‹ Les littératures de l'Inde; sanscrit, pâli, prâcritChapitre 106 sur 130 · ii est impossible de ne pas songer au s deux derniers · texte numérisé non relu

ii est impossible de ne pas songer au s deux derniers

chapitres de L'Ecclésiaste ; mais c bien plus sincère et

intense est L'inspiration du i te hébreu!

(19) Le papillon vole à La Lampe, sans prévoir la brûlure; le poisson mord à L'appât, ignoranl de L'hameçon; mais nous, qui savons de quel réseau cruel s'enveloppenl les joies de La vie, nous n'y saurions renoncer: ô profondeur insondable de notre démence!

28) Aux arbres '1rs forêts penden! îles fruits qu'on peu! cueillir à Loisir pt sans peine ; partout on trouve de clairs ruisseaux d'eau douce et, fraîche, el des lits moelleux laits des jeunes pousses des lianes fleuries; et pointant il y a dos malheureux qui s'humilient aux portes dos riches !

(38) Dans le soin de la mère, parmi les immondices, le corps gît captif et serré; le jeune homme ne goûte qu'un bonheur troublé par les douleurs de l'absence de celle qu'il aime; le vieillard n'est aux yeux des belles jeunes filles qu'un objet de rebut et de risée : dans le tourbillon des existences, est-il donc, dites-moi, une seule pauvre joie?

l 13) Hier la maison était peuplée, et aujourd'hui elle n'a plus qu'un habitant ; cette autre n'en avait qu'un, puis elle s'est remplie, maintenant elle est vide: ainsi, jetant tour à tour les deux dés du jour et de la nuit. Kâla et Kàlî1 jouent sur le tablier de la terre avec des pions qui sont les hommes.

(49) Ceux qui nous élevèrent, il \ a longtemps qu'ils sont partis; ceux qui grandirent avec nous, eux non plus, ne sont qu'un souvenir; et nous demeurons menacés à tout instant du même sort, ruineux comme des arbres sur une berge de sable.

(76) Tandis que le corps est sain et dispos, que l'horizon de l'âge est vaste encore, que l'acuité des

1. Kâla est le Temps ou le dieu de la mort, ou encore (jeu de mots) le dieu noir, Çiva ; Kàlî « la Noire » est une forme de Durgâ, son épouse.

POEMES GNOMIQUES

sens ésl intacte et la force vitale inébranlée, c'esl alors que le sage doit songer avec ferveur au s;i lut de son âme: à quoi bon creuser une citerne quand la maison est en feu ?

(93 1 Le Bol est son lit; les lianes de ses bras, son oreiller; le ciel bleu. Bon dais; la lune, sa veilleuse; le pacte de chasteté qu'il ;i fait avec son épouse, Bon union charnelle, et les régions célestes son! les jeunes escla^ es qui agitent autour de lui 1»'- éventails de tous les vents : ainsi repose un erniiie, aussi luxueusement qu'un prince de la terre.

(96) Terre ma mère, Air mon père, Feu mon ami, Eau ma Bceur1, Espace mon Erère, aujourd'hui pour la dernière fois, je joins humblement les mains devant vous; car l'abondance des ouvres pies que j'ai de par vous accomplies a l'ait rayonner en moi une pure lumière qui a dissipé les ténèbres de ma pensée, el je réside enfin dans le Brahma suprême.

C'est exclusivement dans l'esprit de ce dernier livre, avec moins de talent poétique et d'originalité de pensée, un pessimisme plus sombre et [dus négateur, mais parfois aussi mi élan d'altruisme plus émouvant, qu'a été composée, beaucoup plutard sans doute, par un nommé Çihlana inconnu

par ailleurs, la « Centurie de l'Apaise nt su

prème » [Çânti-Çataka).

(.'{, 10) Un homme grossier m'injurie : je me renferme dans r.i-i b- de la patience, el me voici heureux. Mais ensuite je retombe dans l'affliction, à la pensée d'avoir été pour ce malheureux l'occasion d'un semblable péché.

1. Qui ne se souviendrai! ici des naïves el touchantes effusions de S. François d'Assise?

(2, 12) Dans un grave danger où il yva de La fortune et de l;i vie, on fait bon marché de la fortune, on la sacrifie volontiers pour sauver sa vie; puis, lorsqu'on s'esl tire « l*;i ll;i i i-c, nu se jette «mi une nouvelle aventure pour refaire sa fortune : ainsi vont les insensés, immolant leur fortu i leur vie, puisqu'ils sonl toujours

prêts à échanger l'une contre l'autre ou celle-ci contre celle-là.

