I. V. Théorie nous'elle de la vie, op. cit., p. 187 et
D'ailleurs, dans l'organisme et en dehors des expériences de laboratoire, l'influx nerveux va toujours d'une cellule vivante à une cellule vivante et sa production est d'origine chimique comme le résultat définitif de son activité est de nature chimique.
Il ne faut pas oublier, cependant, que, comme toutes les réactions chimiques, les phénomènes vitaux s'accompagnent de manifeslations physiques (chaleur, électricité, lumière) que d'autre part, comme toutes les réactions chimiques, ils ne peuvent s'accomplir que dans certaines conditions physiques (chaleur) ; il est donc naturel aussi que les agents physiques susceptibles d'influencer les réactions chimiques, l'électricité, par exemple, puissent déterminer des modifications dans les réactions vitales ; l'action de l'électricité sur un nerf détermine à l'extrémité de ce nerf une activité analogue à celle qu'y provoque l'influx nerveux, mais cela ne prouve pas que l'influx nerveux soit analogue à l'électricité : cela prouve seulement que l'électricité peut intervenir dans les phénomènes chimiques de la vie, de même qu'elle détermine, dans l'électrolyse, des décompositions de sels.
L' évolution phénomène chimique. — Pour le moment nous avons localisé objectivement la vie parmi les phénomènes naturels, ainsi que Lamarck a le premier enseigné qu'il est légitime de le faire ; mais le grand évolutionniste ne s'est pas borné à affirmer que les actions vitales sont la répercussion des mouvements de la matière ambiante ; il a montré aussi que l'influence du milieu, outre qu'elle déterminait l'activité des organismes, pouvait également modifier les propriétés de ces organismes au point de rendre
leur activité différente de ce qu'elle était précédemment.
Pour nous qui avons vu comment toutes les manifestations de la vie dérivent, en fin de compte, de la nature des phénomènes chimiques de l'assimilation, une modification des propriétés d'un organisme n'est autre chose qu'une modification des molécules vivantes qui le constituent. De même que l'activité vitale, l'évolution des êtres organisés est un phénomène d'ordre chimique.
Dans cette synthèse très rapide des phénomènes biologiques, il ne sera pas inutile de donner un exemple, purement théorique, mais extrêmement synthétique, de la variation d'une espèce par adaptation au milieu. Supposons une masse plastidaire sphérique à l'état de vie manifestée, dans un milieu donné : que cette masse soit sphérique cela veut dire que les courants molaires d'échanges nutritifs (courants qui résultent de l'activité chimique assimilatrice et qui en même temps entretiennent cette activité) déterminent un mouvement qui rend sphérique la forme ' du protoplasma.
Je comprime cette sphère dans un grillage cubique ; je modifie ainsi les conditions molaires d'équihbre ; j'influe donc sur les courants d'échange qui ne sont plus ce qu'ils auraient été sans mon intervention et il est tout naturel que les réactions chimiques, liées à ces courants, en soient elles-mêmes modifiées. Souvent, les substances vivantes seront détruites par cette brusque modification des circonstances ; mais il sera possible que, au heu de se détruire, ces substances se modifient et s'adaptent à ce nouveau régime de manière à
ï. Il ne faut pas oublier, en effet, que la forme d'une masse plastidaîre résulte d'un mouvement constant, tant qu'elle n'est pas fixée par un squelette encroûtant ; là encore, l'immobilité molaire apparente nous trompe •ur la nature réelle des faits.
rendre ensuite normale la forme cubique du plastide, même en dehors de l'intervention du grillage*. Il se sera manifesté ainsi une réversibilité encore plus merveilleuse que celle de la machine Gramme et du téléphone. Une substance chimique a détermine par son activité assimilatrice des mouvements qui lui donnent la forme A ; on lui impose la forme D et elle se transforme en une substance b qui est liée à B comme a l'était à A. Mais cette réversibilité est loin d'être générale ; bien peu d'adaptations sont possibles pour une espèce donnée ; le plus souvent, les modifications trop profondes dans les conditions du milieu entraînent la mort de ses habitants ; mais il y a des adaptations possibles et c'est là l'origine de l'évolution et la clef du phénomène si merveilleux connu sous le nom d'hérédité des caractères acquis, savoir, le retentissement réversible du molaire sur le moléculaire.
I . J'ai longuement développé cet exemple en montrant le rôle de la sélection naturelle dans rétablissement de la réversibilité. (V. L'Unité dans l'Etre vivant.)