‹ Les limites de la biologieChapitre 4 sur 44 · PREFACE VII · texte numérisé non relu

PREFACE VII

Sciences naturelles ou mathématiques aient cessé de progresser, mais que leurs méthodes appUquées à l'Art, à la Littérature, à la Morale, à la Politique se sont trouvées insuffisantes.

La grande originalité du livre de M. Grasset réside dans une analyse supérieurement menée des raisons qui nécessitaient cet apparent insuccès des méthodes scientifiques et dans la démonstration que cet insuccès ne prouve rien contre l'application de la Science à des domaines nouveaux. Il a semblé à ce savant que partout où ces méthodes avaient échoué, la cause en était que justement elles n'avaient pas été assez scientifiques. Si la Science consiste, par définition, dans une étude objective de la réalité, n'est-il pas évident que son premier soin doit être de subordonner ses procédés de recherche à la nature propre, ou, si l'on veut, à l'espèce de cette réalité? Une vue très vraisemblable, mais toute métaphysique, c'est-à-dire non démontrée scientifiquement, nous fait seule concevoir la totale unité du cosmos. Le monde ne se présente à nous, quand nous nous en tenons à l'observation, que fragmenté, que distribué en séries de phénomènes parallèles et distincts. Nous constatons ainsi qu'il y a des groupes de faits physico-chimiques, des groupes de faits physiologiques, des groupes de faits mathématiques, des groupes de faits psychologiques, des groupes de

faits sociaux, des groupes de faits religieux. Ces faits sont, pour notre expérience, irréductibles les uns aux autres, même quand notre raison ne se satisfait pas d'une telle multiplicité. Cette énumération des objets de la connaissance est très incomplète. Elle n'est pas classée. Elle suffît à démontrer que les Sciences, si elles ont des moyens communs d'investigation doivent en avoir aussi de particuliers. Cette règle a-t-elle été suivie dans les travaux dont l'insuccès a fait conclure à la banqueroute de la Science? C'est le sujet véritable de l'étude de M. Grasset. Il affirme que non, et il en donne la preuve.

Si l'on examine en effet avec soin, les conceptions des critiques et des romanciers, des politiques et des sociologues que j'ai cités plus haut, dans leurs parties caduques, on reconnaît que toujours ou presque toujours, ils ont entendu par ce terme très général : la Science, une Science très particulière, et que cette Science a été la Biologie. On peut retracer à peu près ainsi la marche de leur pensée : ils ont estimé que le point de vue scientifique consistait à considérer tous les phénomènes psychologiques et spirituels comme des phénomènes naturels, c'est-à-dire conditionnés. Jusqu'ici rien que d'admissible. L'erreur a commencé quand, voulant préciser ce mol naturels, ils l'ont traduit par cet autre : vivants. Une invincible analogie les a conduits à rapprocher jusqu'à les identifier les faits de vitalité morale, si l'on peut dire, et les faits de vitalité organique. Ils ont

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