‹ Les littératures de l'Inde; sanscrit, pâli, prâcritChapitre 112 sur 130 · Serait en sanscrit dcîpacamça · texte numérisé non relu

Serait en sanscrit dcîpacamça

de simples récits, contes d'animaux en majorité, en une proseaisée el limpide, agrémentés de moralités discrètes el ingénieusement formulées; ni le conte ne semble écril pour la moral»', ni celle-ci ce paraît déplacée à la suite du conte, mais l'un et L'autre se balancent en un heureux équilibre, qui soutient l'intérêt autant qu'il satisfait l'esprit.

Le Pancatantra est de date inconnue, mais certainement antérieur au VIe siècle de notre ère, puisque cette époque il fut traduit en pehlvi par l'ordre d'un roi de Perse et commença ainsi -on tour du monde. On n'enconnait pas non plus l'auteur : li1 prologue mentionne comme narrateur un aommé Visnuçarman, dont l'existence n'a rien d'historique. A la suite de cette introduction générale, le livre Ier « de la brouille entre amis » corn prcml 23 récits, y compris le conte initial, qui sort d'enveloppe à tous les autres; le livre M « manière de se Eaire des amis », 7 récits; le livre III, 17 ; le livre IV ci comment on perd -on bien », 1"-'; le livre V ci étourderies funestes », 16 : en tout, 75 fables, dont un bon nombre se retrouvent avec variantes dans le recueil de Babrius, le plus ancien des fabulistes grecs (IIe siècle?). Nous n'aborderons pas le délicat problème de savoir chez laquelle des deux nations le conte d'animaux a pris naissance, ou s'il en faut reporter aux Sémites le pre mier honneur: ces questions de priorité ne peuvent passionner que les érudits. Ce qu'il convientd'en

retenir ici, c'est, d'une part, que la Grèce a toujours estimé que s;i faille ('tait de provenance orien taie, et qu'au surplus, si l'Inde fut l'emprunteuse, elle a donnée l'apologue sa marque propre, qui transparaît encore, à travers cent adaptations successives, dans le tour imagé et le pwpiant dialogue de notre La Fontaine.

La forme, d'abord, en est curieuse et séduisante: si un étudiant suffisamment avancé en sanscrit, — et il ne faut pas l'être beaucoup, — a la bonne fortune de tomber sur le Pancatantra, je le défie de ne pas le dévorer jusqu'au bout. Récit capricieux, qui promène en mille détours l'attention du lecteur, la prolonge sans la lasser, puis souvent la satisfait en concluant d'un trait brusque au moment où il s'y attend le moins; style naïf à la fois et précieux, oii la simplicité semble le comble du raffinement; composition qui s'enroule sur elle-même à la façon d'une arabesque, et dont toutes les parties rentrent les unes dans les autres par un procédé subtil et compliqué de tourneur en ivoire : c'est un charme indéfinissable, un enlacement continu. Mais les recueils qui ont suivi se sont tous efforcés de copier sa manière : d'où vient que le Pancatantra demeure hors de pair ? Un procédé, d'habitude, va se perfectionnant à mesure qu'on l'applique : si, dans ce cas, une perfection relative paraît atteinte du premier coup, il ne nous est pas interdit de penser qu'elle avait été précédée de longs tâtonne-

ments, restés inconnus, ou partiellement attestés par les Jâtakas J ceux-ci sont un entassement; le Pancatantra, un choix.

On a imaginerait pas la vérité, — conventionnelle, mais irréprochable, une fois la convention admise, -- la variété et le burlesque de bon aloi des attitude- qu'il prête à ses personnages. — Voici le moine mendiant, prototj pe «le notre Perrette : il a suspendu au dessus de son lit le produit des aumônes péniblement recueillies, un grand pot plein de farine, sur lequel il compte pour s'enrichir; riche, il aura une belle femme, bien docile, et, si elle ne l'es! pas, gare aux coups de pied !... Le geste suit la pensée, el mon homme s'enfarine des pieds à la tête. Voici le chacal, vil et poltron, qui suit la chasse du lion pour se nourrir de ses rebuts- Mais aujourd'hui il s'est pourvu tout seul, il a trouvé le cadavre d'un éléphant; seulement, comment l'entamer ? ses dents ne sont pas assez forte- pour déchirer celte peau. Arrive le lion: il n'a irarde de le mettre en appétit ; il lui dit que c'est une charogne, et le lion se retire dédaigneux. Survient un ti^re : il faut se débarrasser de ce fâcheux : « < !et éléphant appartient au lion, qui m'a chargé de le garder » ; et le tigre s'enfuit. Un léopard : le joint est trou\ ô : <( Frère, man^eun peu de cet (dépliant, tandis que le lion tourne le do>; je t'avertirai quand il re-

