DRAME HÉROÏQUE
Le plus achevé des drames qui mettent en scène les aventures de quelque héros des anciens âges, c'esl l'Abhijnânaçakuntalav la Reconnaissance de Çakuntalâ », dont la donnée se lit déjà dans un épisode célèbre du Mabâbhârata (p. L31).Aux yeux des Hindous, c'est le chef d'œuvre parlait ; et il le serait aux nôtres aussi, sans quelques surcharges fâcheuses, surtout sans la fantasmagorie de l'acte VII, qui à notre goût est trop coulée dans le moule vulgaire de la féerie. L'auteur, Kâlidâsa, est le même que celui du Môghadùta (p. 215) et de tant d'autres (ouvres de premier ordre' : c'est dire assez quelle richesse de poésie il a pu semer au travers d'un dialogue d'où l'élégance n'exclut presque jamais le naturel ; mais on en jugera mieux sur une analyse entremêlée de quelques citations.
A la suite du prologue, apparaît, sur son char impétueusement lancé, le roi Dusyanta, l'arc bandé, poursuivant une gazelle5. Il va l'atteindre, mais deux ermites s'interposent : « C'est la gazelle de
1. Il est élémentaire évidemment, mais piquant peut-être, de constater que cet admirable poète a fleuri dans l'Inde à l'époque où croupissait l'Europe occidentale dans l'immonde barbarie des règnes des successeurs de Clovis.
2. On n'oubliera pas que toutes ces actions et les similaires sont rendues par de simples jeux de scène (p. 278).
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l'iTiiiii;iLrt'! - Kllr (--i iir rrir le mi a 'arrête ci cause avec eux ; il apprend qu'en ce bois habite le sainl ermite Kanva, avec sa fille, la belle Çakuntalâ, qui porte la tunique d'écorce des n<>\ ices : il s'approche, il l'aperçoit elle-même, il assiste de loin à une scène de charmanl babillage entreelle et ses compagnes4 : puis, déjà épris, il la \"ii se défendre contre une abeille qui la prend pour une fleur. Il n'y tient plus, se précipite à son secours, se donne pour un mini m iv du roi, cause avec les jeunes tilles, et apprend de leur bouche la véritable naissance de celle qu'il aime: elle est le fruit des amours du sage Viçvàmitra avec la nymphe céleste Mênakâ, qu'un jour les dieux, dans leur effroi de ses austérités qui menaçaient de les détrôner, lui ont dépêchée pour le tenter1. Il apprend aussi que son père adoptif ue la destine pas à embrasser à toul jamais la vie religieuse : quel soulagement ! il peut donc sans sa crilège prétendre à sa main. Brusque péripétie: les gens de sa suite, en l<i cherchant, ont jeté le trouble dans la petite thébalde : on entend des voix
1 \l S Lévi (p 175 remarque fine ni que ces deux
confidentes ne fonl pas double emploi : elles sonl chacune un caractère, à la différence des personnages équivalents de n idies; le dévouemenl de l'une esl sérieux el
réfléchi : celui de l autre esl espiègle el rieur.