‹ Les littératures de l'Inde; sanscrit, pâli, prâcritChapitre 14 sur 130 · Eu réveillant la nature el les hommes : cf. p · texte numérisé non relu

Eu réveillant la nature el les hommes : cf. p

LES L1TTKRATI RES DE I.'IMH

terre, Aurore, apporte-nous aujourd'hui le bonheurdana tes rayons! Elle se rend au séjour de celles qui sont déjà venues, elle, la première de toutes celles qui viendront, la reluisante Aurore, qui suscite la vie, qui éveille tous les morts*. - I > Aurore, tu as fail allumer i. tu t'es révélée dan- la gloire de Sûrya, tu as

éveillé les I nés pour qu'ils offrent le sacrifice : c'est

là le noble loi que tu t'es réservé parmi 1rs Dieux. — ... Ils sont partis, les mortels qui ont vu luire la pre mière Aurore ; la voici maintenant qui nous apparaît, '■i voici venir ceux qui verront les Aurores futures. — ... Toujours dans le passé a lui la Déesse Aurore; et ici aujourd'hui elle a lui, la généreuse; et elle luira à jamais sur les jours à venir : toujours jeune, immortelle, elle marche au gré de sa loi. — l.<\ iv-\ ous !

le souffle vivanl est venu à nous; arrière le- ténèbres! la lumière s'avance. Elle a cédé sa voie à la course du Soleil. Nous sommes au tournant où la viese prolong

Comme avec une rêne, le prêtre guide en haut les

prières, le chantre qui loue les resplendissantes Aurores».

Aujourd'hui, dans tes rayons, ô généreuse, apporte à

celui qui te chante, à nous tous, la vie et la postérité...

Rig-Vèda, I, 113.)

Musset serait-il assez dur pour reprocher à notre vieux poète, comme à son illustre contemporain, de Ravauder l'oripeau qu'on appelle antithèse?

Il est certain que le péché mignon de V. Hugo tient une place de marque dans la poétique védique; mais il y respire une telle ingénuité, une joie si en-

1. Les êtres endormis : métaphore hardie, mais as.sez courante.

LE STYLE VEDIQUE :;i

Cantine de jongler avec les mots, qu'à peine le peul on taxer de procédé. Et même si c'en était un, quel défaut ce Eeraient pardonner ces élans d'allégresse tendre traversés d'une mélancolie discrète, cette fusion intime du bonheur et dé la tristesse de vivre? Le ton esl le même, ;i\<'c une nuance plus [ami tière, dans les h\ mnes à Agni- 11 esl le dieu terrestre, l*;inii de toutes les heures, le protecteur visible du Eoyeretdela tribu. Pour vivre, d'ailleurs, il à be soin des soins des hommes : il y a, d'eus à lui, un échange continu de bons offices, qui autorise à lui parler presque comme à un égal.

Agni s'esl éveillé en face des aurores, h>splen<liss;mt. prêtre el guide des grands sages: illuminant les lointains, enflammé par les hommes pieux, il a ouvert ;'i deux bal tants la porl • de l'obscurité. — Il a grandi, Agni l'adorable, de par les louanges, de parles vers el 1rs mélodies des chantres; se plaisant aux mille aspects de l'ordre éternel, il a lui, notre messager, au lever de l'aurore. (Rig-Vèda, III, 5, 1 2.)

Indra fail .-m1" lui un frappant contraste: il est la force agissante, la fougue irrésistible, Le guerrier toujours «'H lutteel toujours triomphant. La plus brillante des oombreuses variations sur ce thème :i été trop souvent citée pour qu'oD la reproduise ici '•il entier; mais l'histoire littéraire sérail infidèle qui n'en relèverait pas au moins quelques stances.

.!«> vais célébrer les exploits d'Indra, les premiers qu'il accomplit, armé du foudre: il a tuéAhi, il a percé la

I i - i tATl lll'.s DE L'INDE

voie des eaux, il a fendu les mamelles des montagnes. Il a Êrappé Alii qui gisail sur la montagne. Tvajjtar lui a forgé un foudre céleste. S'écoulanl commedes vaches mugissantes, les eaux se sonl ruées vers le grand réservoir. Pour faire œuvre de mâle, il s'est adjoint Sonia, à la triple cuvé il a bu le pressurage; lia empoigné, le généreux, sa massue foudroyante et frappé ce preraier-né des Serpents. — ... L'être sans pieds ni mains a osé combattre Indra, qui de son foudre lui a broyé la tête; Vrtra, l'eunuque qui voulait braver le mâle, a volé en mille éclats, el il glt. - ...Aux lits flottants qui jamais ne reposent baigne son cadavre; les eaux traversent les entrailles de Vrtra; l'ombre immensea couvert celui que combattil Indra... (1,32.)