\ iendra. n L'autre ae Be fait pas prier longtemps et se meta l'œuvre ; mais à peine a I il donné quelques

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coup- .1.' .lent : « Au lion ! » crie le chacal, et La proie lui demeure, éventrée à point. — Voici le chétif el malin lièvre : en vertu d'un pacte conclu entre tous les habitants du bois, son tour est venu de se laisser manger par le lion. Il se présente en retard : cela est bien excusable ; mais la grosse bête n'aime pas à changer ses heures. Qu'elle daigne pardonner : le lièvre a été arrêté en chemin par un autre lion, qui lui a demandé où il allait et l'a chargé d'un défi pour son noble confrère. « Quel est le téméraire...? » s'écrie le lion : le lièvre le conduit au bord d'une citerne ; il s'y voit, s'y précipite... La bestiole est sauvée et la forêt délivrée de son tyran. — A tous nos frères inférieurs l'auteur sait prêter avec une si sereine candeur les sentiments, les opinions, les actes, les habitudes et jusqu'aux manies des humains, qu'on s'y laisse prendre en douceur, et qu'on voit sans étonnement l'épouse de Bouchebée orner du carré d'honneur et parer de guirlandes le devant de sa porte, ainsi qu'il est d'usage pour accueillir un hôte d'importance; puis, se ressaisissant, on se souvient que l'hôte attendu est le singe Rouge-museau, et l'hôtesse si experte de ses doigts, la femelle d'un marsouin, genre de surprise qui déclenche à coup sûr, suivant l'humeur du moment, le fou-rire ou le sourire. A cette lecture, un nom vient naturellement à la pensée, un nom récent et génial : certes, on ne se hasardera point à comparer Visnuçarman à Kipling ; mais il est bien permis

de croire que, sans le Paficatantra, le Liore de la Jungle n'eût jamais été écrit.

Dans l'exemple qui va suivre (V. 1), on retrou vera la physionomie générale de la plupart de ces récits, leur serpentemenl indécis au début, leur dé Douement rapide, la Façon don! il- s'engrènent entre eux.

... Alors l'homme à ta roue lui raconta son histoire. Le magicien, après l'avoir entendue, le blâma el lui dit :" Que de fois je t'ai averti! et tu n'en tiens pas compte! qu'j faire? Même Bavant on de noble nais Bance, on peul manquer de jugement. Ah! l'on a bien raison de dire :

(Vers) « Préférons lejugementà la science; lascience tt'esl rien en regard du jugemenl : faute de jugement, on court à sa perte, comme ceux qui fabriquèrent un lion.

« Qu'esl ce à dire '.' a demanda l'homme à la roue. Le magicien reprit :

« En un certain endroit vivaient quatre Bis de brahmanes liés d'étroite amitié: trois d'enti u\ avaient

fait le tour dé toutes les sciences, mais manquaient de

bon Bens; le quatrième était an 1 me de sens, mais

ne mordait pas à la doctrine. Un jour ils se dirent : a A quoi bon la science, si l'on ne voyage pour en émerveiller les princes et s'en faire de beaux revenus? allons-nous-en vers l'orient. » Lorsqu'ils eurent fait an peu de chemin : a I. an de nous ». «lit l'aîné, n est un ignorant qui n'a que du bon Bens, el ce n'est pas avec cette denrée toute sèche que l'on gagne les bonnes grâces dea princes : pi'il ne prétende donc aucune part ;i mes profits. — Eh ! l'homme sensé -. dit le Becond, «retourne-t'en chez toi, puisque tu ne Bais rien. —

