‹ Les littératures de l'Inde; sanscrit, pâli, prâcritChapitre 120 sur 130 · LE DRAME HEROÏQUE · texte numérisé non relu

LE DRAME HEROÏQUE

Soua tes pas, les fleura feront voltiger Leur pollen qui monte eu poudre odorante. 1 * ; 1 1 • < ! et sens déjà la brise expirante Caresser ton sein d'un Bouffie Léger. »

Acte V : le plus beau assurément, sans une tache, sans une Faiblesse d'un bout à l'autre ; mais, par cette raison même, il faut renoncera le résu mer. La timide confiance, bientôt déçue, de la jeune femme; la stupeur du roi, qui ne la reconnaît pas et se débat en vain contre une fatalité plus forte (pie tout son vouloir; les vagues réminiscences que sa vue évoque en un cœur fermé malgré lui ; la tendre pitié qu'il lui témoigne en la repoussant par devoir, — car, apprenant qu'elle s'est donnée, il la croit la femme d'un autre; — la douleur indignée de la malheureuse qui se voit trahie : véritable « scène à faire », eût dit Sarcey, superbe d'ordonnance, saisissante de relief, palpitante de vie- — Mais comment L'abandonnée ne montretelle point sa bague? En vain elle la cherche à -on doig't, elle l'a perdue. Samèrelui rappelle <pir dans le trajet elles ont visité un bain sacré: c'est là qu'elle a dû la laisser tomber. - A la lin. le roi, au

comble de la perplexité, consulte son chapelain,

qui lui répond par un ancien oracle: il aété prédit que l'ainé de -es fils régnerait sur l'univers; si

eette femme inconnue met au monde un mâle

marqué des signes de la souveraineté, il sera prouvé qu'elle a dit vrai et elle aura droit au titre

-ss LES LITTÉRATURES DE L'INDE

«1»' reine. En attendant, elle demeurera sons la garde du chapelain. Mais à peine l'a i il emmenée, qu'il rentre en crianl au miracle : elle a disparu soudain dans un (''clair!

Acte VI. — Intermède savoureux : le commis saireel deux agents de police a passent à tabac » un pauvre diable de pêcheur, qui offrait en vente un anneau précieux: il s'excuse tant qu'il peut, il l'avait trouvé dans le ventre d'un poisson' , il croyait pouvoir en disposer. Le commissaire va porter la bague au roi : il revient*, rapportant l'ordre de mettre le pêcheur en liberté ; le roi garde la bague et lui envoie un bracelet en échange; il a paru ému en la voyant. — La scène change : une nymphe céleste descend sur terre, [chargée par Mênakâ, la vraie mère de Çakuntalâ, d'épier l'attitude de Dusyanta. C'est, bien entendu, Mênakâ qui a enlevé sa fille, pour la soustraire aux affronts jusqu'à ce que se soient dessillés les yeux du roi. Ils le sont aujourd'hui : le roi paraît et raconte à Màdhavya l'effet magique de la vue de l'anneau; mais où est-elle maintenant, la bien-aimée, qu'il a repoussée dans son égarement fatal? Longue scène de mélancolie et de regrets, traversée de divers incidents, et terminée par l'arrivée de Mâtali,

1. On voit que ce joli thème mythique (solaire) a fait son chemin un peu partout et s'est accommodé à cent sortes d'aventures.

2. Le temps de faire dire :i l'un des agents : « Il traîne bien longtemps. » Telle est la naïveté de la mise en scène.

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cocher du dieu Indra, qui invite le roi, delà part de son maître, à monter dan- son char et à se laisser conduire.

Acte VII. — Le roi se promène dans le ciel sur le char de Màtali. Le premier objet qui y Frappe sa vue, c*est un tout jeune enfanl bd périlleuse compagnie.

■ < "e-l un lionceau iju'il traîne

Non sans peine :

La bête égratigne ei mord ; Il la tient par la crinière

Prisonnière, El i-ii d'être le plus fort. »

Ce petit héros, c'est le fil- de Çakuntalâ, lf -den. Bientôt il la voit elle même, elle le reconnaît, veut le saluer du \i\at consacré « Gloire au roi ! » Mais les sanglots L'étoufîent, et lui. radieux et délirant:

« Tu pleures. ..Je t'entends... N'achève pas! Ma gloire,

C'est ton fidèle amour, C'est ta lèvre pâlie, et la longue mémoire

I l'une ivresse d'un jour ! »

La Vikramôroaçlu Urvaçl prixde la bravoure», en cinq actes, est égalemenl de Kâlidâsa, et elle plonge dans le plus ancien passé légendaire <le l'Inde, puisque les amours du guerrier Purûravas etdela nymphe céleste Urvaçl ont inspiré même un bymne du Etig Véda (X, 95), pièce en dialogue

qui pourrait déjà passer pour un drame en mini.i

turc s'il non- était donné de la mieux comprendre. Depuis lors, tous les légendiers et tous les conteurs

