Science catholique
•2. Surbled renouvelle l'objection à propos du centré psychique des émotions.
3. Voir ma Communication au Congrès de Paris (1904) sur « le problème des localisations psychiques dans le cerveau » et mon livre sur le Psychisme itîférieur, Bibliothèque de philosophie expérimentale, 1906. {Note de la 3" édition.)
4. Voir mon article Pensée et Cerveau. La doctrine biologique du double psychisyne et le spiritualisme. Réponse au b' Surbled, Revue de Philosophie, 1904, t. IV, p. 201. {Note de ta 3' édition.)
« La biologie est la science de la vie et des êtres vivants. Il est donc bien nécessaire qu'il y ait, en dehors d'elle, la science des êtres non vivants. Cela saute aux yeux. Si un monsieur fait une collection de timbres-poste, il fait autre chose que s'il faisait une collection de cartes postales... Par définition! Cela est évident! Comment n'y avions-nous pas songé? Vous collectionnez des cartes postales, moi des timbres' poste; ce n'est pas la même chose. 11 y a sur la terre des corps que nous appelons vivants et d'autres que nous appelons bruts : c'est une classification admise par tout le monde, et venez me dire ensuite que les corps vivants ne diffèrent pas essentiellement des corps bruts ! C'est contraire à la définition; c'est absurde... »
A travers l'ironie, on retrouve ce raisonnement dangereux dont nous nous rendons tous, plus ou moins souvent, coupables : les mots dont je me sers expriment tous une idée précise basée sur les faits, les mots dont se sert mon adversaire ne sont que des sons, sans base scientifique, de pures explications verbales, qui ne donnent que l'illusion d'une démonstration, bombinantes in vacuo...
Mais M. Le Dantec a aussi des arguments sérieux.
« Je me demande, dit-il, comment il se fait qu'un mode de connaissance indissolublement lié à l'état de vie de l'individu qui s'en sert (car on n'a pas le droit, jusqu'à nouvel ordre, de croire que les métaphysiciens et les théologiens seraient capables, s'ils étaient morts, de continuer à faire de la métaphysique et de la théologie), soit en dehors du cadre de la science de la vie et des êtres vivants.
ï A ce point de vue, la biologie aurait droit de contrôle sur toutes les sciences, puisqu'il n'y a pas de science pour un être qui ne vit pas et que par conséquent le mode de connaissance appliqué à l'étude
d'une science quelconque dépend forcément de la nature de celui qui étudie cette science. »
Ce qu'on peut déduire de ces considérations, c'est qu'en toute science humaine il y a un certain degré d'anthropocentrisme ou d'anthropoïdéisme qu'il faut pardonner parce qu'il est inévitable. Je suis homn.e et tout ce que je pense ou je sais, je le pense ou je le sais en homme.
Mais, cela accepté, il y a une confusion qu'il faut éviter sur les mots science de l'homine.
Toute science acquise par l'homme a ce caractère numain ; mais la science ayant pour objet la vie de l'homme n'est qu'une partie de cette science acquise par l'homme. Il| ne faut donc pas confondre ces deux sciences , quoique l'une et l'autre puisse s'appeler « science de l'homme ».
Donc, tout le raisonnement de M. Le Dantec s'applique à toutes les sciences acquises par Vhomme vivant, mais ne s'applique nullement à cette branche particulière de ces sciences que l'on appelle la Biologie : la seule que j'aie jamais eue en vue.
M. Le Dantec ne comprend pas qu'après avoir essayé de tracer les limites entre la biologie et la science physicochimique, je déclare ensuite cette limite moins radicale, absolue et définitive que celle qui sépare la biologie de la métaphysique et des mathématiques par exemple K
d. Le même reproche m'a été fait, avec plus ou moins de courloisie, de divers côtés. « Voilà un aveu qui nous dispense de poursuivre cette fastidieuse lecture, dit Souley Darqué dans la Raison (13 mars 1904)... 11 suffit. Tout ce que pourra dire désormais M. Grasset sur ce sujet sera vide de sens... Ce fait considérable accordé, tout le reste du pénible échafaudage de M. Grasset est emporté du même coup. La psychologie, la morale, l'esthétique, les sciences morales, les mathématiques, la métaphysique et la théologie ne peuvent être,.
La chose me paraît cependant simple. La biologie et la physicochimie sont des sciences d'observation extérieure et d'induction; elles ne diffèrent donc que par leur objet; ce qui est beaucoup, mais n'est pas tout.
Les mathémathiques et la métaphysique, au contraire, sont basées sur l'observation intérieure et la déduction. Ces sciences et la biologie diffèrent donc non plus seulement par leur objet, mais par leur point de départ, leur principe, leur méthode, leur essence môme.
Et ainsi, tout en admettant des limites actuelles entre la biologie et la physicochimie, je ne repousse pas comme impossible dans l'avenir telle découverte qui identifierait les êtres vivants aux corps bruts : cette découverte n'est pas faite, mais elle n'est pas rationnellement irréalisable.
J'estime au contraire qu'il n'y a pas de découverte possible, dans un avenir quelconque, qui puisse identifier l'induction et la déduction, une science expérimentale comme la biologie et une science rationnelle comme les mathématiques et la métaphysique : j'ai tort d'insister sur cette idée, mon livre entier n'a pour but que de l'établir.
M. Le Dantec me fait l'honneur de m'associer, dans son argumentation, à MM. Alfred Fouillée et Brunetière : il va sans dire que je n'aurai pas l'outrecuidance de présenter leur défense.
Mais, à propos de ce dernier, je signalerai la tentative que fait iM. Le Dantec pour nous mettre en contradiction l'un avec 1 autre. Il semble heureux de trouver « deux apologistes qui se contredisent ».
comme il le prétend, séparées de la Biologie. » J'avoue ne pas comprendre comment l'absorplion de la Biologie dans la physicochimie ferait immédiatement rentrer dans celte Biologie la métaphysique et la théologie. {Noie de la 5° édition.)
D'abord, si j'ai fait de l'apologétique, c'est à la façon de M. Jourdain : je n'en ai jamais eu l'intention et m"en suis toujours ouvertement défendu.
Ensuite, sur quoi porte le débat? Sur la conception de la morale. J'ai essayé de démontrer que tout, dans la morale, ne revient pas à l'hygiène sociale : M. Brunetière aurait dit le contraire.
Ici encore il faut éviter les confusions de mot. J'admets très bien que l'application générale et universelle de la morale dans une société serait la meilleure hygiène sociale et conduirait cette société au bonheur et à la prospérité matérielle. Mais je n'admets pas pour cela que la base, le point de départ de la morale soit précisément ce résultat de bonne santé sociale à atteindre. J'admets et j'ai essayé de démontrer que la morale a un autre principe que l'intérêt, même de la société.
Pour démontrer celte proposition, je me suis trop souvent appuyé sur les opinions mêmes de M. Brunetière pour admettre qu'il y ait désaccord entre nous Sût ce point...
4. — Dans une grande solennité récente, à la Sorbonne, M. Berthelot a dit : « La science élève plus loin ses légitimes prétentions. Elle réclamt'. aujourd'hui à la'fois la direction matérielle, la direction intellectuelle et la direction morale des sociétés. »
« A la bonne heure, dit M. Emile Faguet * en jcitant cette phrase ainsi soulignée , à la bonne heure et voilà les choses remises au point. La science n'a pas de prétentions exagérées ni indiscrètes. Elle n'a que des prétentions légitimes. Elle ne réclame que trois directions des sociétés : la direction matérielle, la direction intellectuelle, la direction morale; aux autres le reste.