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\ i. » dit le troisième, « cela aérail mal fail : tout en i.-nii-, dous avona joué ensemble, et il est toutà fait ■digne de prendre sa pari de nos bonnes fortunes. Car

il est dil :

(Vers) ci Foin de La Fortune qui n'esl L'épouse que d'un •seul ! Vive La courtisane qui fail La joie dès passants! »

« El puis encore :

(Vers) a Un tel est des miens, cet au Ire i n'esl étranger », calcul de petites gens: pour l'homme au grand cœur, la (erre entière est comme sa maisonnée. »

« Qu'il viennedonc avec nous. » Sur ces entrefaites, ils virent chemin faisant dans la brousse les ossements d'un lion. « Faisons », dil l'un d'eux, « l'expérience de la science que nous avons acquise: voici an animal mort : il s'agit de lui rendre la vie. » El chacun à son tour: « Je sais réemboîter les os. —Je lui referai peau, chair et sang. — Je Le ressusciterai. » Sitôl fait que dit : l'un rassembla les os ; le second refit la peau, la chair et le sang ; mais, comme le troisième s'avançail pour le ressusciter, l'iiommede sens lui dit : « (Test, un lion : revenu;! la vie, il nous tuera tous quatre. —A d'autres, imbécile ! » s écria le savant. « Je ne souffrirai pas que la science soit stérile ! — A La lionne lieure, mais attends un peu que je sois monté sur cet arbre proche. » Le lion, aussitôt ranimé, ne lit qu'un bond etoccit nos trois savants. Lorsqu'il se fut éloigné, l'autre descendit de son arbre et rentra chez lui. C'est pourquoi je dis :

(Vers)» Préférons le jugement à la science; la science n'est rien en regard du jugement: faute de jugement on court à sa perte, comme ceux qui fabriquèrent un lion1. »

1. Comparer cette répétition de la morale à la structure du syllogisme hindou, p. 64.

« El de plus il est 'lit. :

(Vers) « Les profès en doctrine, qui ne savenl pas se conduire, s'exposentaux risées, comme ces grands clercs qui étaient des imbéciles. »

« Qu'est-ce à dire ? » demanda l'homme à la roue. L'autre repril :

Le Hitôpadèça « l'Utile Instruction » ne mérite qu'une mention à la suite du Pancatantra, dont il n'est autre chose qu'un résumé ad usumjuniorum.

11 ;i joui à ce titre d'une popularité légiti

Le KathârijLO-oa « Océan do Contes » de Çiva dâsa n'a pas eu la même fortune : les .T> petits récits «lu manuscrit d'Oxford, à (tins Eorte raison le- 25 de celui de Florence, ne répondent pas à la grande étendue que la tradition littéraire attribue à cette collection évidemment mutilée, parce qu'elle a été reléguée dans l'oubli par le^ remaniements postérieurs dont elle a été l'objet, notamment dans le considérable poème de Sômadêva (p. 265). Le style en est sobre, et plutôt un pensée: la matière, prise un peu de toute main, soit dans les épisodes les plus connus du Mahâbhârata, soit dans la littérature populaire.

C'e-t précisément à son caractère folklorique qu'a dû sa vitalité particulière le recueil intitulé Yrinhij„iiirnrii,i<;ittil.() << les -j:> ( "ontes du Vampire ». qui primitivement c'était qu'une petite portion du Kathârnaoa, Devenu indépendant de la grande collection, il a été traduit dans le- dialectes modernes de l'Inde et s'y est néanmoins conservé

en diverses recensions sanscrites. Le M de ces récits fournira un bon spécimen du style el de l'ori ginalité narrative de Çivadâsa ; mais il faut supprimer au milieu neuf stances de remplissage, simples aphorismes médicaux.