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avaient brodé à l'envi sur ce thème, un des plus gracieux, quoique des plus rebattus, du folklore de toutes les races : les amours d'une déesse avecun mortel, [atalement éphémères puisque sa haute origine la condamne tôt ou tard à l'infidélité, el la douleur de l'amant trahi à qui manque jusqu'à la triste consolation de l'importuner de ses prières. Mais, <lu vieux mythe naturaliste d'Urvaçî, Kâlidâsa, - à tort, je le crains, — n'a retenu que cette seule donnée, et il n'y a guère vu qu'un prétexteà couplets langoureux. L'action est presque nnlle, et l'acte IV. en particulier, est un interminable monologue, où Purûravas, ;i la recherche de sa maîtresse, la demande tourà tour au coucou. ;'i l'abeille, à l'éléphant, à bien d'autres qui n'en peuvenl mais. L'élan lyrique est d'un vrai poète, maisla fable, d'un médiocre dramaturge, qui réédite, connue si ses moyens étaient épuisés, les procédés scéniques qui lui ont réussi dans Çakuntalâ. De plus, il a eu le souci de « bien finir' » : en récompense des valeureux services que lui a rendus Purûravas, Indra lui accorde la grâce de garder Urvaçi ; et ce dénouement paraît banal à qui a senti passer dans le Véda le tragique frisson de leur adieu éternel.

Mais on a déjà pu s'apercevoir que les Hindous,

1. Il serait peu équitable de lui en taire griei : o'esl la règle immuable du théâtre de l'Inde; on peut dire qu'il ne possède absolument rien d'équivalent à la tragédie grecque ou française.

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dans le drame, apprécient plus le lyrisme que l'action : et, d'autre part, c'est par leurs défauts bien plus que par leurs qualités que les grands maîtres exercent leur influence sur la littérature issue d'eux. 1 te donnée de l'amant qui cherche sa maîtresse disparue, l'interrogation ardente dont il harcèle toute la nature, les successeurs de Kâlidasa vonl la reprendre, la développer avec une complaisance inlasstV : elle s'épanouira surtout dans les pi' qui relèvent du cycle de Rama, légion si dense qu'il faut d<- nécessité se borner à n'en extraire qu'une petite élite.

Bhavabhûti, qui parait avoir vécu un peu plus d'un siècle après Kàlidâsa, et qui passe pour le second dramaturge .!.• l'I mie. a composé sur cet inépuisable sujet le Mahâvîracarita " les Exploits du Grand Homme », en sept actes, el VUttararâmacarita « les derniers Exploits de Râma », en six acte-. Le premier de ces drames met en action. toute la partie héroïque de la vie de Râma, depuis son séjour dans l'ermitage jusqu'à la mort de Râvana et la reprise de Sîtâ : bref, le Râmâyana authen tique, découpé en acte- et scènes et coupé de stances descriptives du plus bel effet. Le second, qui commence au retour de Râma et de Sîtâ dans leur capitale, et se traîne à travers maintes aventures, habilement \ ariées,d'ailleurs presquesans lieu entre elles, est bien moins un drame «prune suite de tableaux vivants : mais ces scènes, du M. s. Léi i.

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ii ont tour à tour une grandeur épique, nue mélan colie élégiaque, une fierté guerrière, un coloris pittoresque, et toujours un accent vrai, des émotions humaines avec des senti uts surhumains. »

Le M<ih<)ii()i(il,(i « (îrancl Drame » ou Hanumannâfaka a Drame de II. » (du nom de son auteur prétendu) esl de date el d'auteur inconnus, mais probablement du VIIIe ou du IX'' siècle. Il est censé avoir été composé, en l'honneur de Râma, par son fidèle auxiliaire, le singe lettré H anumat, dont le pur sanscrit faisait l'émerveillement de ses audi teurs. Il comprend, suivant les recensions, neuf ou quatorze actes, mais plus de stances dans celle de !> que dans celle de 14, et ce trait à lui seul indique le caractère flottant de la composition : en fait, c'est une compilation de morceaux épiques et de dialogues à peine scéniques, cousus ensemble comme au hasard et sans unité réelle, conduisant le héros de triomphe en triomphe, depuis la fameuse épreuve de l'arc jusqu'à la mort de Râvana. Par une double et frappante dérogation aux règles consacrées, ce singulier drame est tout entier en vers et tout entier en sanscrit.

Le Bâlarâmâyana '< Petit Râmâyana », de Râjaçékhara (IXe-Xe siècle), en dix actes, traite le même sujet, avec une servile fidélité au texte de Vâlmîki et une prolixe abondance les stances enchâssées dans sa prose dialoguée sont au nombre de 741, et il y a un acte qui en contient 105. Un épisode

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