i in en a cité un remarquable spécimen, plus haut
p. 99, j i : 1 1- 1 m i les paraboles du re cem -m bouddhique.
On en signalera un .-mire-, non moins caractéristique, mais transporté sur la dans le chapitredu Théâtre p
La Vâsacadattâ, de Subandhu, el la Kâdambart, de Hài.ui, ainsi intitulées du nom de leurs héroïnes, sonl d'interminables histoires d'intrigue et d'amour, dont la fastidieuse lecture n'est guère utile qu'au seul point de vue de la connaissance des mœurs et des idées de l'Inde médiévale : les caractères do femmes sont passifs et sans relief; ceux d'hommes, légers et volontiers efféminés; les aventures oscillent entre la banalité courante et le merveilleux, pins banal encore s'il se peut. Quanl à la l'orme extérieure, on en jugera par le roman de Dandin, sur lequel il convient de s'étendre davantage, à titre de type général du genre romanesque, — type en partie infidèle d'ailleurs, car le style en est simple en comparaison de celui de la Kâdambarî.
L'auteur ne s'est pas mis en frais d'imagination pour établir la donnée initiale du Daçaîcumâracarita « Aventures des dix Infants ». Un roi de Magadha, vaincu en bataille rangée par un roi de Ma lava, s'est enfui et a cherché un refuge dans une forêt du mont Vindhya, où son épouse a enfanté un fils, le prince Ràjavâharia. Successivement ensuite, on lui a apporté dans sa solitude neuf enfants trouvés, abandonnés par suite de diverses circonstances romanesques, et qui se trouvent être, eux aussi, des fils de rois vaillants et malheureux. Ces dix infants ont grandi ensemble comme des frères, et, parvenus à l'âge d'homme, s'apprêtent à courir aventure pour rétablir leur fortune. Dans le bois
ROMANS liii'»
il- rencontrent un homme qui par le costume semble un brahmane, mais que son extérieur déaonce pour un Kirâta (aborigène sauvage) : étonuement : il leur raconte son histoire.
Il est en effel un Kirâta : il ;i vécu longtemps, dans ces l»»i-. <lf rapine et tir meurtre ; mais, un jour que ses barbares compagnons voulaient tuer un \ oyageur, il s'y est opposé, car c'était un brahmane. Là-dessus, les scélérats l'ont percé de coups et laissé pour mort- El était mort vraiment, il est descendu auroyaume de Yama, il a entendu Yama dire: « Non. cet homme ne doit pas mourir : il esl chargé de crimes, mais pour sauver un brahmane il a donné sa vie : il mérite qu'on lui accorde un répit pour faire pénitence et échapper aux châtiments éteruels: qu'on le ramène sur terre. » Le long du chemin, le ressuscité a été témoin des épouvantables supplices de l'enfer, qu'il décrit complaisamment ; puis, revenu au jour, il s'est livré à de si austères macérations qu'à la lin Çiva lui est apparu, lui a indiqué une grotte profonde, au fond de laquelle il trouvera un lourd scellement d'airain : s'il le soulève, il sera roi de l'empire souterrain : mais, pour le soulever, il lui faudra l'aide d'un jeune prince qui doit ce jour là même passer dans le bois. Ansitôt Râjavâhana se détache de sa suite et accompagne le Kirâta brahmane.
Il- vont, il- ouvrent lesouterrain, accomplissent diverses pratiques magiques que leur indiquent de*"
-"" LES l.l lii:ii \Tl IRES DE L'INDE
inscriptions opportunes, el voici qu'apparaîl une jeune ûlled'une beauté merveilleuse : ces! Kâlindi, l;i Ûlle du chef des dénions, qtuand son péiv l'ut précipité à l'abîme, il lui fut prédit qu'un jour elle épouserait un mortel qui oserait pénétrer dans sa sombre demeure et en deviendrait roi. Elle épousé .lune l'ascète, el celui-ci, dans sa gratitude, fait don au prince d'un joyau enchanté qu'elle lui avait apporté : un joyau dont la seule possession calme instantanément la faim, la soif, toute souffrance. Râjavâhana remonte sur terre ; mais il n'y retrouve pas ses compagnons, qui se sont dispersés à sa recherche. A la longue, les amis séparés se réuniront, et chacun d'eux contera son histoire : c'est là tout le roman.