„H v a ane ville nonïmée Dharmasthala, gouvernée par le roi Gunâdhipa. Là vivait un brâhmanedu nom ,(,- Kêçava, qui avait une fille. Mandâravatî, «l'une merveilleuse et célèbre beauté. Lorsqu'elle lut en âge de Eaire un choix, trois jeunes brahmanes vinrent la demander en mariage, tous trois égaux par la caste et Les talents. Voilà le père assez perplexe : « Une seule Bile, trois prétendants : à qui la donner? à qui la refuser? » Sur ces entrefaites, un serpent noir la mordit; on fit venir les sorciers guérisseurs; mais, lorsqu'ils l'eurent examinée, ils dirent: «("est un serpent noir qui l'a mordue : rien ne peut la sauver... » Aussitôt après ce triste arrêt, le brahmane Kêçava se rendit au bord de la rivière et procéda aux obsèques de sa fille . Les trois prétendants aussi allèrent au cimetière : l'un monta sur le bûcher et périt ; un autre se bâtit une petite hutte dans le cimetière même et y demeura ; le troisième se fit moine mendiant et partit pour l'étranger.

« Un jour que celui-ci était arrivé dans une certaine ville, il entra vers midi dans la maison d'un brahmane et lui demanda à manger. Le maître de maison lui dit : « Révérend, on va te servir ici ton repas. » L'épouse du brahmane se mit en devoir d'apprêter le repas et entre temps lui offrit un siège. Tandis qu'il attendait, un petit entant de la maison se mit à pleurer. La ménagère furieuse l'empoigne et le jette au milieu de son feu. Saisi de pitié, le moine alors refuse de manger: « Eh bien, révérend, pourquoi ne manges-tu pas?»

lai demande le maître de La maison. L'autre répond: ■ La demeure souillée d'un crime aussi épouvantable» qui donc voudrait y manger? » A ces mots, le brâh mane passe dans une chambre intérieure, en rapporte un livre, l'ouvre, j lit à voix basse une formule magique, et voilà l'enfanl réduit en cendresqui revientà

la vie. Le moine admire ce i lige >'i se 'lit : « Si je

pouvais mettre la main sur ce livre je ressusciterais ma bien-aimée. » I! si> cache, attend la cuit, pénètre dans la chambre intérieure, dérobe le livre et s'en retourne au cimetière

Le rival qui y était resté lui <li! alors : « Ami, puisque tu as voyagé, as-tu appris quelque science Douvelle?— Oui, j'ai appris à ressusciter les morts. — Eh l'i 'ii, ressuscite notre bien-aimée. o Le moine <>ii\ rit -mi livre, murmura la formule, lit uni' aspersion d'eau, et Mandaravatl renaquit de ses cendres, et avec

elle le jeune brâh ma |ui s'était brûlésur son bûcher;

et tous trois alors, aveuglés de colère, se reprirent a se la disputer. »>

Ayanl conté ce conte, le vampireajouta : a Eh bien, roi, 'li- un peu, lequel des trois doit-elle épouser ? » Le nu Vikramasôna répondit :

[Vers] ■• Celui qui a ressuscité la jeune fille, c'est son père, puisqu'il lui a donné la vie; (''lui qui ''tait mort avec elle, c'est sonfrère, puisqu'ilest né avec elle : son époux sera celui qui est resté auprès de -a tombe. »

Pour nous, ce dénouement inattendu est une jolie variante defhomme qui court après la For tune et l'Homme '/m' l'attend dans son Ut. Pour les Hindous, c'est mieux encore: une question de droil <-i\ il ; un cas de conscience paradoxal : ou, si on le préfère, une de ces énigmes dont il- aiment à

émailler leurs historiettes pour réveiller l'attention de l'auditeur. Leurs contes populaires plus récents Eburmillenl de ces devinettes parfois très puériles, amusantes pourtant. « C'est un arbre fort touffu, et Il n'a pas d'ombrage. » Réponse: t< Eh! non, il n'en a pas, son ombre est au dessous de lui1 ! »

