastides.
En somme, Comte conclut que « nous ne saurions jamais rattacher le monde organique au monde inorganique que par les lois fondamentales propres aux phénomènes généraux qui leur sont communs ».
Et il déclare « irréductible » le « caractère biologique » des « phénomèces de la vie ».
De même J.-B. Dumas : ce que l'homme « a découvert, en étudiant les forces physiques, n'a servi qu a constater qu'entre elles et les forces morales il n'y a rien de commun ».
Et Blum, qui fait cette citation, ajoute (5.34) : sui- \ant l'expression de Cournot, « il y a une distinction essentielle entre une masse inorganique qui est un bloc et un organisme qui est un tout ».
De même, Fouillée : « Seuls des hommes incompétents peuvent... croire que des atomes bruts, disposés d'une certaine manière, comme les diverses pièces d'un moulin, arriveront à penser » (Cit. Blum, 540).
Et Caro : « La vie est donc autre chose qu'une résultante des forces et des propriétés physicochimiques dans les circonstances données. Elle précède le développement des propriétés organiques, lesquelles ne s'expliquent que par elle. Voilà d'un seul coup le commencement de la vie mis en dehors des phénomènes matériels » (Cit. Blum, 540, note).
Renouvier exprime la même pensée : « l'explication mécanique prétendue des phénomènes vitaux n'est point une explication de la vie même. L'aphorisme célèbre de Leibniz nisi intellectus ipse, prononcé à propos de la réduction des idées aux sensations, est également vrai comme un nisi ipsa vita appliqué à la réduction de la physiologie au mécanisme » (Cit. Blum, 547).
Et Blum conclut (546) de ces diverses citations : € tout être vivant présuppose un germe vivant et par conséquent irréductible aux seuls éléments physicochimiques ï.
Je citerai enfin Fonsegrive qui résume bien la même doctrine (496) :
c ... Les lois chimiques ne peuvent suffire à expliquer la vie. Ici nous avons pour nous non seulement le raisonnement et la logique, mais l'expérience même. Les découvertes de Pasteur ont rejeté dans le domaine des vieilles théories démenties par les faits, la thèse des générations spontanées. Omnevivum ex vivo, telle est la loi qui se dégage de toutes ces expériences, qui ne sont pas moins admirables aux yeux du philosophe et du logicien qu'instructives pour le médecin et fécondes pour l'humanité. Par suite donc on ne peut passer par voie d'analyse du domaine des choses
mortes au domaine des êtres vivants, de la chimie à la liiologie. Par ses belles recherches de synthèse M. Berthelot n'a montré qu'une chose : c'est que les lois de la chimie sont les conditions nécessaires de la vie; mais toutes les synthèses opérées dans le laboratoire sont inertes et mortes, elles manquent du ferment de vie, elles ne sont pas des conditions suffisantes. Sans elles la vie ne peut être, mais avec elles seules elle ne peut se montrer. »
Donc, la Biologie ne doit pas être identifiée aux sciences physicochimiques ^ Voilà une première limite de la Biologie.
Une remarque est nécessaire ici avant de pass-^r aux chapitres suivants.
Je croi€ fermement que la Biologie est et restera une science séparée, distincte, irréductible à la science physicochimique.
Cependant je dois ajouter que la limite qui sépare ces deux sciences est bien moins radicale, absolue et définitive que les suivantes.
On ne peut pas dire qu'il soit antirationnel de supposer qu'un jour on trouvera le moyen de passer d'un corps brut à un corps vivant et par suite d'unifier ces deux sciences.
Je ne crois pas que cela arrive; mais je reconnais que cela peut arriver ; tandis que je déclare rationnellement et définitivement impossible la suppression des limites que nous allons étudier maintenant sous le nom de limites latérales et de limites supérieures.
1. Tous les chapitres suivants développeront encore cette pensée. Car si la morale, l'esthétique, les sciences abstraites, la métaphysique séparent l'homme des autres animaux, à plus forte raison le séparent-elles des corps bruts et du monde inorganique.
B. — Limites latérales de la Biologie.