‹ Les Lipomes RétropéritonéauxChapitre 17 sur 38 · ER AA · texte numérisé non relu

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trouve (Obs. 1) de la fibrine précipitée à la fois sous forme de grains très fins et de filaments d'épaisseur variable,

Ces différents caractères vont nous permettre de dire maintenant ce que nous pensons de la nature des lipomes rétropéritonéaux.

Les lipomes rétropéritonéaux sont-ils des tumeurs au sens histologique du mot ? ou bien ne sont-ils pas plutôt le résultat d’un processus inflammatoire chronique ?

Ici deux définitions s'imposent : qu'est-ce qu’une tumeur ? qu'est-ce qu'un processus inflammatoire chronique ? Par quoi se caractérisent-ils l’un et l’autre ?

Classiquement, une tumeur est chose absolument opposée à un processus inflammatoire. La tumeur, en effet, n’est pas seulement une néoformation, parce qu’une néoformation peut être produite par une inflammation. Il faut encore, pour caractériser une tumeur, que. la néoformation ne présente pas de caractères inflammatoires. Cette définition est excellemment exposée et-expliquée par Quénu (1) dans le Traité de Chirurgie : « On est convenu d’attacher au terme de tumeur une signification spéciale, celle d’une production de tissu nouveau, d’une néoformation. Une tumeur est donc une néoformation, un néoplasme. La définition reste toutefois incomplète, elle englobe, en effet, tous les produits inflammatoires tels que les bourgeons charnus, les néomembranes, les fongosités, etc., dont

(1) Quéxu. — In Traité de Chirurgie de Duplay et Reclus, t. L, p. 325, 2e édition. É

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l’évolution est bien différente: toute tumeur tend à persister et à s’accroître, tandis que les produits inflam-

matoires ou s'organisent en reproduisant le tissu même | où ils sont nés ou disparaissent peu à peu par suppu-

ration, par état caséeux. Nous définirons donc les tu- meurs des mnéoformahions distinctes d'un processus

inflammatoire. » | -

De cette définition nous voulons retenir deux choses. La première, c’est que la néoformation cellulaire est un phénomène nullement caractéristique du processus tumoral, puisqu'il peut se rencontrer dans le processus inflammatoire ; ce qui est l’essence même de la tumeur, c’est labsence de produit inflammatoire. Autrement dit, il existe des néoplasies inflammatoires et des néoplasies non inflammatoires, ces dernières prenant le. nom de tumeur. Le point qui nous occupe est juste: ment de rechercher si les lipomes rétropéritonéaux sont des néoplasies simples, non inflammatoires ou des néoplasies inflammatoires.

La seconde chose que nous retenons de la définition de Quénu, c’est la tendance à persister et à s’accroître donnée comme caractère propre aux tumeurs. Disons tout de suite que ce critérium n’est pas absolu, tout au moins en ce qui concerne l’accroissement. Il est des tumeurs qui ne présentent pas cette tendance à l’ac- croissement : squirrhe atrophique de la mamelle, certains fibromes après la ménopause. Il est d’autre part des produits admis par tous comme inflammatoires, à évolution chronique, qui montrent cette tendance à la persistance et à laccroissement: éléphantiasis des.

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Arabes. La persistance et l’accroissement ne peuvent donc servir à caractériser les tumeurs par opposition aux néoplasies inflammatoires.

En résumé, ni la persistance, ni l'accroissement, ni même la néoformation cellulaire ne sont la marque distinctive des tumeurs, puisque tous ces caractères

peuvent se retrouver dans les produits inflammatoires. . On est réduit à définir les tumeurs : 1° par un caractère négatif : absence d’inflammation ; 20 par un caractère

non spécifique : la néoplasie. C’est avouer que la définition histologique des tumeurs n’existe pas, car définir une chose, c’est en donner les caractères spéciaux. Les tumeurs n’en-ont pas,

Voyons maintenant ce qu’est le processus d’ inflammation chronique. Nous en emprunterons la définition à Dominici (1), dont on sait la compétence en matière histologique : « L’inflammation chronique se caractérise

comme l'inflammation aiguë par des éroubles cireula-

toires et des réactions néoplasiques. Mais ces troubles circulatoires et ces réactions néoplasiques présentent

alors certains caractères spéciaux. En ce qui concerne les troubles circulatoires : congestion moins marquée

dans l’inflammation chronique que dans l’aigué ; dia-

pédèse différente — les leucocytes extravasés étant, en grande partie tout au moins, des éosinophiles et des mastzellen auxquels se joignent des plasmazellen,

alors que dans l’inflammation aiguë on trouve surtout

des polynucléaires et des mononucléaires ordinaires.

ad) Communication orale.