Ton- ces recueils de contes se tiennent de fort près, et il serait oiseux d'y trop insister; tous sont de date inconnue, mais plutôt récente, postérieure à notre XIe siècle ; tous enfin ont eu la fortune de se survivre dans la plupart des dialectes modernes, en persan, en arabe, et d'arriver, par ces intermédiaires, épars et altérés, jusque dans l'Occident lointain. La Çukasaptati « les 70 Contes du Perroquet » introduit dans cette littérature assez simple un élément nouveau, que nous retrouverons en abondance dans le roman : la préciosité. « Il s'inclina profondément devant elle » s'y dit « sa tête se comporta en abeille à l'égard des lotus de ses pieds », et « elle fit de sa parole une danseuse sur la scène de sa langue » y signifie « elle se mit à parler ». Le cadre général est de l'espèce déjà décrite : une femme veut aller à un rendez-vous d'amour, et chaque jour son perroquet lui dit qu'elle s'en doit abstenir, à moins d'avoir autant d'adresse, de sang-froid, de ruse, qu'un tel ou une telle ; elle désire apprendre l'histoire de ces gens-là ; le per-

1. Voir ce qui a été dit plus haut, p. 7-10, de la vogue et de l'importance des énigmes dès l'époque du Véda.

roquel la lui raconte el Bleainsi le temps. Dans le grand cadre s'en insèrent de plus petits: an roi esl ;-, table avec sod épouse ; sur une parole très prude de celle ci, les poissons qu'on a sen is se mettent ;ï Pire : que des poissons aient ri. el des poissons cuits, ce n'est pas ce qui étonne le roi, mais il voudrait savoir pourquoi; la fille d'un ministre lui annonce que. s'il persiste à le rechercher, il se repentira de son indiscrétion, comme s'en est repenti un tel, - nouveau prétexteà anecdotes, — el en Un décompte, en effet, le roi a lieu d'être fort marri d'un motif qui n'esl poinl à l'honneur de la reine. Ce dernier trait est une des notes dominantes du recueil, commedes fabliaux gouailleurs de noue moyen âge: la femme prise en faute a. rem moyens de clore les yeux à son crédule époux, qui, plus dupe que Georges Dandin, lui fait amende honorable de bonne grâce ; que nous voilà loin de Ràmaet de Sîtâ!

La plus populaire peut-être de toutes ces compilations, la Sirp,hâsana doâtrinciçikâ « les 32 contes

duTrôi (du roi Bhôja), esl d'une prose assez

aisée el sans grand apprêt, sauf dans les descrip tions. qui sont prolixe- et ampoulées, particulièrement sous la Eorme que leur donne la recensior* jalniste. Pour la forme el le fond. I»'- rapport- Bont étroits entre ce recueil el celui qui -intitule Pahcar dandachattraprabandha « l'Histoire du Parasol aux cinq baguettes n ; mais celui <i trahit ^a facture

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plus moderne par l'intrusion de mots persans el arabes, plus encore que par ses scènes écœurantes de cimetière el de revenants, déjà introduites de bonne heure dans La littérature par le théâtre de Bli;i\ abhûti.

Plus récente encore semble la Bharatakadvâtrirnçikà « les 32 Contes du Moine mendiant »,qui contient jusqu'à des formes bindoustanies : c'est le pendant oriental du capucin de nos Cent nouvelles nouvelles, point vicieux toutefois, mais hôte, avec les grosses farces qui s'ensuivent. Il}7 en a un qui, voyant un charpentier enduire une planche d'huile el l'exposer au feu, s'enquièrt du motif, apprend que c'est pour la redresser, et s'empresse d'appliquer le procédé à son vieux maître ankylosé, qui jette les hauts cris et ameute Ja communauté; un autre se met à califourchon sur une branche qu'il veut couper et s'étonne beaucoup de se trouver par terre et mal en point à la fin de son opération. Rebroussons chemin : aussi bien, depuis le XIe siècle précisément, avec Ksêmêndra, le conte s'est frayé des voies nouvelles, plus factices, mieux ornées.