(2,10) Souhaite-t on un fils, c'est un souci; qu'on l'ait el qu'il tombe malade, autre souci ; on s'afflige de le voir malheureux ou triste, on s'alllige de sa mauvaise conduite ou de sa folie; s'il est vertueux et distingué, on songe avec épouvante à sa mort possible; qu'il meure, c'est la désolation: puisse n'atteindre personne ce fléau qui s'incarne sous les espèces d'un fils ' !

(B. 10!)7) Rien ici-bas, rien ailleurs ; partout où je vais, rien nulle part ; à le bien prendre, l'univers non plus n'est rien ; hors de la conscience du moi individuel, il n'y a rien"- .

Quoique l'œuvre du pandit Jaganmïtha soit très moderne, elle n'est point indigne de figurer à la suite des grands gnomiques, soit en elle-même, soit à titre d'exemple frappant de la persistance des traditions littéraires dans cette Inde agitée et immobile. Voici donc un lettré de la fin du XVIe siècle, qui n'a cru pouvoir rien faire de mieux que de pasticher Bhartrhari du VIIe, et qui y a fort convenablement réussi. Son Bhâmini-Vilâsa (( Divertis-

1. Il y avait longtemps que le Buddha en avait dit autant : cf. p. 94.

2. Ici le Buddha protesterait : le moi individuel est le premier de tous les néants ; cf. p. 88.

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sèment de la Belle », composé, «Ut on, pour distraire les loisirs d'une princesse amie des poètes, se divise, non en trois, mais en quatre livre-, qui néanmoins correspondent aux trois < îenturies : respectivement, gnomique, erotique, élégiaque et ascétique. Od ce s'étonnera pas que, pour trouver du nouveau après tant de devanciers, il se soit vu contraint de verser plus avant qu'eus dans la préciosité : il alarme un peu uotre goût; mais rarement il L'offense.

(I. 29) Le bien qu'avec si peu d'eau,ô jardinier, tu as, dans ta pitié, fait àcet arbre, pendanl la saison chaude an soleil dévorant, maintenant dans la saison des pluies le nuage pourra-t-il le faire en déversant ses torrents de toutes parts '.'

(1,92) Il porte le fardeau de ses Qeurs,de ses feuilles .•i de ses fruits, il endure la souffrance, il est le martj r de -;i propre résignation, il sacrifie jusqu'à Bon corps, el tout cela pour le l>i'-ii 'les autres: honneur a cet arbre, le plus respectable des bienfaiteurs !

(II, 18) Tandistpi'cllc se tenait, le corps incliné, au milieu de ses parents1, je la frappai doucement avec un bouton de lotus : alors elle me lit de la tête an geste qui agita légèrement ses pendants d'oreilles, les lianes mignonnes <\>- ses sourcils Be froncèrent, et elle me lança au regard de confusion.

1. Pour qui connaît La sévérité des mœurs hindoues cette j"li'à scène a'a pas besoin de commentaire : il s'agil ■ 1rs beaux parents de la nouvelle épousée, devant lesquels la |'lu> respectueuse retenue est de rigueur; encore tout au bou venir de la chambre nuptiale qu ils viennent <!'• quitter,

le jeu >pous lui fait une douce agacerie, à laquelle elle

répond par un gracieus <-i muet reproche.

(11,103) Enveloppé d'un voile sombre, le visage de la belle aux yeux de gazelle brille comme la lune reflétée dans les eaux profondes de la Yamunâ.

(II. 107) Comblée de joie par mon retour, et après une veille de toute une nuit . s. m sommeil du matin n'a pu être interrompu par les abeilles, qui venaient, attirées par le parfum de ses lèvres, lui sonner le réveil.

(IV, 37) Dans les maisons des hommes vils, la prospérité, et dans la demeure du prêtre, les cris de misère ! lue mort prématurée pour les bons, hélas ! et une vie de cent années pour ceux qui suivent la voie du mal • A la vue de ton étrange gouvernement, le feu de la colère m'enveloppe de ses flammes ; mais qu'y puis-je faire, ô Roi du monde, puisque je ne suis qu'un misérable et que tu es le Seigneur ?

Ne prenons pas trop au tragique cette invective : le « jeu de tigre » (p. 207) qui la décore de ses enroulements capricieux est d'une facture bien savante pour une âme incendiée de courroux.

Recueils de sentences.

Très nombreux sont les recueils factices qui arborent le titre de nîti et qui presque tous se réclament de quelque nom célèbre : tel le Xïtipvadîpa « Lampe de la bonne conduite », dit de Vetâlabhatta ; tels surtout les cinq Castras attribués àCânakya', ministre du roi Candragupta( II Ie siècle

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