‹ Les limites de la biologieChapitre 6 sur 44 · PREFACE XI · texte numérisé non relu

PREFACE XI

chacun de ces domaines une méthode commune par certains points, et distincte par d'autres. Il s'agit donc d'examiner si, dans les travaux prétendus scientifiques qui ont fait crier à la faillite de la Science ces deux principes ont été appliqués. Un seul exemple suffit. Le signataire de ces courtes notes demande qu'il lui soit permis, eu égard à la nature de ses propres travaux, de le prendre dans le domaine littéraire. Dans cette tentative acharnée qui fut celle d'Emile Zola pour donner au roman une rigueur scientifique, tout est-il à rejeter, je parle du point de vue scientifique? Evidemment non. Imaginez qu'un historien veuille étudier scientifiquement les conditions de l'existence populaire en France, dans les commencements de la troisième République, il ne pourra se passer de consulter ï Assommoir, Germinal, le Ventre de Paris. Un psychologue qui voudra ramasser des notions précises sur la mentalité de l'artiste moderne, en recueillera de capitales, dans VŒuvre, de même qu'un sociologue en saura plus sur les anarchistes, en lisant Paris, qu'en dépouillant vingt volumes consacrés au même sujet. Il suffit de comparer ces romans à des ouvrages du même genre : les Mystères de Paris ou les Misérables, pour se rendre compte qu'un esprit nouveau a passé par là, qui n'est autre que l'esprit scientifique. Sue et Hugo ne le possèdent à aucun degré, au lieu qu'il s'unit dans Zola aux plus hardies facultés du visionnaire et de l'écrivain. Mais ici, — j'entends dans les exemples que je viens de citer, — cette union s'ac-

complit dans les Limites, pour employer la formule de M. Grasset, et d'après la norme que la nature spéciale de l'œuvre dart impose. Je dis que l'esprit scientifique se reconnaît dans ces romans. A quel signe? A ceci que le principe de l'exactitude documentaire y gouverne souverainement l'imagination de l'écrivain. Il veut amasser des faits réels, et il se soumet à cette réalité. En cela il est un savant. Mais en amassant ces faits il les vit, si l'on peut dire. En ceci il reste un artiste. Il a l'ambition de dégager les lois générales de l'activité humaine. En cela encore, il est un savant. II les incarne dans des individus, qui deviennent des êtres, des personnes, qui vont, qui viennent, qui parlent, qui agissent, qui jouissent, qui souffrent. Voici l'artiste. La Science, au lieu de fausser l'Art se coule en lui. C'était précisément le contraire quand l'auteur du Roman expérimental dressait l'arbre des Rougon-Macquart, ou qu'il amalgamait la doctrine de Claude Bernard et l'esthétique de la littérature romanesque de manière à les fausser l'une et l'autre et l'une par l'autre.

On pourrait pratiquer une opération d'analyse semblable sur tous ceux de nos contemporains qui se sont piquées de rajeunir, qui la Critique, qui la Poésie, qui la Religion, qui la Morale, qui la Politique, qui la Sociologie. Ce cas très particulier suffit. Un peu étranger à la matière môme du livre de

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