Cet écrivain, polygraphe distingué et extraordinairement fécond, natif du Cach émir, avait sous les yeux une source qui ne nous est point parvenue : une rédaction prâcrite de contes et légendes, composée par un nommé Gunâdhya, qui devait être d'une considérable étendue, puisque Sômadêva

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(p. 259), qui déclare l'avoir abrégée, en a tiré 21000 stances, quelque chose comme un petit Râmâyana. Ksêmêndra, qui est, lui, un abréviateur très décidé, n'y a trouvé matière qu'à 7500 stances dans le rythme çlôka, sous le titre Brhatkathâmanjari n Vaste bouquel de contes ». Mais il ne faudrait point, d'après cela, le prendre pour an modèle desobriété : il est sobre, en effet, jusqu'à la sécheresse et jusqu'à l'obscurité, tant qu'il ne, s'agit que de raconter; de décrire, il s'en donne à cœur joie. Dans le récit, il résume, resserre, élague, au point d'omettre des circonstances indispensables .;i la logique des événements; puis, sans souci de l'équilibre, il s'attarde à Ijmer quelque hypotypose scintillante. Sa langue, dans ces morceaux de bra voui-r. est agréable et parfois élevée, bien que ma niérée; mais, dans la narration, il est si peu à l'aise qu'on se demande comment il ;i pu éprouver le besoin de substituer une versification aussi pro saïque à une prose fort probablement poétique.

Les dix-huit livres <lc Ksêmêndra correspondent ;i |icii près aux dix huit livres, subdivisés à leur tour en 124 « flots » cf. p. 251), du Kathâsarîtsâgara ■• Océan où affluent les rivières des contes », composé au XII" --ire le par Sômadêvà, autre litté rateur cachemirien, postérieur de 7" ans seulement ■ M devancier qu'il a totalement éclipsé. Toutefois, on l'a vu, Sômadèva n'est pas un amplificateur de Ksêmêndra, mais un abré\ iateur plus Adèle et \<\u>

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tli ><Mt de Gunâdhya- Ainsi placé aux derniers confins de la littérature sanscrite, ce Sômadêva prolonge en mi sillage lumineux La lignée des vieilles Eables qu'on réédite sans plus y croire et pour n'y plus trouver, comme Ovide au siècle d'Auguste, qu'une admirable matière à mettre en vers élégants el souples : d'un coloris varié, d'une verve inépuisable, il n'a des moralités qu'un faible souci ; son ^ënie est de conter, sans autre arrière pensée; mais encore écrase-t il rarement le récit sous les ornements du style, bien qu'il en possède à fond toutes les ressources. Soit qu'il redise,après tant d'autres, la touchante histoire du roi Çibi (p. 156), ou qu'il promène dans un monde enchanté de fées et de génies un long roman d'amour douloureux et sensuel, ou qu'il s'apitoie et s'égaie à la fois du cas de l'homme sensible à qui un cheveu à travers sept matelas cause une cruelle insomnie, il garde un sentiment de la mesure vraiment exceptionnel pour son temps et son pays. L'Arioste de l'Inde, est-ce trop dire, si l'on considère que l'Arioste marque une aurore et Sômadêva un déclin?

Il est impossible de quitter ce domaine sans dire un mot du type littéraire, spécifiquement bouddhique, désigné sous le nom d'Avadâna, et représenté par un très grand nombre de recueils sanscrits (népalais), notamment par YAvadânaçataka « Centurie de Légendes » et le Divyâvadâna « la Légende

Céleste1. • Mais ici nous touchons de aouveau à la mince cloison qui sépare la fantaisie artistique de

l'inspiration sacrée : ces recueils, certaine m

postérieurs de beaucoup aux écrits canoniques, passent pour tels cependant aux yeux des croyants rigides, «'t. en fait, les Avadânas sont au l><mddhisme ce que sont au uéo brahmanisme les Pu rànas. C'estassez les caractériser d'un mot. L'exploration D'en esl pas encore Eorl avancée, el il n'est pas probable qu'elle vaille, littérairement parlant, la peine qu'elle coûtera.

:'.. — Romans

Il \ ,i forte apparence que liv^ auteurs des trois principaux romans sanscrits furent, à peu de chose près, contemporains et vécurent au VIP siècle; toutefois une tradition indigène fait \ i\ re Subandhu avant Bâna, ce qui n'a rien d'impossible, et même avant Dandin, ce qui est peu vraisemblable, étant donné le caractère de la langue et du stj le. Mais ce critérium lui-même est bien peu sûr, et en somme, ici, le seul repère fixées! le uom de Bâna, l'auteur du Harsacarita (p. 248), qui vécut à la cour du roi < ' ri l larsa ou I l:u-;i\ ardhana.

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