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LES OSAGES

Le 13 août 1827, — au moment où Sa Majesté Charles X lie savait où donner de la tête, au moment où le pays tout entier bouillonnait sourdement, où M. de Monllosier venait d'adresser à la Chambre des pairs sa fameuse pétition contre les Jésuites, où l'Académie française, vraiment française alors, protestait en faveur de la liberté de la presse, où les étudiants s'insurgeaient au Collège de France, où l'on rétablissait la censure, où l'on songeait à renverser le ministère Villèle, où le gouvernement et les gouvernés se regardaient « en chiens de faïence, » — six personnages, étranges autant qu'étrangers, descendaient à l'hôtel de la Terrasse, rue 'de Rivoli, et venaient faire diversion aux complications politiques.

C'étaient six Indiens de la Haute-Louisiane, six beaux échantillons, mâles et femelles, de la famille des Sioux- Osages, ces tribus guerrières qui, dans les diflerends entre la France et l'Angleterre, avaient toujours pris parti pour la France, — sans trop savoir pourquoi ils n'avaient pas pris aussi bien parti pour l'Angleterre.

Les hommes^ au nombre de quatre dont un chef, étaient nus jusqu'à la ceinture, ce qui permettait d'admirer leur torse de cuivre rouge, et ils s'enveloppaient la partie inférieure du corps d'une couverture rayée qu'ils ne quittaient jamais. Ils avaient le visage tatoué de lignes parallèles, peintes en vermillon. Leur tète était

rasée, excepté au sommet où se dressait mie petite huppe peinte eu rouge, et d'où partaient deux queues tressées surmontées d'une plaque d'argent et d'une plume de vautour. A leurs pieds étaient des mocassins de castor attachés par des jarretières rouges qui montaient en se croisant jusqu'aux genoux.

Les femmes, au nombre de deux et toutes deux fort jolies et fort coquettes, n'étaient malheureusement pas aussi peu habillées que leurs compagnons. Tout au contraire, et comme si elles eussent eu à dissimuler des formes disgracieuses, elles étaient enveloppées depuis le genou jusqu'au cou d'une tunique de diverses couleurs , recouverte par une autre tunique rouge un peu plus longue. Quant à leur visage, aussi cuivré que celui des hommes, il était un peu moins tatoué. Quant à leurs cheveux, elles les portaient à l'européenne, avec cette seule difiérence que la raie du milieu, au lieu d'être blanche, était vermillonnée.

Leurs noms n'étaient pas moins étranges que leurs personnes. Le premier Osage, âgé de 38 ans, s'appelait Ki/iegashugah, ou le Petit Chef; il était prince du sang, — probablement par ce qu'il avait enlevé plusieurs chevelures à ses ennemis. Le second Osage, confident du premier, comme un simple Pylade, s'appelait Washingsahbé, ou V Esprit Noir. Le troisième Osage s'appelait Minkchata/woh, ou le Jeune Soldat, et il était âgé de 22 ans. Le quatrième et dernier Osage s'appelait Marcharkitahtoongah, onle Gros Soldat, et il était âgé de •45 ans : ces deux derniers composant la suite des deux premiers. Les deux femmes, qui n'avaient ni conii-

dentés ni suivantes, s'appelaient, l'une, la femme du chef, Myhavgah, l'autre, sa cousine, Grétomih, et, à elles deux, elles n'avaient que 36 ans.

Après que leur interprète et cornac, Paul Loise, — né au fort Louis, d'un Français et d'une Osage, — eut présenté ces six sauvages au roi Charles X, il les présenta aux Parisiens qui s'en émerveillèrent — pendant huit jours. Il les conduisit à l'Opéra, aux Nouveautés, à la Gaité, à Tivoli, sous prétexte de les instruire, mais en réalité pour les montrer comme des bètes curieuses à des curieux plus, bètes qu'eux. Puis, quand il les eut conduits et présentés partout, il ne les présenta plus nulle part — où d'ailleurs ils n'eussent plus excité la moindre curiosité. Le moment était mal choisi, les Parisiens étaient trop occupés des graves affaires qui s'agitaient autour d'eux : les pauvres Osages durent ae rembarquer et regagner le pays natal, où j'espère que leurs os reposent en paix aujourd'hui.

Mes frères les peaux-rouges, vos frères les peauxblanches sont plus curieux à voir que vous, et je m'étonne qu'aucun Baruum français n'ait pas encore songé à en promener un demi-quarteron à travers le Nouveau- Monde : au lieu de nous faire rire, c'est vous qui auriez ri de nous !

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