Le contraste est plus accusé encore entre Indra, bon soudard sans scrupules, et Varuna, le dieu immobile et immanent, le dieu moral qui recherche et punit le péché. Les Psaumes de la Pénitence, dont les poignants versets semblent entrecoupés de sanglots, n'ont rien de plus recueilli que l'humble prière de Vasistha.

Sages et grandes sonl les essences de Celui quiétaya en les séparanl les deux valves du inonde : il a affermi la voûte haute et vaste, oui, et l'astre unique, et il a épandu la terre. — Et en moi-même je me dis: « Quand pénétrerai-je en Varuna? quelle offrande de ma main apaisera sa colère ? quand pourrai je, d'un cœur pur, .'•prouver sa merci ? » — Je m'enquiers de ma faute, ô Varuna, et veux la connaître : j'aborde les sages et les Interroge: unanimes les prophètes m'ont dit: « C'esl Varuna qui est irrité contre toi. » — Quelle est-elle donc, ô Varuna, cette faute si grave que tu veuilles

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frapper Le chantre ton ami? dis-la moi, ô infaillible et toul puissant, e1 puisse mon hommage conjurer ton courroux ! — Délie les méfaits de nos pères, délie ceux que nous-mêmes avons commis ; comme un voleur de bétail, ô roi, comme an veau de son entrave, délie Vasistha. — Ce ne fut pas notre vouloir, ô Varuna : ce fut illusion perverse, l'ivresse, la fureur, le jeu de dés, l'inadvertance ; le sommeil même triomphe de notre faiblesse en nous ôtanl la conscience du péché qu'il pio\ oque... (VII, x

Le culte de Varuna a dû se confiner de bonne heureà certains clans d'une religiosité supérieure; autrement, l'on ne comprendrait pas que le monothéisme des âges suivants ne se fût pas incarné dans cette noble et grande figure. L'Atharva Véda, lui aussi (IV. lfit. a su trouver des accents bibliques pour la célébrer.

Le sublime souverain des dieux voil de loin c ne

de prés : celui qui croit marchera la dérobée, ils le connaissent ; ils savent tout. - Qui ne bouge pas, qui marche el qui court, celui qui \:> en tapinois el celui qui se rue, ce que deux hommes se chuchotent assis à n't. le roi Varuna le sait, lui troisième. - El la terre que voici appartient au roi Varuna, et ce ciel làhaui . aux lointaines li miles : el les deux océans Boni lecavités 'l" son ventre, el il se cache dans cette goutte d'eau. — El celui qui passerait de l'autre côté «lu ciel, il n'échapperait point an roi Varuna ; les espions célestes parcourent son empire; ils ont mille yeux el voient à travers La terre. Il voil tout, le roi Varuna, ce qui est entre ciel el terre et ce qui est par .le la : il a

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compté les clins d'yeux des hommes ; comme un joueur les dés, il manie les êtres à sou gré....

Voilà ce qu'es! déjà devenu dans le Véda, <lc par le progrès de l'idée morale, une simple entité du ciel nocturne. Quanl au Ciel toul court (Dyaus), il esl resté, ainsi que la Terre ( Prthivî), à l'étal fruste : cesonl deux déités mères el tutélaires, à qui l'on adresse parfois des supplications presque intraduisibles dans leur touchante candeur.

...Immobiles el sans pieds, elles onl des enfants en grand nombre, qui ont des pieds et qui marchenl : comme un (ils bien aimé dans le giron de ses parents, ù Ciel h Terre.gardez nousdu mal! — ... Invulnérables; doucemenl secourables sonl les deux valves mères des Dieux: confions-nous ;'i elles; toutes deux parmi les Dieux, et de nuit el de jour, ô Ciel et Terre, gardez nous du mal! — Jeunes femmes qui vous unissez et reposez côte à côte, sœurs au giron de vos parents, qui baisez l'autel du sacrifice1, ô Ciel el Terre, gardez-nous du mal! -- ...Si nous avons offensé les Dieux, ou un ami, ou le chef <le notre famille, que cette prière nous en suit expiation : ô Ciel et Terre, gardez nous «lu mal!... {Rig-Vèda, I, 185.)

Dans le même esprit d'adoration confiante et de piété filiale, TAtharva-Véda consacre à la Terre toute seule un hymne malheureusement trop long

1. Le creux de cet autel est, connue Delphes pour les Grecs, le nombril du inonde: le ciel el la terri; s \ rejoignent par le feu du sacrilice qui monte de 1 une a 1 autre.

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