‹ Les limites de la biologieChapitre 26 sur 44 · Il ne faut cependant pas confondre dans la même con · texte numérisé non relu

Il ne faut cependant pas confondre dans la même con

M. Becque au théâtre, et à leur suite tous les infiniment petits du théâtre et du roman, nesont-ce pas des cas qu'ils exposent, des mémoires qu'ils composent, en hommes qui mènent une vaste enquête sur Thumanité contemporaine? ne sont-ils pas tous des spécialistes qui professent et au besoin donnent des consultations? Le théâtre libre n'est-il pas fondé, obscénité à part, sur la prétention de décrire avec toute la rigueur et l'impassibilité de la science les plaies, les détraquements, les malaises de notre pauvre siècle? Et y a-t-il rien de comique comme de voir le respect profond avec lequel une foule de candides auteurs touchent à leurs propres fantaisies, émus et graves comme un carabin devant son premier cadavre? »... D'autres, au lieu de professer, prêchent, révèlent, « tant on conçoit peu que la littérature ne soit pas faite pour découvrir et communiquer le vrai » (Lanson, 323).

Depuis que cette jolie page a été écrite, que de pièces à thèse médicale le théâtre a vu éclore : En paix de Louis Bruyerre sur les aliénés et la loi qui régit leur internement, UEvasionei Les Remplaçantes de Brieux sur l'hérédité et sur l'allaitement maternel et les dangers de l'allaitement mercenaire (plus récemment les Avariés), la Nouvelle Idole de Curel sur l'inoculation du cancer et le droit à l'expérimentation mortelle sur l'homme...

1 Dans le roman, l'analyse psychologique la plus minutieuse, les influences physiologiques devront être mises en œuvre à chaque instant pour nous expliquer les actions des personnages. Au théâtre, il n'en devra pas être autrement. Les acteurs devront nous expli-

damnation les littérateurs qui font de la Biologie (et qui, à mon

sens, ont tort) et les littérateurs qui font de la psychologie (ce qui me paraît permis, ou en tout cas, ce que je ne me sens pas la compétence de condamner).

quer leurs actes par des suggestions ', des idées fixes 2, des influences héréditaires 3, ou des maladies delà volonté* » (Fonsegrive, oo3).

Jusqu'au conte, qui, chez Guy de Maupassant, « est devenu réaliste » (Jules Lemaître, G).

La poésie elle-même n'a pas échappé à cette prise de possession par l'esprit scientifique.

« Toute une école de poètes a soutenu qu'un poète ne doit être qu'un traducteur passif des impressions qu'il éprouve en face des événements déterminés de la nature. Poètes et romanciers, tous ne veulent qu'éveiller dans l'esprit du lecteur les mêmes sensations, les mêmes impressions qu'ils ont ressenties euxmêmes à la vue de l'objet qu'ils décrivent ou de l'événement qu'ils racontent. Aussi leur poésie est-elle surtout objective. Décrire l'objet, faire naître par le jeu des mots et le cliquetis des métaphores les images visuelles, sonores, tactiles, odorantes, sapides que produirait l'objet même, voilà leur but, et il faut avouer que souvent ils l'atteignent avec un bonheur surprenant. L'âme du poète est un écho sonore qui répercute les bruits des choses extérieures, mais qui ne s'y mêle pas. S'il y a une idée sous la sensation, c'est au lecteur, au spectateur à la retrouver : l'artiste a rempli son rôle, il a été un miroir fidèle et complet de la nature » (Fonsegrive, 55*2).

Dans sa remarquable et déjà ancienne Étude sur Leconte de Lisle, Paul Bourget a très bien montré (339) combien cette « question des rapports de la science et de la poésie se trouve étroitement liée à celle de l'art moderne... Plusieurs excellents esprits

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