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Les processus néoplasiques sont beaucoup plus complexes dans lPinflammation chronique que dans linflammation aiguë. Dans celle-ci, la néoplasie conjonctive inflammatoire est-caractérisée surtout par la métamorphose du tissu conjonctivo-vasculaire adulte en un tissu conjonctivo-vasculaire du type para-em-

bryonnaire. Dans l’inflammation chronique, cette néo-

plasie para-embryonnaire peut exister, mais elle s’accompagne en tous cas d’autres néoplasies qui sont sa marque distinctive :

19 Néoplasie lymphoïde : petits îlots de tissu lym- phoïde ; $ 90 Néoplasie épithélioïde ;

3° Sclérose.

La sclérose porte à la fois sur les éléments intervas-

culaires du tissu conjonctif et sur les parois mêmes des vaisseaux péri et endo-vascularite fibreuse.

La sclérose est, pour ainsi dire, la signature de l’in- Hammation chronique. Elle est la contrepartie de la métaplasie embryonnaire qui est si développée dans

l'inflammation aiguë, puisqu'elle consiste dans la pro-

duction d’un tissu conjonctif adulte. C’est pourquoi la sclérose exclue, en proportion de son développement, les phénomènes diapédétiques. »

De ces trois sortes de néoplasies, lymphoïde, épilhoïde et scléreuse, qui caractérisent l’inflammation chronique, deux seulement sont constantes. La néoformation épithélioïde, dont la tuberculose nous offre l'exemple le plus typique, peut ne pas exister. Par

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contre, dans tout processus inflammatoire chronique, on trouve toujours sclérose et réaction lymphoïde, celle - ci parfois très atténuée, mais toujours réelle {Dominici).

Voici donc définie l’inflammation chronique. Revenons au lipome rétropéritonéal et voyons ce que l’on trouve à l'examen histologique. Dans le cas que nous publions (Obs. 1), l'examen a démontré, nous l’avons vu, non seulement une néoformation de tissu conjonctif de type adipeux et de type muqueux, mais encore : des cellules migratrices extravasées — lymphocytes, clasmatocytes, mastzellen — qui ne se rencontrent pas dans les tumeurs, mais qui, par contre, sont habituelles dans les inflammations chroniques ; de l’endovascularite et de l’infiltration leucocytaire périvasculaire, caractères du processus inflammatoire également,

Nous n’hésitons pas à conclure que, pour notre cas tout au moins, il ne s’agit pas d’une tumeur, mais d’un produit d’inflammation chronique. Nous nous demandons si dans beaucoup de cas, peut-être dans tous, un examen approfondi des lésions, avec les procédés d'investigation histologique actuels, on n’arri- .verait pas à établir de même la nature inflammatoire des lipomes rétropéritonéaux. Nous avons cherché à retrouver, parmi les observations publiées, siles mêmes constatations avaient été faites ; nous ne les avons pas vues consignées. Mais nous sommes persuadé que dans Pavenir des observations semblables à la nôtre seront produites.

Le groupe des tumeurs a formé de tout temps un

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groupe d'attente dans lequel on a logé pêle-mêle toutes - les néoplasies dont on ignorait la cause. Nommer une lésion tumeur, c’est simplement cacher notre ignorance derrière un mot. Aussi le groupe des tumeurs fut:l toujours voué aux amputations successives à mesure que les lésions furent mieux étudiées et mieux connues. Sans remonter à l’époque déjà lointaine où l’on rangeait parmi les tumeurs toutes les tuméfactions, de quelque nature qu’elles fussent, même les mamelles gonflées de lait, nous avons vu plus près de nous disparaître du cadre des tumeurs les lésions tuberculeuses, les lésions morveuses et les syphilitiques. L’actinomycose, longtemps considérée comme un sarcome, puisqu'elle en présentait les caractères histologiques, a dû passer dans le camp des inflammations chroniques le jour où l’agent pathogène a été révélé. Les lésions dites tumeurs épithéliales ne sont pas à l’abri de ces surprises. Albarran et Bernard ont trouvé dans la vessie une tumeur qui présentait les caractères de lépithéliome, mais qui était causée, en réalité, par des œufs de Buharzia hœmatobia.

Ces différents exemples nous montrent que la structure histologique importe peu pour classer une lésion dans le groupe des tumeurs ou dans celui des inflammations. Ce qui importe, c’est la notion étiologique. Mais là encore, mêmes embarras en ce qui concerne les tumeurs. Nous ignorons leur cause, nous ne savons pas si elles sont produites par des agents parasitaires ou si elles sont dues à des « aberrations de développement », selon l'expression de Conheim. Bien plus,

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