CHAPITRE I* HISTORIQUE
La question de la cholestérolémie dans les ictères hémolytiques avait été déjà abordée par Chauffard et ses collaborateurs dès leurs premiers travaux sur le cholestérol. En 1911, Chauffard, Laroche et Grigaut (2) notaient l’absence d’hyper-cholestérolémie dans les ictères hémolytiques congénitaux.
En 1913, Grigaut dans sa thèse (3) revenait sur ce fait et mentionnait comme précédemment que contrairement à l’ictère hépatogène, l’ictère hémolytique évolue sans augmentation du taux de cholestérol.
Entre temps Oulmont, Boïdin et Laudat (4) en 1912, rapportaient un cas d’ictère hémolytique acquis où non seulement le cholestérol n’était pas augmenté, mais où il était nettement au-dessous de la normale. Ils signalaient l’importance de cette hypocholestérolémie, qui se trouvait mentionnée pour la première fois, et ils posaient nettement le problème suivant :
« Nous avons pu opposer ainsi la fragilité globulaire associée à l’hypocholestérinémie... à l’augmentation de la résistance globulaire constatée dans d’autres ictères ; nous avons été ainsi conduits à envisager les rapports qui peuvent exister entre le taux de la cholestérinémie et la résistance globulaire ». En même temps ces auteurs signalaient une tentative thérapeutique par le cholestérol qu’ils avaient faite dans un <cas d’ictère hémolytique.
La même année, Parisot et Heully (5) ont essayé la même thérapeutique.
Dans la suite, la question du cholestérol dans ces ictères passe au second plan, très loin derrière les résultats qu’apportait la splénectomie dans les cas graves d’ictères congénitaux et dans certains cas d’ictères acquis. Ce fut d’ailleurs ce traitement qui remit en honneur l’étude du cholestérol.
Déjà en 1913 Eppinger (6) signalait l’augmentation du taux des lipoïdes sous l'influence de la splénectomie.
En 1924, Nobécourt et Mathieu (f) au Congrès de Pédiâtrie de langue française attirent à nouveau l’attention sur l’hypercholestérolémie consécutive à la splénectomie.
En 1925, Lemaire (S) dans sa thèse insiste également sur ce point spécial.
Mais il faut arriver à l'étude que Widal, de Gennes et Laudat (9) publient, dans la Presse Médicale, en 1929, sur um ictère hémolytique traité par splénectomie, pour voir poser le problème dans toute sa netteté. Voici en effet une des conclusions de leur article:
« Le second fait important... est le parallélisme qui semble lier entre elles la courbe de la résistance globulaire et celle du taux des corps lipoïdes contenus dans le sérum.
.… La résistance globulaire . s’est très rapidement améliorée, passant dès le lendemain de l'intervention, de 78-50 à 58-40. Mais après cette rapide avance, elle s’est fixée aux environs de ce chiffre... Et c’est seulement un am après l'intervention qu’elle semble s'être stabilisée à un chiffre subnormal (54-40). |
… La cholestérinémie, très abaïissée avant l’intervention (0 gr. 70) s’est relevée aussitôt après elle à 1 gr. 15, puis 1 gr. 25. Mais il nous a paru surtout intéressant d'étudier les variations des lipoïdes totaux du sérum
No
dont la cholestérine ne représente qu’un élément constituant.…
… Notre malade restant à un régime sensiblement égal en graisses, le taux des corps lipoïdes du sérum fortement abaissé avant l'intervention (2 gr. 25) s’est relevé aussitôt après elle à 2 gr. 80, puis 3 gr. pour atteindre 3 gr. T6 au bout de 6 mois, et 5 gr. 20 après 2 ams, suivant ainsi bien exactement la courbe de la résistance globulaire.
- Existe-t-il entre les deux processus un rapport de cause à effet ? On ne saurait l’affirmer sans anticipation. Mais on ne peut manquer d’être frappé par le parallélisme qui existe entre les deux courbes de résistance globulaire et la lipoïdémie, si l’on se souvient que c’est la teneur en Corps gras d’une cellule qui commande son imbibition et que ce sont les constituants lipoïdiques du globule rouge qui jouent le rôle le plus important dans la rétention de l’hémoglobine et par conséquent dans les processus de l’hémolyse ».
C’est pour vérifier ces différents points que nous étudierons dans notre travail
— le rôle des lipoïdes dans l’hémolyse,
— les variations des lipoïdes et leur rôle éventuel
dans les ictères hémolytiques.
Avant d'aborder ces chapitres nous ferons un bref
rappel sur les propriétés générales des corps gras et des lipoïdes.