PREFACE XIII
M. Grasset, en apparence, il permet bien d'en mesurer la portée et d'en préciser le caractère. Certains ont voulu voir dans les Limites une œuvre de tendance négative, presque un pamphlet contre la Science. L'auteur cite lui-même, dans une note, non sans ironie, cette phrase d'un de ses détracteurs : « On s'afflige d'apprendre qu'un clinicien de la valeur de M. Grasset est clérical. 0 la terrible folie! » En réalité, ces quelques pages sont le plaidoyer le plus décisif en faveur de la Science et de la méthode scientifique, mais de la Science définie, comme elle doit l'être : la soumission de l'intelligence au fait, et delà méthode scientifique pratiquée comme elle doit l'être, modestement, rigoureusement, sans généralisation préalable, sans postulat anticipé, sans hypothèse métaphysique. II est bien significatif que cette conception de la Science ait conduit l'illustre médecin à un traditionnalisme qui fut aussi celui de Taine dans les Origines de la France contemporaine, de Renan dans la Réforme intellectuelle et morale, — magnifiques ouvrages où ces deux maîtres ont abordé l'histoire et la politique, non plus cette fois avec des hypothèses de type scientifique, mais avec la méthode scientifique, simplement. La grossière critique adressée à M. Grasset par un des innombrables « pense-petit » de l'anticléricalisme, atteste, dans la naïveté de sa surprise, combien une telle position d'esprit est encore exceptionnelle. A peine est-elle intelhgible à la plupart, tant sont profonds les préjugés dérivés du dix-huitième siècle et renou-
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velés, SOUS une autre forme, vers le milieu du siècle dernier, sur l'antinomie de la Science et de la Tradition. Quand on a bien pénétré l'idée fondamentale des Limites de la Biologie, on se rend compte que cette antinomie ne repose sur aucune nécessité rationnelle. Il y a des domaines où la Tradition a pu être contraire à la Science : ainsi pour tout ce qui regarde l'interprétation des phénomènes physiques et chimiques. Il y a d'autres domaines où cette Tradition n'a été que la mise en œuvre instinctive et spontanée des lois de la nature, et, dans ces cas, la Science n'ayant pas d'autre but que la découverte de ces lois, il est évident que la prétendue antinomie n'existe pas. Une langue est parlée avant toute grammaire, et cette grammaire n'est une Science que si elle se conforme à ce fait antérieur, irraisonné, irrationnel souvent, mais souverain, mais indiscutable parce qu'il est lœuvre de la toute-puissante nature : l'Usage, autant dire la Tradition.
Nous arrivons à reconnaître ainsi que, dans le domaine des mœurs, la méthode scientifique consiste essentiellement dans une constatation^ et que cette constatation ne peut être faite ni avec les procédés des mathématiques, ni avec ceux de la biologie. Construire, par exemple, une Société a priori d'après des principes abstraits, proclamés comme des axiomes, c'est se condamner à un avortement certain. Ces principes ont beau être scientifiques, cette construction, elle, est, par définition, anti-scientifique. On n'obtiendra pas davantage un résultat sa tis-