Le prsmier épisode peut donner une idée du ton général, mais non pas de la variété de tous les autres. Il n'est sorte de merveilleux qu'on n'y rencontre à chaque pas : gens qui tombent du haut des aii-- dans les bras d'un promeneur, sans se faire le moindre mal, ni à celui qui les reçoit ; voleurs si habiles qu'au bout de quelques mois tous les millionnaires de la ville, réduits à une noire misère. mendient leur pain devant les palais habités par les anciens gueux, — voilà, du moins, des socialistes pratiques ; — une chaîne qui entrave les pieds d'un captif se dénoue toute seule, se change en une belle jeune fille, et ce qui s'ensuit, - - la prose de l'auteur ne s'effarouche pas du mot propre; — un
prince «lit à son émissaire: « Tiens, voici mon por trait ; va le montrer à cette femme, et elle te de mandera si vraiment il existe au monde un être aussi beau »... et tout se passe comme il l'a dit. Les Hindous, apparemment, ne s'étonnent pas de si peu de chose. Ils s'étonnent moins encore de certaines gentillesses morales, qui nous surprennent davantage : il y a au chapitre VI I une exhortation adressée par un pieux ermite à une courtisane repentie, qui a trompé les espérances de sa mère, d'abord en s'éprenant d'un jeune homme sans fortune, ensuite en se retirant au désert; c'est un sermon fort édifiant.
«Considère, ma chère enfant, que la vie au désert esl pénible et amère. Ceux qui s'y condamnent en attendent, pour récompense, soil la délivrance, soit la béatitude céleste. Mais la délivrance esl d'accès très difficile : elle h échoit qu à l'infinimenl petit nombre de ceux qui ont atteint l'illumination suprême el parfaite. Quant au ciel, -.'in- doute, tous les hommes le peuvent gagner; mais La première condition, pour ce faire, esl de remplir fidèlement ses devoirs de famille. Abandonne donc ta folle entreprise, retourne-t'en chez toi, el vis selon le désir de ta bonne mère. »
l'A ne croyez pas que l'excellent homme ne tienne pas son grand sérieux : ce u'esl point sa faute, -i sa candeur ressemble ;i de l'ironie : mais I tnde ne plaisante pas sur les devoirs de caste el de Famille. I esl par ces inestimables traits de mœurs que vaul surtout pour non- le roman hindou ; et l'on doit reconnaître que, de tousles romanciers, Dandin est
87Î LES II II lit Ail RES l>K L'INDE
celui (|iii le mieux ;i su en animer ses contes à dormir debout .
Son stj le esl à l'avenanl de ses histoires : en même temps que se boursouflait à plaisir le simple folklore des anciensâges, la langue s'épuisail en procédés nouveaux pour en épouser les informes contours. (( Le fleuve d<i lumière s'est desséché, ne laissanl dans son lit vide qu'une vase de noirceur », cela signifie que la nuit est venue. « La raison de la déraison que vous faites à ma raison offusques! fort ma raison que ce n'est pas sans raison... » cette période, qui ravissait le brave chevalier de la Manche, eût fait pâlir Dandin de jalousie ; carie vocabulaire sanscrit ne la lui eut pas permise. Mais il lui en permet bien d'autres de même force, et, à la faveur de l'élasticité de la syntaxe, sa prose s'agrémente d'allitérations et d'assonances dont ses lecteurs ont dû raffoler. Sa joie, par exemple, est d'écrire mrdubhâçit&yk tayà oaswmatyâ matyâ ca /.v///taya « par l'affable et intelligente Vasumati », ou tayôv atha rathatfwra^a-, alors que l'ordre régulier exigerait tayâ mrdubhâsitayâ matyâ ca kalitayà vasumatyâ, et atha tayô ratha-. Mais le fin du fin, c'est le tour de force phonétique de l'avantdernier récit : l'infant qui le raconte est blessé à la lèvre, — n'en prenez souci, c'est une douce blessure, — et en conséquence il ne saurait articuler de labiales ; ci, neuf pages petit texte, où ne se rencontre ni p ni 6, ni o ni m, consonnes pourtant fort
communes en sanscrit. — Ce sont là. dit Cathos, de ces sortes de choses qui ne se peuvent payer.
A.vec tout cela, le roman, pris à petites doses, n'est poinl ennuyeux, el peut être les admirateurs d'A. Dumas le trouveraient-ils, par endroits, mieux que supportable. L'énormité même des aventures amuse l'esprit; le maniérisme du style le réveille parles énigmes qu'il lui | >n i j >« »-*- : des facétie- l'égaient çà ei là : et l'on oe regrette pas les heures qu'on a perdu,.- à parcouriree monde de, princes, de princesses, de courtisans, de valets, d'entremetteuses et de filous, si différenl du QÔtre, el pourtant si pareil.